Love actually

Ils sont nés loin d’ici, là où les r roulent dans la gorge et le soleil met de la chaleur dans les souvenirs.

Ils ont vécu dans les pages les plus sombres de nos livres d’histoire, quand le pain était festin, tapis dans des abris à attendre que les nuages ne soient plus transpercés par les bombes.

Ils ont fait connaissance l’un de l’autre en même temps que de l’amour.

Ils se sont dit oui-je-le-veux, elle avec sa longue robe blanche, lui avec son élégant costume noir, eux avec une constellation dans les yeux.

Ils ont été déracinés. Ils ont choisi une nouvelle terre, pas loin de l’océan, dans un petit village, pour y planter une maison blanche et y cultiver une famille.

Ils ont eu un garçon. Puis une fille. Puis un garçon. Puis une fille. Puis une fille.
Les garçons portent un prénom ayant la même initiale que celui de leur papa.
Les filles portent un prénom ayant la même initiale que celui de leur maman.

Ils ont rempli des albums de photos, des boîtes de diapositives et des cœurs de souvenirs.

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A lire

Ça fait des semaines, des mois, que je veux vous écrire un billet sur les lectures que j’ai aimées et que j’ai envie de partager avec vous, alors, forcément, la liste s’allonge, s’allonge, et cet article va être aussi long que les poils sur mes jambes à la sortie de l’hiver.
Il y a de tous les styles, j’alterne suivant mon humeur. Quand le moral est en grève, je lis des livres plutôt optimistes ; quand je me sens solide je plonge dans des histoires plus sombres.

Les romans

Vous prendrez bien un dessert, de Sophie Henrionnet

Vous prendrez bien un dessert

Le résumé: Paul, Charles, Nicolas, Louise, Eléonore, Jeanne et les autres appartiennent à une même famille. Réunis dans un chalet pour fêter à la fois Noël et l’anniversaire de Louis, le patriarche, ils racontent tour à tour le huis clos dans lequel ils se retrouvent, le temps d’une soirée, coincés par la neige. Ouverture des cadeaux, ivresse, retrouvailles, guirlandes et cotillons, la magie de Noël opère jusqu’à ce que les vieux démons, les secrets et les cadavres dans le placard fassent irruption. Un roman à la Festen, à la fois cruel, acide et drôle.

Je l’ai lu il y a plusieurs mois, pourtant je garde un souvenir fort de ce roman, le deuxième de Sophie Henrionnet. Les chapitres dévoilent tour à tour les pensées de chacun des personnages présents dans la scène finale. Ils sont étoffés, crédibles, ils pourraient tout à fait faire partie de notre entourage. Au fil des révélations, on est surpris, chahutés dans nos certitudes, amusés, jusqu’à la chute qui nous fait refermer le livre avec ce sentiment d’avoir été menés exactement là où l’auteure le voulait, et d’avoir passé un agréable voyage.

Ta façon d’être au monde, de Camille Anseaume

Ta façon d'être au monde

Le résumé : Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie ; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti… Un roman poignant sur l’amitié, le deuil, et sur ce point de bascule irréversible qui sonne la fin de l’insouciance.

Je n’ai pas de mot assez puissant pour retranscrire ce que j’ai ressenti à la lecture du deuxième opus de Camille Anseaume. Ce n’est pas un secret, je suis amoureuse de sa plume et de sa manière de voir et de raconter la vie. Avec des phrases qui sonnent comme des poèmes, elle enchaîne les uppercuts et les caresses, elle vise juste, toujours, elle tord les tripes et fait piquer les yeux. Ça parle de deuil, mais ça parle surtout des autres, de ces liens qui nous fabriquent et nous rendent plus forts. C’est beau, c’est dur, c’est doux et c’est inoubliable.

89 mois, de Caroline Michel

89 mois

Le résumé : Jeanne, célibataire, contrôleuse de train sur la ligne Paris-Auxerre, n’a qu’une obsession : devenir maman avant que le temps la rattrape. Elle a fait une croix sur le couple, il lui faut simplement un géniteur. Sa décision ne fait pas l’unanimité auprès de ses amis, et, même si parfois elle doute, elle est déterminée à surveiller son cycle, à provoquer les rencontres, à boire des potions magiques et à lever les jambes après chaque rapport, sait-on jamais.

A part si vous lisez son blog, vous ne connaissez peut-être pas encore la plume de Caroline Michel. L’erreur est réparée, une fois que vous aurez lu son premier roman vous attendrez les suivants avec impatience. C’est mon cas. Suivre Jeanne dans son obsession de devenir maman m’a parfois émue, parfois fait rire, parfois énervée, souvent fait dire « mais qu’est-ce qu’elle écrit bien ! ». Un joli livre, un joli moment et un gros talent.

Alors vous ne serez plus jamais triste, de Baptiste Beaulieu

Alors vous ne serez plus jamais triste

Le résumé : C’est l’histoire d’un médecin malheureux, qui ne se rappelle plus comment soigner depuis que sa femme est partie. Il a décidé de mettre fin à ses jours le soir même.
En se jetant dans un taxi pour régler quelques affaires à l’hôpital, il fait la connaissance de sa mystérieuse conductrice : une vieille dame excentrique capable de deviner quand les gens vont mourir, juste en les regardant dans les yeux. Pour convaincre le Docteur de revenir sur sa décision, elle exige sept jours durant lesquels il devra se soumettre à toutes ses fantaisies.
Le compte à rebours est lancé jusqu’à l’échéance finale. Qui gagnera du désespoir ou de la joie de vivre ? Que s’est-il passé dans la vie de cet homme pour qu’il en arrive là ? Qu’a vécu cette femme pour qu’elle prenne aussi violemment le parti de la vie et du bonheur ?

Vous connaissez forcément Baptiste Beaulieu, l’auteur de l’excellent blog Alors Voilà, dont chaque billet est un coup de poing dans le ventre. Il s’agit là de son deuxième livre. Comme à chaque fois que j’ouvre l’œuvre de quelqu’un dont j’aime la plume, j’avais une petite appréhension. Deux heures plus tard, vautrée sur mon canapé à dire à quiconque osait me déranger que j’étais occupée, merci d’aller voir ailleurs si j’y étais, je n’avais plus aucune appréhension mais une certitude : Baptiste Beaulieu pourrait me parler de varices que je serais fascinée par sa plume. Dans ce roman original, les personnages sont profonds, touchants, la plume est poétique, il y a du drôle, du fort, du tendre, du dur, il y a la vie décrite par une personne qui la rend belle malgré tout. Vivement le prochain.

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Pissederman

C’était un vendredi soir, on revenait de chez Nonna où on avait mangé des boulettes. Le mari-presque-tout-neuf conduisait, on écoutait la radio, Adèle disait bonjour à quelqu’un qui, manifestement, ne l’entendait pas, les étoiles jouaient à cache-cache derrière les nuages et j’avais un morceau d’ail coincé dans la molaire droite.
Chaque détail est gravé en moi à tout jamais.
C’est ce qui arrive aux détails qui précèdent les drames, ils restent ensuite prisonniers de notre mémoire à tout jamais.

On avait passé une belle soirée.
On allait rentrer, coucher l’enfant-presque-tout-neuf, se pelotonner sur le canapé devant un programme philosophique (Koh Lanta) et on se laisserait glisser tout doucement vers le samedi.
C’est ce qui aurait dû se passer.
Mais, alors que j’étais en train de me dire que les participants de Koh Lanta ne devaient pas avoir d’ail dans les dents, tout a basculé.

- Arrête-toi, j’ai dit au mari-presque-tout-neuf.
– Quoi ? il a répondu, ébaubi.
– Arrête la voiture de suite ! j’ai dit (un peu) plus fort.
– On roule à 90 km/h, la prochaine sortie est à trois kilomètres, va falloir que tu sois patiente.
– Tu vas la voir de près, ma patience, si tu ne t’arrêtes pas dans la seconde ! j’ai articulé.
– Mais pourquoi tu veux absolument qu’on s’arrête ?
– Regarde sur le pare-brise, j’ai dit en retenant mon souffle.
– Je peux pas je conduis. Y a quoi ?
– Une araignée, j’ai chuchoté pour qu’elle ne m’entende pas.

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Tu comprendras quand tu seras plus grande

Cette phrase, mon père me la répétait souvent quand j’étais petite, et ça me rendait encore plus dingue que quand Ken trompait Barbie avec un Playmobil.
– C’est quand qu’on est grande ? je lui demandais invariablement.

J’étais plongée dans l’écriture de mon deuxième roman quand elle s’est imposée à moi. Ce serait son titre. D’abord parce qu’elle colle parfaitement à cette histoire, à ce cheminement, ensuite parce que l’idée d’utiliser des mots de mon papa me plaisait infiniment.

Alors voilà, il s’appelle « Tu comprendras quand tu seras plus grande » et vous n’imaginez pas mon bonheur au moment de vous le présenter.
Et ma pression, aussi.
Je pensais que l’écriture d’un premier roman était le plus difficile, je me trompais. En écrivant le deuxième, ma plus grande peur n’était pas la page blanche, mais vous décevoir. Vous avez eu des mots tellement beaux pour le premier qu’il fallait être à la hauteur. Ceux qui ont lu le deuxième ont été unanimes : il est encore mieux, plus drôle, plus émouvant, plus profond. Mais, vu qu’il s’agissait de mes proches, qui me disent aussi que je ne fais pas mon âge (hum), ça ne suffisait pas à me rassurer. En l’envoyant à mon éditrice, je n’avais aucun doute : elle allait regretter d’avoir voulu me signer, elle allait devenir la risée de Fayard, perdre son boulot et se retrouver à la rue. Tout ça à cause de moi.
Quand elle m’a répondu, j’ai lu son mail une dizaine de fois, au bas mot. Elle était touchée, elle avait ri aux éclats, pleuré, réfléchi, bref, elle adorait, et tous ses collègues aussi. Ils étaient à fond ! Je me suis demandé un instant qui, parmi mes proches, l’avait payée pour me dire ces jolies choses, et puis j’ai demandé à mon syndrome de l’imposteur d’aller voir ailleurs si j’y étais. Il n’est pas parti loin, mais il fait un peu la gueule.

A l’heure de vous le dévoiler, je suis dans mes petits souliers.
C’est donc avec les pieds recroquevillés que j’ai le plaisir, l’émotion, l’anxiété, le bonheur de vous présenter « Tu comprendras quand tu seras plus grande ».

La couverture

Couv FB

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La grosse au palace

Suite à ma réponse au charmant mail de notre amie Lolotte, j’ai reçu un message qui m’a fait pousser de petits cris d’excitation, entre le cochon d’Inde qui va manger et la dinde qui va se faire fourrer. Heureusement, j’étais seule, sinon je n’aurais pas donné cher de mon mariage.
Revenons un peu en arrière, si vous le voulez bien, afin de bien comprendre ma réaction.

L’Hôtel du Palais, c’est un palace, le seul de la côte Atlantique, mais c’est bien plus que ça. J’ai vécu quelques années à Biarritz à la fin de mes études. Cet hôtel est là-bas un monument. Et pour cause : son emplacement, son architecture, son histoire et son prestige le rendent incontournable. Construit par Napoléon III pour l’Impératrice Eugénie, il forme un E quand on le voit du ciel et un O sur la bouche de tous ceux qui passent devant lui.
Je n’y avais jamais mis les pieds, mais je m’étais promis de le faire un jour. Tout comme je m’étais promis d’avoir un jour le corps de Shakira, on n’est pas sérieux quand on a vingt-cinq ans.

J’ai donc reçu un message des adorables chargées de communication, me disant, en substance, qu’elles seraient ravies de m’accueillir.
C’est là, à peu près, que je me suis transformée en zoo.

Ca tombait bien, les copains : tous les ans, le mari-presque-tout-neuf et moi fêtons l’anniversaire de notre rencontre à Biarritz, où nous avons passé notre premier week-end. Le onzième anniversaire approchait, j’étais justement en train de chercher un hôtel pour nous accueillir.
J’ai beaucoup hésité, vous vous en doutez, je ne suis pas une fille facile… Je déconne, en réalité j’ai répondu que je leur savais gré de leur invitation, que j’acceptais avec un plaisir immense, cordialement, en vous remerciant, veuillez agréer blablabla. Et puis j’ai dit OH PUTAIN. OH PUTAIN. OH PUTAIN.

C’est ainsi que nous avons débarqué, par une fin d’après-midi, sur le parking d’un palace.
Avec notre Picasso à la portière défoncée.
Au milieu des Ferrari, Porsche et autres Hummer.
On a la classe ou on l’a pas.

En avançant vers la bâtisse historique, je me sentais comme dans Downton Abbey.

Hôtel du Palais Biarritz (20)

Le portier nous a demandé si nous souhaitions qu’il aille chercher nos valises dans la voiture.
On s’est regardés, on a dit non merci, grands seigneurs. En vérité, on s’est dit qu’un vieux sac de sport noir et une valise tachée feraient vilain dans ce décor et on a préféré aller les chercher en catimini.

A l’accueil, on avait l’impression d’être des personnes importantes. C’est très agréable, on peut y prendre goût.
On nous a dit qu’on logerait dans la chambre 135. On a dit d’accord, on a pris la clé et on s’est rendus au premier étage.
Honnêtement, les copains, on se croyait dans une autre époque. Pour un peu, on se serait vouvoyés.

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