L’anniversaire de mariage

Bébé presque tout neuf

C’était une surprise, j’avais été discrète.
Ca n’a l’air de rien, comme ça, on dirait même que c’était facile. Pourtant, je n’ai pas été livrée avec la discrétion de série. Moi, quand je prépare une surprise, il faut que je m’auto-menace des pires sévices pour ne pas tout dévoiler. Je sais par exemple qu’il ne faut pas que j’achète les cadeaux de Noël avant la date, sinon je les offre direct en sortant du magasin et je me sens obligée d’en racheter pour le jour J.
Quand je fais une surprise, être discrète me demande de gros efforts. Sans eux, à l’état naturel, je suis un panneau de signalisation sur lequel clignote « Pose-moi des questions, j’avoue tout ».

Mais là, j’avais géré.
Discrètement, j’avais passé des heures à choisir l’hôtel parfait. Un petit nid romantique pour fêter nos cinq ans de mariage, à Biarritz, avec vue sur l’océan et brioche au petit déj.
Discrètement, je m’étais arrangée avec ma mère pour qu’elle garde le bébé-presque-tout-neuf.
Discrètement, j’avais prévenu nos copains que non, désolés, on ne serait pas là à leur soirée, mais attention, top secret.
Discrètement, j’avais rempli une valise et je l’avais cachée dans le coffre de la voiture.
Discrètement, j’étais allée faire le plein de la voiture, pour ne pas perdre de temps.
Discrètement, j’avais mis le réveil tôt, pour qu’on profite à fond.

La veille, je suis allée me coucher avec le sourire aux lèvres en imaginant sa tête quand il saurait. J’ai fermé les yeux et j’ai imaginé : la chambre, le bruit des vagues, l’odeur de l’iode, le soleil, l’ambiance des vacances, notre resto préféré, nous deux.
Je me suis endormie en nous y voyant déjà.

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En apnée

Doudou

Tout a commencé il y a quelques mois.

Je ne sais pas quelle heure il était, ni depuis combien de temps je dormais. Tout ce que je sais, c’est que Matt Damon avait des lèvres très douces et que j’étais contente qu’il me demande en mariage un genou à terre, même si je trouvais la bague un peu petite.
C’est une lumière qui m’a tirée de mon sommeil. Ce n’était pas le flash d’un paparazzo, ni le reflet du soleil sur les facettes du diamant, mais un rectangle aveuglant posté à quelques centimètres de mon visage endormi.

- Putain, mais qu’est-ce que tu fous ?
– Ah, je t’ai réveillée ?
– Tu me colles l’écran de ton téléphone dans la tronche, bien sûr que tu m’as réveillée. Tu m’as prise pour Gilbert Montagné ?
– Oh pardon ma puce, je ne voulais pas…
– Mais tu faisais quoi ? Tu vérifiais si je respirais ?
– Non non, ça je peux pas le louper, que tu respires.
– Comment ça ?
– Ben, soit tu respires, soit y a un tracteur dans la chambre. Et vu qu’un tracteur ne peut pas entrer dans la chambre, rapport à la largeur des portes, j’en déduis que tu respires. Fort.
– Et donc ? Pourquoi t’avais ton téléphone collé contre mon visage ?
– Parce que des fois, entre deux ronflements, t’arrêtes de respirer. Alors je voulais t’enregistrer, pour que tu saches.

Autant vous dire que je n’ai plus fermé l’œil de la nuit.
Arrêter de respirer = Mourir, et puisque Dormir = Arrêter de respirer, Dormir = Mourir (théorème de Ginie).

Quelques semaines plus tard, j’avais rendez-vous chez un médecin spécialiste du sommeil.
Dans la salle d’attente, il y avait des gens (fatigués) et des affiches (aussi) avec des mots compliqués que je connaissais déjà : narcolepsie, épiphyse,  adénosine, parasomnie, polysomnographie… Un hypocondriaque doté d’une connexion à google est le plus efficace des médecins.

Le docteur m’a expliqué que je faisais sans doute des apnées du sommeil. Un peu comme dans Le grand bleu, mais sans les dauphins.

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Marianne

Bordeaux

Elle marchait d’un pas rapide, ses ballerines dorées faisant sursauter quelques cailloux au passage.

Elle détestait être en retard. La dernière fois, son fils l’avait attendue plus d’une heure devant l’école, sans personne pour le surveiller. La directrice avait eu beau lui promettre que cela n’arriverait plus, elle n’avait pas confiance. Elle devait se dépêcher.

Elle connaissait ce parc par cœur. Lorsqu’elle ne l’empruntait pas pour se rendre au centre-ville, elle venait s’y ressourcer de longues heures durant, sur le banc rouge à l’ombre du chêne centenaire. Elle fermait alors les yeux, laissant le vent et le soleil l’emmener dans ses songes.

C’était son petit moment à elle, une parenthèse dans sa vie rythmée de mère au foyer.

Ses ballerines et le temps s’arrêtèrent net lorsqu’elle le vit.

Il marchait dans la direction opposée, sa silhouette familière s’approchant un peu plus d’elle à chaque enjambée. Ils allaient se croiser.

– Georges, c’est toi ?
– Oui, c’est moi. On se connaît ?

Elle avait souvent cru l’apercevoir au détour d’une ruelle, au volant d’une voiture ou à la caisse d’un supermarché, mais à chaque fois elle avait été déçue. Ce n’était pas lui.

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Lettre à Public

Cher magazine Public,

Hier, en faisant un petit tour sur Twitter, j’ai appris qu’Amel Bent était morte. De nombreux tweets la mentionnaient et leur contenu ne laissait que peu de mystère.

« Nan c’est pas possible :o »

« Oh non, pas Amel Bent, la pauvre ! »

« Je suis dég pour elle ! »

« Dites-moi que c’est pas elle ou je fais un AVC »

« C’est le choc de ma vie. »

« Je suis choquée, c’est horrible !!! »

« Mais qu’est-ce qui lui est arrivé ??? »

« Je suis en deuil »

« Pauvre Amel Bent, j’étais fan. »

« Noooon c’est dégueulasse !!! »

« La vie de moi je suis choqué »

« Si jeune, c’est moche. »

J’étais prête à me joindre à la horde de fans dans la douleur quand, à la faveur de quelques recherches supplémentaires, j’ai appris qu’elle n’avait pas été frappée par la mort.
Mais par PIRE.
Elle a pris du poids.

Amel Bent

En effet, cette semaine, en Une de ton bienveillant magazine, tu as choisi d’afficher Amel Bent en maillot de bain, avec visiblement quelques kilos en plus par rapport à « la norme ». Et, histoire qu’on comprenne bien le drame qu’elle traverse, tu as ajouté le sous-titre « Amel Bent, un gros coup de mou« .

Cher Public, je tenais à t’écrire aujourd’hui pour te faire part de deux-trois choses.

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Hey Mademoiselle !

Charriot

- Hey Mademoiselle !

Je ne me suis pas retournée de suite.
Il ne pouvait pas me parler à moi.

Je venais de me taper une heure de poussage de charriot dans les allées bondées de Carrefour. La clim soufflait du chaud, moi je soufflais tout court, j’avais oublié ma liste et multiplié les allers-retours entre les rayons opposés. Au niveau du traiteur, un miroir m’avait fait sursauter. Cheveu huilé, œil de merlan frit et joue de bœuf, je serais partie à un bon prix si on m’avait mise en vitrine.
Non, il ne pouvait pas s’adresser à moi.

- Mademoiselle, attendez !

Pourtant, il insistait.
Autour de moi, aucune femme. Avec moi, le bébé-presque-tout-neuf, affairé à tenter de dompter l’ouverture facile des lardons.
Peut-être qu’il me parlait à moi, finalement.
Mademoiselle.
Je ne m’en étais pas rendue compte, mais ça faisait un moment que personne ne m’avait appelée comme ça. La plupart des gens m’appellent Virginie, quelques uns Vivi, certains Ginie, une personne m’appelle Mon coeur, une autre Maman, deux ou trois doivent me nommer Connasse, des inconscients tentent le Madame, mais Mademoiselle, ça faisait bien longtemps que je ne l’avais pas entendu.

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