Une journée (extra)ordinaire

Anniversaire

Salut les vieux, c’est le bébé-presque-tout-neuf.
Je profite de l’absence de ma reum (elle fait caca) pour lui piquer le clavier et vous raconter la journée qui vient de s’écouler. Je sais qu’elle avait prévu de le faire, mais je crois qu’elle vous a déjà livré pas mal de guimauve ces derniers jours, fallait que je fasse quelque chose pour vous éviter le diabète.

Soyez mignons, ne lui dites pas que je vous ai raconté ça, elle risque de venir me réveiller pour me faire un câlin. Et après la journée que je viens de passer, j’apprécierais assez d’avoir une nuit complète. Déjà qu’avec les ronflements de mon père je me paie des réveils en sursaut…

Donc.

Ce matin, je me suis réveillé plus tôt que d’habitude. Ils ont essayé d’être discrets, genre je ne les entendais pas de l’autre côté de la porte. Je sentais bien que quelque chose se tramait, alors je leur ai fait part de ma présence.
– BIBIIIIIIIIIIIIIIIII !

Visiblement ils avaient besoin d’un traducteur, parce que c’est sans biberon qu’ils ont débarqué dans ma chambre, mais avec une tronche qu’on aurait dit qu’ils venaient de se mater l’intégrale des Feux de l’Amour. Ils se tenaient la main, ils se sont plantés autour de mon lit et m’ont dit « Joyeux anniversaire mon grand » avant de me faire des câlins et des bisous pendant pas loin de quatre heures trente.
Le fait que je sois en train de décéder de faim n’avait pas l’air de les déranger, notez.
J’ai joué le jeu quelques minutes, j’ai souri, j’ai presque ronronné, mais à un moment fallait bien qu’ils comprennent que les câlins ne nourrissent pas leur homme. Alors j’ai fait caca. C’est le meilleur tour de magie de l’univers, ça. Tu fais caca et tout le monde disparaît.

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Confession d’une accro du mytho (sponso)

Aujourd’hui, je laisse ma plume à quelqu’un qui souhaite rester anonyme pour se confesser. Elle ne veut pas que je vous donne son prénom, ni même que je révèle certaines caractéristiques la concernant (la couleur de ses cheveux, son accent, sa pilosité), je peux simplement vous révéler qu’elle travaille dans la communication, qu’elle tient un blog, que son prénom contient 5 lettres, commence par un G et finit par un E.
Le sujet du jour, c’est les petits mensonges que l’on sert à nos enfants, que ce soit pour leur bien ou pour le nôtre. Comme chacun le sait, je suis incapable de mentir au bébé-presque-tout-neuf, c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de laisser la parole à cette personne anonyme.
G- – – E, c’est à toi.

Merci Ginie ! (quel joli prénom)
Je suis maman d’un petit garçon de bientôt trois ans (comme toi dis donc) et marraine d’un grand garçon de bientôt sept ans (comme toi encore, fou !). Je crois que le mensonge est l’une des choses que je déteste le plus, et je m’étais promis de ne jamais mentir aux enfant. Je me souviens de ma nounou, alors que je marchais sur la route en revenant de l’école, qui m’avait dit qu’à cet endroit précis, un enfant avait été écrasé par un camion et ses restes avaient été ramassés à la petite cuillère. Encore aujourd’hui, à chaque fois que j’y passe, j’imagine des gens à quatre pattes, en train de ramasser des morceaux de viande avec une petite cuillère. Et j’espère qu’ils ne sont pas bouchers.

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Marche à l’ombre

Marche nordique

J’avais juré de ne jamais commencer.
Toute petite déjà, je m’étais fait la promesse de résister, d’être forte. De ne pas faire comme les copains.
J’ai tenu parole, pendant près de trente ans.
Aparté : j’ai dû recompter avant d’écrire ça, je trouvais que 30 + 10 ça faisait beaucoup, quand même. Comme l’autre fois, avec des copains on parlait d’un autre copain, quelqu’un a dit qu’il avait quarante ans, j’ai dit « ah bon, il est si vieux ? ».
Quarante ans. Mon âge dans deux ans et vingt-neuf jours, donc.

Bref.
J’ai tenu parole, pendant près de dix ans (ça me fait moins mal, permettez).

Et puis, il y a deux mois, j’ai craqué.
Je me suis mise au sport.
Et pas n’importe lequel : celui dont je me moquais à chaque fois que je croisais un marcheur avec des bâtons dans la rue (hahaha, le naze, il a oublié ses skis), j’ai nommé la marche nordique.
A chaque fois que quelqu’un passe à ma hauteur alors que je suis en train de marcher avec mes bâtons (genre une mamie qui me double avec son déambulateur), j’entends distinctement des rires. Je ne sais pas encore s’ils viennent de l’extérieur ou de l’intérieur de mon crâne, en revanche.

Pour m’y tenir, voire y prendre goût, j’ai mis toutes les chances de mon côté :

  • J’ai choisi un bois agréable et bien fréquenté (je bénis chaque soir l’inventeur du moule-fessier masculin).
  • J’ai investi l’équivalent d’un rein (en TBE) dans une tenue micro-aérée/absorbeuse-de-transpiration/confortable/moche.
  • J’ai investi l’équivalent d’un rein en TBE + son jumeau + toute la tuyauterie et quelques accessoires (vessie, périnée) dans une paire de chaussures dont j’avais lu le plus grand bien dans des comparatifs et dans la bouche du vendeur.
  • J’ai acheté des des bâtons, une casquette, une ceinture pour porter ma bouteille d’eau, des chaussettes rembourrées, un brassard pour mon téléphone, un sac à dos qui ne rebondit pas sur les fesses, de la cocaïne et des lunettes de soleil, pour que personne ne me voie pleurer à la caisse de Décathlon.
  • Je suis accompagnée d’une personne qui a pratiqué en club, qui ne perd (presque) pas patience quand j’avance tellement lentement que, plus lentement, je recule, et qui ne me plaint pas quand je lui assure que je vais décéder d’un infarctus du mollet droit (ma mère).
  • J’ai pris tellement de poids que, quand j’ai la flemme d’y aller, mon miroir se brise et m’envoie des petits morceaux de verre pour que je bouge fissa.

Je suis à deux doigts de demander à l’état civil d’ajouter MOTIVATION dans la case « deuxième prénom ».

Depuis deux mois, donc, je marche trois fois par semaine. J’ai commencé par trois kilomètres (oh ça va, je te rappelle que je fais de la tachycardie, tu voudrais pas avoir ma mort sur la conscience ?), maintenant j’en fais cinq, un jour je ferai un tiers-marathon.
Et A CHAQUE FOIS, c’est le même scénario.

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Pas que ça

Lui

Je ne vous parle pas souvent de lui. Je vous confie quelques anecdotes, je vous expose des photos de lui de dos, je partage deux ou trois sentiments, mais je ne vous parle quasiment pas de lui, de son caractère, de son quotidien, du petit garçon qu’il est. Je crois que j’aime savoir que ça nous appartient à nous, que ça lui appartient à lui, que ça reste du domaine du privé. D’ailleurs, qui ça pourrait intéresser, qu’il aime prendre le bain ou qu’il aime les fruits plus que de raison ?

Hier soir, en vous parlant du diagnostic qui avait été posé, j’ai réalisé que, finalement, je ne vous parlais de lui qu’à travers ça. Nos angoisses, les médecins, les craintes, le retard, le verdict. Et ça ne me plaît pas, parce qu’il n’est pas « CA ». Ces trois lettres ne le définissent pas, loin de là. Au quotidien, c’est même relégué au dernier plan, pour faire toute la place au reste. Et le reste, c’est du bonheur en lingots.
Alors, parce qu’il ne mérite pas que je ne parle de lui qu’à travers ces trois lettres, et parce que vous avez été tellement touchés/touchants dans vos commentaires que j’ai envie de vous en livrer un peu plus, je crois qu’exceptionnellement, je peux entrouvrir la porte de notre maison pour vous présenter comme il se doit le bébé-presque-tout-neuf.

Le bébé-presque-tout-neuf est TSA, mais il n’est pas que ça.

Il est farceur.
Il fait des grimaces parce qu’il sait que ça va nous faire rire, il me dit « caca » quand je le borde parce qu’il sait que je vais lui soulever lui renifler les fesses et dire d’une grosse voix « Bouh tu pues », il fait systématiquement tomber quelque chose de la table à langer et rit quand je me baisse pour le ramasser en lui disant « Mais !? », il tire les poils des jambes de son père et enfile les chaussures de sa mère, il se cache dans les rayons des magasins (trop drôle la crise cardiaque de la reum), il court à l’autre bout du jardin en riant quand il doit monter en voiture, il enfile ses lunettes de plongée grenouille juste parce que ça nous fait marrer.

Il est bon public.
Il peut éclater de rire en me regardant faire une chorégraphie sur Decalecatan ou répéter encore à l’infini pour que je lui fasse des prouts sur le ventre ou ma grimace-qui-fait-presque-peur. Vivement qu’il sache lire, je sens qu’on va se marrer.

Il est chanteur (et danseur).
Bon, il s’arrange un peu avec les paroles, mais Les petits poissons dans l’eau et Bateau sur l’eau sont le tube de l’année dans sa chambre. Tous les soirs, après m’avoir lu Tchoupi (oui oui, c’est lui qui me le lit maintenant), il retarde le coucher en me demandant « Lico daho ? », ce qui signifie, pour les initiés, « Les petits poissons dans l’eau ». Tous les soirs, je lui dis « D’accord, mais rien qu’une fois » et il m’offre un concert digne du stade de France avec chorégraphie endiablée qui consiste à lever une jambe avant de la laisser retomber lourdement et à soulever le tapis pour regarder dessous avant de sauter sur ses genoux. Kamel Ouali n’a qu’à bien se tenir.

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Il vaut mieux savoir, le plus dur c’est l’attente

BPTN

12 février 2015

Si j’avais réussi à dormir cette nuit, j’aurais sans doute fait des rêves horribles. Le rendez-vous est pris depuis près de 6 mois, cette date s’est inscrite dans ma mémoire dès qu’elle a été marquée sur l’agenda de la neuropédiatre. A chaque fois qu’on évoquait le mois de mai, ce n’était pas au beau temps que je pensais, ni aux jours fériés, ni même aux 3 ans du bébé-qui-ne-l’est-plus-vraiment, mais à ce rendez-vous déterminant.

Il vaut mieux savoir, le plus dur c’est l’attente.
C’est ce que beaucoup disent, c’est ce que je disais aussi, et je pensais vraiment le penser. Sauf que maintenant, je suis bien emmerdée, parce qu’à choisir, je préférais ne pas savoir.
Maintenant je sais, mais je ne suis pas plus avancée.

Comment ça va évoluer ?
Est-ce qu’il pourra aller à l’école ?
Est-ce qu’il aura des copains ?
Quel adulte sera-t-il ?
Est-ce qu’il saura se débrouiller quand on ne sera plus là ?
Est-ce qu’un jour on pourra avoir une discussion avec lui ?
Est-ce qu’il nous aimera ?

Sera-t-il heureux ?

Maintenant je sais, mais je ne sais rien.
Je sais juste que ça tient en trois lettres et que ça m’a fait l’effet d’un alphabet entier quand je l’ai pris dans la gueule.
Je m’étais préparée à beaucoup de choses, mais pas à ça, puisque ça avait été écarté.

Mon fils n’est pas un diesel, mon fils n’est pas un feignant, mon fils n’est pas un petit roi, mon fils ne fait pas exprès de comprendre ce qui l’arrange.
Mon fils, mon tout petit amour, est atteint d’un Trouble du Spectre Autistique, TSA pour les intimes. Et ça me fout une peur bleue.

« Il va falloir le surveiller comme le lait sur le feu pour qu’il ne bascule pas »
D’accord, je vais le surveiller comme le lait sur le feu pour qu’il ne bascule pas Docteur, on va continuer à voir les spécialistes une fois par semaine, on en verra même plus puisqu’il le faut, et on mettra en place tout ce qui est nécessaire. Mais surtout, je vais l’aimer de toutes mes forces pour qu’il soit heureux, le faire rire en faisant des grimaces, jouer aux petites voitures et à Monsieur Patate, chanter encore et encore Les petits poissons dans l’eau, lui lire les histoires de Tchoupi que je connais par coeur, le regarder dormir avec le coeur serré, lui offrir une vie de petit garçon comme les autres, l’applaudir quand il glisse sur le toboggan, m’extasier avec lui quand un avion fend le ciel, le photographier jusqu’à saturation de la carte mémoire.
Mais pas ce soir.
Ce soir, je vais chialer toutes les larmes de mon corps, parce que c’est injuste, parce que je pensais connement qu’avoir perdu notre aîné nous offrait une sorte de vaccination pour les malheurs, hein que c’est con, parce que j’ai mal au bide de ne pas savoir s’il sera heureux, parce que je suis triste pour lui, parce que j’ai peur, parce que j’aurais voulu pouvoir faire des projets, parce que, même si j’ai bien conscience qu’il y a pire, que ce n’est pas SI grave, j’aurais voulu sortir de ce rendez-vous soulagée plutôt qu’angoissée.

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça. Enfin si, je sais. Parce que vous êtes là à chaque fois que j’en ai besoin et ce soir, j’ai besoin de vos bonnes ondes, de vos petits mots, de vos petits cœurs, de votre bienveillance.
Et demain, tout ira bien.

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