La force

2016-02-03 17.57.06

Je me suis réveillée avant lui.
C’est plutôt le contraire, habituellement. Non qu’il soit plus matinal que moi, mais j’aime tellement lui offrir cette vue magnifique sur ma tête écrasée contre l’oreiller et ma bouche grande ouverte laissant échapper un filet de bave que je me fais violence. Certains s’extasient face à une cascade s’échappant de la roche, ce n’est pas si différent quand on y réfléchit. Quand on y réfléchit beaucoup, je vous l’accorde.
Donc, il dormait encore quand je me suis réveillée. Je ne me suis pas inquiétée : il était tôt et il devait être fatigué, voilà tout.

Il a gémi quand j’ai quitté la chambre.
J’en ai déduit qu’il était heureux de pouvoir désormais profiter de la totalité du lit. Ou qu’il rêvait de ma cascade s’échappant de ma roche.
Je ne me suis pas inquiétée.

A midi, il était toujours au lit.
J’ai commencé à m’inquiéter. Très légèrement, vous me connaissez. (Google, la mort subite du nourrisson est-elle possible chez un adulte ?)
Je suis montée vérifier que tout allait bien, j’avais déjà prévu de mouiller mon index et de le placer sous ses narines pour vérifier qu’il respirait bien, mais il était bien vivant, allongé au milieu du lit, occupé à fixer le plafond.
– Ca va ?
– Mmmmphhhhhh
– Ca veut dire oui ou ça veut dire non ?
– Mmmmmppppfffffff
– Tu ne peux pas parler ?
– Mmmmmmm
– Mais dis quelque chose, je flippe ! Dis quelque chose, bordel !

Il a entrouvert ses lèvres avec une difficulté à côté de laquelle on ne pouvait pas passer, puis a gémi quatre mots. Enfin, quand je dis « gémi », ça se situait plutôt entre le vagissement et le râle.
– Y a du Doliprane ?

Le mari-presque-tout-neuf n’a presque jamais été malade depuis onze ans que je le connais. J’ai donc procédé à un interrogatoire poussé pour savoir de quoi il retournait.  C’était important pour que je puisse choisir la décision à prendre :
1 – Appeler le SAMU
2 – Appeler le Docteur
3 – Appeler la morgue
4 – Le filmer et balancer sur Facebook

Poursuivre la lecture

Rendez-vous sur Hellocoton !

Grosse

12592323_1140637749280882_7859358802973004040_n

Chère Laure,

Tout à l’heure, alors que je m’apprêtais à me jeter sur une bonne grosse omelette pleine de cholestérol, j’ai jeté un oeil dans mon courrier indésirable. Sait-on jamais, me suis-je dit, si un généreux donateur me propose encore de gagner trente millions de dollars en échange de mon numéro de carte bancaire, ou si on m’envoie un remède pour élargir mon pénis, ce serait dommage de passer à côté.

Rien de tout cela, mais en tête de liste j’ai découvert un mail dont l’objet a immédiatement ravivé en moi des émotions joyeuses : « Biarritz ».
Ce week-end, en effet, je suis partie à Biarritz avec trois copines et j’ai encore mal au ventre à force d’avoir ri (et mangé, un peu). Dans notre excitation, on a partagé pas mal de photos et de vidéos sur les réseaux sociaux. En ouvrant ton mail, donc, je pensais que tu allais me parler de ce séjour.
J’avais raison. Un peu. Parce que le fond du message, c’était autre chose.

mail

Ma chère Lolotte,

Ton mail m’a presque coupé la faim, mais pas tout à fait. J’ai donc pris le temps de manger mon omelette, j’y ai même ajouté une mousse au chocolat, parce que la graisse, ça s’entretient. Mais quand même, même si j’aimerais affirmer le contraire, ton mail m’a fait de la peine.

Je n’ai pas de peine parce que tu dis que je suis grosse. C’est un fait, je suis grosse.
Je ne l’ai pas toujours été, j’ai même passé plus de temps à complexer parce que j’étais trop maigre que le contraire. Mais des évènements ont fait que j’ai pris beaucoup de poids.
Je n’en suis pas fière, et je vais même te dire la vérité : je n’aime pas être grosse. Je n’embrasse pas mes bourrelets le soir en leur disant que je les aime, je ne m’admire pas dans le miroir, je suis plutôt du genre à fuir les photos et les reflets et à pleurer dans la cabine d’essayage des boutiques de fringues.
Ca ne me fait pas de peine que tu dises que je sois grosse, parce que c’est un fait.
D’après la Wii, je suis même en obésité.
Tu sais, ce n’est pas drôle d’être grosse, ma Laurette. J’ai mal aux chevilles, je m’essouffle vite, je ressemble à un baleineau quand j’ose le maillot de bain et je sue comme des oignons dans une poêle brûlante.
J’ai essayé de maigrir plusieurs fois, sans succès. Ca arrivera, peut-être, j’espère, ou alors je finirai par m’accepter, peu importe. En l’état, je suis grosse. Alors que tu me le dises ne me fait pas mal, parce que je le sais déjà.

Poursuivre la lecture

Rendez-vous sur Hellocoton !

Bilan 2015

2015

C’est l’heure du bilan, déjà. Je me suis attachée à ce petit rituel de fin d’année, j’avais hâte de venir vous raconter mon année écoulée et de lire les vôtres.
Pour l’occasion, j’ai relu les bilans précédents, du plus récent au plus ancien. 2014, 2013, 2012, 2011, 2010… Les années passent et ne se ressemblent pas, si on m’avait dit en 2010 que je serais à nouveau si heureuse, je ne l’aurais pas cru. Je n’aurais pas voulu le croire, d’ailleurs. C’est peut-être pour ça que j’aime autant faire ces bilans, pour prendre conscience que les choses ne sont pas figées, que, même englouti sous des tonnes de vases, on peut parvenir à remonter danser sur les vagues.
Vous commencez à me connaître, c’est quand tout va bien que mon côté pessimiste prend le plus de place et ne peut s’empêcher de me rappeler que j’en tomberai tôt ou tard, de la vague. J’aimerais parfois mettre sur pause, tant que tout va bien, tant que ceux que j’aime sont encore là, tant qu’il est encore en âge de se blottir dans mes bras et de me dire « t’aime Maman ». Mais je ne peux pas, alors je profite de chaque seconde de cette période heureuse, je fais des stocks de petits bonheurs pour en avoir sur moi quand la vase reviendra m’ensevelir.
C’est difficile à dire avec les horreurs que l’on a tous connues, mais elle était pas mal, cette année, les copains.

Je vais commencer par ça, d’ailleurs, parce que, comme nous tous, c’est ce que je retiendrai sans doute de 2015. Le lendemain des attentats du 13 novembre, j’ai entendu quelqu’un à la radio dire que le monde devenait horrible. Et un autre lui répondait « Le monde a toujours été horrible, seulement nous étions à l’abri, nous le découvrons juste ». C’est tellement ça. J’avais l’impression, forte de mon hypersensibilité, de déjà savoir que le monde était cruel, d’avoir les yeux bien ouverts sur les atrocités qui se passent à quelques heures de chez nous. Je me trompais. J’étais bien naïve. 2015 est l’année où j’ai violemment pris conscience de la réalité. Charlie, Aylan, les migrants, le Front National, le 13 novembre. L’horreur, la monstruosité, l’égoïsme. La solidarité, l’espoir, l’humanité. Le monde, la vie.

2015 restera aussi comme l’année de la première rentrée scolaire de l’enfant-presque-tout-neuf. Si je savais dessiner, voilà comment j’aurais représenté cette journée-là : mon fils courant vers l’école, sourire aux lèvres, disant « mais si, tu vas voir Maman, ça va être génial l’école ! », et moi, accrochée à sa jambe comme un koala, en train de pleurer « nooooon, je veux paaaas ! ».
Finalement, l’école se passe bien et les pleurs le matin n’ont pas duré longtemps. Pour lui non plus.
Depuis septembre, d’ailleurs, l’évolution est dingue. Je ne vous en ai pas parlé depuis longtemps, car les changements de diagnostics et les divergences d’avis de professionnels auraient fait ressembler ce blog à une succession de billets contradictoires. Un coup c’est un trouble autistique, la fois d’après c’est un retard mental, un mois plus tard c’est juste un retard sévère de langage, oh puis finalement c’est peut-être bien une dysphasie, à moins que ce ne soit un trouble autistique, ah puis non, ah puis si. Bref, on n’est pas beaucoup plus avancés, le retard de parole et de compréhension verbale est toujours important (plus d’un an), ce qui entrave forcément la progression à d’autres niveaux, mais les progrès sont tels et la prise en charge si adaptée que l’optimisme est de mise. Surtout, comme je vous l’ai déjà confié, au quotidien les inquiétudes se font la malle face à la joie de vivre, à l’humour et à la tendresse de cet enfant. Ce matin encore, alors que j’enfilais mes chaussures, il a entouré mon cou de ses petits bras et m’a dit « T’aime Maman ». Comment voulez-vous que les angoisses gagnent contre ça ?

Poursuivre la lecture

Rendez-vous sur Hellocoton !

Le mal de gorge

Malade

Depuis quelques jours, je suis à l’agonie. Les mauvaises langues diront que j’ai juste mal à la gorge, en réalité je crois que tous les petits bonhommes de Il était une fois la vie se sont donné rendez-vous pour un cours de trampoline sur mes cordes vocales. Et ils ont mis des talons aiguille.

Au premier jour il y a eu la douleur.
Pas de quoi m’inquiéter, je suis habituée à la douleur, je vous rappelle que je vis avec un enfant qui aime bien parsemer ses jouets partout, et plus particulièrement sous mes pieds. D’ailleurs cet enfant-là, je ne l’ai pas démoulé comme un Flamby, si vous voyez ce que je veux dire. Ah non ?
Bref. La douleur, même particulièrement intense, je pouvais gérer. Il me suffisait de lâcher un vagissement gémissement à chaque fois que j’avalais ma salive, histoire que le monde entier prenne conscience de ma douleur, de prendre un doliprane par ci par là et de ne surtout pas aller voir les symptômes du cancer de la gorge sur Google et c’était bon.

Au deuxième jour il y a eu l’extinction de voix.
A vrai dire, elle ne s’est pas éteinte mais modifiée. Avant, elle était à peu près normale, bien que m’arrachant des grimaces quand je l’entendais sur un enregistrement. Maintenant, j’ai la voix de Garou qui imite Dark Vador.
J’aurais aimé vous dire, des sanglots d’émotion dans la gorge, que le mari-presque-tout-neuf a été désolé pour moi en m’entendant dans un tel état. J’aurais aimé. Mais je tiens à vous dire la vérité. Et la vérité, c’est qu’il prend un malin plaisir à me faire répéter les questions, juste pour pouvoir se marrer, car a priori la forme interrogative rend ma voix hilarante.
Pour couronner le tout, mon père, qui  n’est jamais en reste, a failli décéder de rire en m’entendant répondre au téléphone. Puis il a demandé au mari-presque-tout-neuf si je n’étais pas trop chiante, ce à quoi mon cher et tendre a gentiment répondu que non, pas du tout, au contraire c’était la trêve hivernale. Et ils ont ri tous les deux.
Je vous donnerai leurs dates quand ils feront la première partie de Bigard.

Poursuivre la lecture

Rendez-vous sur Hellocoton !

Ôde Ile de Ré

IMG_3143

Quand des gens me demandent ce que je fais comme travail et que je réponds que je suis community manager et rédactrice web freelance, ils me regardent comme si j’étais en train de faire un AVC. J’explique alors que je suis chargée de gérer la communication en ligne de plusieurs marques, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur les blogs. Le regard n’est pas vraiment rassuré mais, généralement, la personne face à moi hoche la tête d’un air entendu. D’accord, encore une qui ne fout rien.
Je n’aime pas contrarier les gens, alors je ne précise pas que je bosse souvent jusqu’à des heures indues, que je n’ai pas pris de vacances depuis cinq ans et que le week-end n’est plus pour moi qu’un bon moyen de marquer beaucoup de points au Scrabble. En revanche, pour ne pas les contredire, j’ai immédiatement accepté quand l’un de mes clients m’a proposé, il y a deux ans, la lourde tâche de tester régulièrement des centres de thalasso pour raconter ensuite mon expérience sur le blog de la marque.
En huit lettres, qui commence par C, mot compte triple.

C’est ainsi que, la semaine dernière, j’ai passé trois jours à l’Ile de Ré avec une amie.
C’était une première pour moi, en faisant ma valise j’alternais entre hiiiiiiiiiiiiiiiiiii (je vais découvrir l’Ile de Ré),  ouiiiiiiiiiiiin (je laisse mes hommes à la maison) et hoooooooo (je prends combien de culottes ?) (j’en ai pris six).

Poursuivre la lecture

Rendez-vous sur Hellocoton !