Depuis toi

Depuis toi

Je me pose parfois la question, comment je faisais avant toi. La réponse vient aussitôt, simple, directe, évidente : avant toi, je t’attendais.

Depuis le 24 mai 2012, à 16h41, rien n’a changé, mais tout est différent.

Depuis toi, les matins ont le goût des baisers dans ton cou qui sent mon bébé, les yeux encore collés de sommeil, tes petites jambes recouvertes d’un pyjama Buzz l’éclair enroulées autour de ma taille.

Depuis toi, la nuit qui tombe est promesse de câlins sur le canapé, serrés sous la couverture, de rires qui éclatent en tournant les pages de Tchoupi, de « fais de beaux rêves, Maman », de je t’aime à l’infini.

Depuis toi, le brossage de dents est devenu jeu, le coupage des ongles est amusant, boire avec une paille fait des bulles, la poissonnerie est un musée, on fait la danse du caca, des cœurs avec des petits pois et enfiler les chaussures tout seul fait briller les yeux.

Depuis toi, je crois quelqu’un qui me dit que je suis jolie, mes boucles d’oreilles sont devenues des balançoires, mes colliers des lianes, mes bras ton refuge.

Depuis toi, j’ai un rituel du coucher : pousser la porte entrouverte de ta chambre, éviter les lames de plancher qui grincent, sourire de te voir dans une position de yoguiste fan de Tetris, écouter ton souffle, résister à l’envie de te serrer fort, recouvrir ton petit corps de la couette-camion-de-pompier en veillant à ne pas déclencher la musique d’un des dix jouets amassés sur ton lit, te chuchoter des mots doux et ressortir, la gorge serrée d’un mélange de bonheur incommensurable et de nostalgie précoce.

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Grazie mille

Virginie Grimaldi

J’ai eu peur, vous savez. Je me suis dit, si ça se trouve ça va pas leur plaire, si ça se trouve ils vont découvrir l’imposture, si ça se trouve ils vont le trouver tellement moins bon que le premier. Si ça se trouve, je vais les décevoir. J’étais pas loin d’acheter un bouclier à tomates, les copains.

Je crois que je n’arriverai jamais à me débarrasser de ce syndrome de l’imposteur et de ce doute qui m’accompagne en permanence, depuis toujours, mais vous savez quoi ? Je n’y tiens pas tant que ça. Parce que, sans lui, je n’aurais sans doute pas ces étoiles dans les yeux à chacun de vos messages, je n’aurais pas envie de faire la danse de la joie à chacune de vos photos, je ne vivrais pas sur un petit nuage depuis huit jours.
Si je m’y attendais, ce serait moins fort.

Le 4 mai, je me suis préparée à vivre une journée tout à fait normale.
Je me suis réveillée tout à fait normalement, avec la marque de l’oreiller sur la joue et un filet de bave sur le menton.
J’ai pris une douche tout à fait normale, en me disant qu’il allait falloir que je fasse quelque chose pour ce pelage d’hiver.
J’ai avalé un petit-déjeuner tout à fait normal (pour un sumo).
J’ai ouvert mon ordinateur tout à fait normalement.
J’ai commencé à travailler tout à fait normalement.
Et puis j’ai reçu une première notification. Une lectrice s’était ruée dans sa librairie pour acheter mon livre, il n’était pas encore en rayon, la libraire avait gentiment proposé d’aller le chercher dans les cartons à peine reçus. Puis une autre, qui m’envoyait la capture d’écran de sa commande sur Amazon. Et encore une, qui posait fièrement à côté de la couverture bleue. Puis une autre, une autre, une autre…
Le 4 mai, à 10 heures, j’ai compris que mon unique activité de la journée consisterait à découvrir vos messages et vos photos en souriant  niaisement.

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Love actually

Ils sont nés loin d’ici, là où les r roulent dans la gorge et le soleil met de la chaleur dans les souvenirs.

Ils ont vécu dans les pages les plus sombres de nos livres d’histoire, quand le pain était festin, tapis dans des abris à attendre que les nuages ne soient plus transpercés par les bombes.

Ils ont fait connaissance l’un de l’autre en même temps que de l’amour.

Ils se sont dit oui-je-le-veux, elle avec sa longue robe blanche, lui avec son élégant costume noir, eux avec une constellation dans les yeux.

Ils ont été déracinés. Ils ont choisi une nouvelle terre, pas loin de l’océan, dans un petit village, pour y planter une maison blanche et y cultiver une famille.

Ils ont eu un garçon. Puis une fille. Puis un garçon. Puis une fille. Puis une fille.
Les garçons portent un prénom ayant la même initiale que celui de leur papa.
Les filles portent un prénom ayant la même initiale que celui de leur maman.

Ils ont rempli des albums de photos, des boîtes de diapositives et des cœurs de souvenirs.

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A lire

Ça fait des semaines, des mois, que je veux vous écrire un billet sur les lectures que j’ai aimées et que j’ai envie de partager avec vous, alors, forcément, la liste s’allonge, s’allonge, et cet article va être aussi long que les poils sur mes jambes à la sortie de l’hiver.
Il y a de tous les styles, j’alterne suivant mon humeur. Quand le moral est en grève, je lis des livres plutôt optimistes ; quand je me sens solide je plonge dans des histoires plus sombres.

Les romans

Vous prendrez bien un dessert, de Sophie Henrionnet

Vous prendrez bien un dessert

Le résumé: Paul, Charles, Nicolas, Louise, Eléonore, Jeanne et les autres appartiennent à une même famille. Réunis dans un chalet pour fêter à la fois Noël et l’anniversaire de Louis, le patriarche, ils racontent tour à tour le huis clos dans lequel ils se retrouvent, le temps d’une soirée, coincés par la neige. Ouverture des cadeaux, ivresse, retrouvailles, guirlandes et cotillons, la magie de Noël opère jusqu’à ce que les vieux démons, les secrets et les cadavres dans le placard fassent irruption. Un roman à la Festen, à la fois cruel, acide et drôle.

Je l’ai lu il y a plusieurs mois, pourtant je garde un souvenir fort de ce roman, le deuxième de Sophie Henrionnet. Les chapitres dévoilent tour à tour les pensées de chacun des personnages présents dans la scène finale. Ils sont étoffés, crédibles, ils pourraient tout à fait faire partie de notre entourage. Au fil des révélations, on est surpris, chahutés dans nos certitudes, amusés, jusqu’à la chute qui nous fait refermer le livre avec ce sentiment d’avoir été menés exactement là où l’auteure le voulait, et d’avoir passé un agréable voyage.

Ta façon d’être au monde, de Camille Anseaume

Ta façon d'être au monde

Le résumé : Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie ; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti… Un roman poignant sur l’amitié, le deuil, et sur ce point de bascule irréversible qui sonne la fin de l’insouciance.

Je n’ai pas de mot assez puissant pour retranscrire ce que j’ai ressenti à la lecture du deuxième opus de Camille Anseaume. Ce n’est pas un secret, je suis amoureuse de sa plume et de sa manière de voir et de raconter la vie. Avec des phrases qui sonnent comme des poèmes, elle enchaîne les uppercuts et les caresses, elle vise juste, toujours, elle tord les tripes et fait piquer les yeux. Ça parle de deuil, mais ça parle surtout des autres, de ces liens qui nous fabriquent et nous rendent plus forts. C’est beau, c’est dur, c’est doux et c’est inoubliable.

89 mois, de Caroline Michel

89 mois

Le résumé : Jeanne, célibataire, contrôleuse de train sur la ligne Paris-Auxerre, n’a qu’une obsession : devenir maman avant que le temps la rattrape. Elle a fait une croix sur le couple, il lui faut simplement un géniteur. Sa décision ne fait pas l’unanimité auprès de ses amis, et, même si parfois elle doute, elle est déterminée à surveiller son cycle, à provoquer les rencontres, à boire des potions magiques et à lever les jambes après chaque rapport, sait-on jamais.

A part si vous lisez son blog, vous ne connaissez peut-être pas encore la plume de Caroline Michel. L’erreur est réparée, une fois que vous aurez lu son premier roman vous attendrez les suivants avec impatience. C’est mon cas. Suivre Jeanne dans son obsession de devenir maman m’a parfois émue, parfois fait rire, parfois énervée, souvent fait dire « mais qu’est-ce qu’elle écrit bien ! ». Un joli livre, un joli moment et un gros talent.

Alors vous ne serez plus jamais triste, de Baptiste Beaulieu

Alors vous ne serez plus jamais triste

Le résumé : C’est l’histoire d’un médecin malheureux, qui ne se rappelle plus comment soigner depuis que sa femme est partie. Il a décidé de mettre fin à ses jours le soir même.
En se jetant dans un taxi pour régler quelques affaires à l’hôpital, il fait la connaissance de sa mystérieuse conductrice : une vieille dame excentrique capable de deviner quand les gens vont mourir, juste en les regardant dans les yeux. Pour convaincre le Docteur de revenir sur sa décision, elle exige sept jours durant lesquels il devra se soumettre à toutes ses fantaisies.
Le compte à rebours est lancé jusqu’à l’échéance finale. Qui gagnera du désespoir ou de la joie de vivre ? Que s’est-il passé dans la vie de cet homme pour qu’il en arrive là ? Qu’a vécu cette femme pour qu’elle prenne aussi violemment le parti de la vie et du bonheur ?

Vous connaissez forcément Baptiste Beaulieu, l’auteur de l’excellent blog Alors Voilà, dont chaque billet est un coup de poing dans le ventre. Il s’agit là de son deuxième livre. Comme à chaque fois que j’ouvre l’œuvre de quelqu’un dont j’aime la plume, j’avais une petite appréhension. Deux heures plus tard, vautrée sur mon canapé à dire à quiconque osait me déranger que j’étais occupée, merci d’aller voir ailleurs si j’y étais, je n’avais plus aucune appréhension mais une certitude : Baptiste Beaulieu pourrait me parler de varices que je serais fascinée par sa plume. Dans ce roman original, les personnages sont profonds, touchants, la plume est poétique, il y a du drôle, du fort, du tendre, du dur, il y a la vie décrite par une personne qui la rend belle malgré tout. Vivement le prochain.

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Pissederman

C’était un vendredi soir, on revenait de chez Nonna où on avait mangé des boulettes. Le mari-presque-tout-neuf conduisait, on écoutait la radio, Adèle disait bonjour à quelqu’un qui, manifestement, ne l’entendait pas, les étoiles jouaient à cache-cache derrière les nuages et j’avais un morceau d’ail coincé dans la molaire droite.
Chaque détail est gravé en moi à tout jamais.
C’est ce qui arrive aux détails qui précèdent les drames, ils restent ensuite prisonniers de notre mémoire à tout jamais.

On avait passé une belle soirée.
On allait rentrer, coucher l’enfant-presque-tout-neuf, se pelotonner sur le canapé devant un programme philosophique (Koh Lanta) et on se laisserait glisser tout doucement vers le samedi.
C’est ce qui aurait dû se passer.
Mais, alors que j’étais en train de me dire que les participants de Koh Lanta ne devaient pas avoir d’ail dans les dents, tout a basculé.

- Arrête-toi, j’ai dit au mari-presque-tout-neuf.
– Quoi ? il a répondu, ébaubi.
– Arrête la voiture de suite ! j’ai dit (un peu) plus fort.
– On roule à 90 km/h, la prochaine sortie est à trois kilomètres, va falloir que tu sois patiente.
– Tu vas la voir de près, ma patience, si tu ne t’arrêtes pas dans la seconde ! j’ai articulé.
– Mais pourquoi tu veux absolument qu’on s’arrête ?
– Regarde sur le pare-brise, j’ai dit en retenant mon souffle.
– Je peux pas je conduis. Y a quoi ?
– Une araignée, j’ai chuchoté pour qu’elle ne m’entende pas.

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