Jour 8

Chère mamie 8
Chère mamie,
Aujourd’hui nous avons fait du vélo. Cette phrase devrait te suffire à rire pendant trois jours, mais laisse-moi te raconter ça en détails.
L’hôtel dispose d’un service de location de vélos, c’est pour cette solution que nous avons opté. L’enfant-presque-tout-neuf s’est installé dans une cariole tractée par le vélo de son père, je me suis contentée de me tracter moi-même, c’est bien suffisant.
Arrivés au bout du chemin, je regrettais déjà.
Avec mes accidents de crabe et d’épilation, j’avais déjà acquis une démarche originale. Après avoir passé deux heures sur une selle aussi dure que Greg le millionnaire, je ne suis pas sûre de pouvoir remarcher un jour.
Au kilomètre 1, je voulais faire demi-tour.
Au kilomètre 2, je maudissais le vent de d’être ligué contre moi.
Au kilomètre 3, je menaçais de mort chaque trou et chaque bosse sur la chaussée.
Au kilomètre 4, j’ai demandé à l’enfant-presque-tout-neuf de me laisser sa place dans la carriole, sous peine de dentiste. Il a refusé.
Au kilomètre 5, je me suis couchée au sol, haletante, et je leur ai dit de m’abandonner là, que je les ralentissais.
Le mari-presque-tout-neuf a répondu que si j’étais fatiguée, je n’avais qu’à le dire et on rentrait. J’ai rétorqué que pas du tout, j’allais très très bien, mais que lui, par contre, il avait une mine inquiétante. Pour son bien, et même si je le regrettais infiniment, il valait mieux mettre un terme à cette merveilleuse balade.
Je suis une mère pour lui.
Gros bisous à toi et à Papy.
Ginie

Ps : ne fais jamais de vélo en string.
Ps2 : c’était le dernier jour de nos vacances à trois. Mais ne t’inquiète pas, dès demain je t’enverrai des cartes de mes vacances au camping avec Serena et nos trois fils. Ça devrait te plaire.
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Jour 7

Chère mamie 7
Chère mamie,
Ce matin, mue par une sorte d’absence, j’ai proposé à l’enfant-presque-tout-neuf de profiter de la marée basse pour aller observer les crabes. Il n’était pas très chaud, j’ai dû user de ruse pour le persuader qu’il ne risquait pas de se faire attaquer. (« Ne t’inquiète pas, mon chéri, tant que les crabes n’auront pas compris qu’on court plus vite tout droit, tu ne risqueras rien. Tu sais, on ne peut pas cumuler grosse pince et intelligence. ») Son père a toussé, je crois qu’il a attrapé froid.
Je nous avais acheté des méduses, tu sais, ces chaussures en plastique qui te donnent l’air fin. C’était ça ou des crocs, il y a des limites à tout.
On a marché un moment, enfin j’ai marché un moment, l’enfant aimant tellement ses nouvelles chaussures qu’il ne voulait pas les souiller dans le sable, et puis on a atteint un endroit entre vase et pierres noires, on se serait crus sur la lune.
On s’est accroupis, j’ai soulevé une pierre et trois crabes se sont mis à courir dans tous les sens. L’enfant-presque-tout-neuf a hurlé, j’ai essayé de le rassurer, mais le plus gros des trois crabes n’a visiblement pas apprécié mon avis sur son intelligence. Grosse pince en avant, yeux exorbités, il s’est élancé vers moi à toute vitesse, entraînant dans son sillage des copains énervés. J’ai crié, l’enfant a crié, j’ai fait un pas en arrière, mon pied a buté contre une pierre, je suis restée plusieurs secondes à mouliner des bras et à faire contrepoids avec mes fesses pour rétablir l’équilibre, en vain.
J’ai regagné la chambre la tête haute et la démarche assurée, faisant fi des éclats de rire de l’enfant-presque-tout-neuf et des regards compatissants de nombreux pêcheurs de bigorneaux.
La tête haute et la démarche assurée, avec une chaussure en moins, un pantalon ajouré, un masque de vase sur les cheveux et une patte qui traîne.
Gros bisous à toi et à Papy.

Ginie

Ps : ce soir, je mange un tourteau.

 

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Jour 6

Chère mamie 6
Chère mamie,
Les vacances se passent bien, entre farniente, découverte des environs et baignades.
Ce matin, je suis allee chez l’esthéticienne. J’avais prévu de me faire épiler avant le départ, mais je n’ai pas trouvé le temps. Hier, quand je me suis entravée, je me suis dit que c’était le moment.
Elle s’appelait Jessica et elle était très douce. Elle a commencé par les aisselles, puis a entamé les jambes. Elle avait presque fini quand elle m’a demandé si elle faisait les pieds aussi. J’ai éclaté de rire, la bonne blague, trop drôle.
Elle ne rigolait pas. J’ai regardé mes pieds, pour m’assurer que je ne m’etais pas transformée en hobbit dans la nuit, et j’ai dit non merci. Elle a eu l’air déçue. Alors, un peu plus tard, quand elle m’a demandé si on faisait le SIF, même sans savoir ce que c’était je n’ai pas osé dire non.
Gros bisous à toi et à Papy.

Ginie

Ps : si ta voisine t’ennuie encore avec les branches du cerisier, tu n’as qu’à lui dire de se les mettre dans le SIF.
Ps2 : il y a beaucoup de crabes ici, ma nouvelle démarche passe inaperçue.

 

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Jour 5

Chère mamie 5
Chère mamie,
Les vacances se poursuivent dans la quiétude la plus totale. L’enfant-presque-tout-neuf est plus sage que jamais et j’ose penser que ce serait le cas même sans le mélange vodka-lexomil.
Ce matin, nous sommes allés au marché. C’était pittoresque, avec tous ces fromages et ces saucissons, à un moment l’odeur m’a ramenée vingt ans en arrière, dans la maison du Sud que nous louions ensemble pour les vacances, quand papy retirait ses chaussures le soir.
Sur un stand, une dame vendait des magnets peints à la main, ils étaient magnifiques. J’ai demandé à l’enfant-presque-tout-neuf d’en choisir un qu’on collera sur le frigo, il a observé l’ensemble un moment, puis il s’est écrié : « Moi ze veux le rouze avec un cinq, il est trop magnifique ! »
Gros bisous à toi et papy.
Ginie

Ps : j’arrête pas de voir passer sur les réseaux sociaux un article qui alerte sur les dangers de la noyade sèche. Résultat : j’envisage très sérieusement d’enfiler un troisième brassard autour du cou du petit. Je reste persuadée que nous avons trop d’informations à disposition. La noyade sèche, c’est comme Nadine Morano, j’aurais préféré ignorer qu’elle existe.

 

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Jour 4

Chère mamie 4
Chère mamie,
Les vacances à la mer c’est bien, mais un peu surfait. J’avais besoin d’exotisme, alors je suis allée au docteur, comme disait l’enfant-presque-tout-neuf avant que je lui explique la règle (maintenant, il a compris, il dit bien « aux putes »).
Vu que je ne suis pas d’ici, j’ai choisi au hasard sur Google en privilégiant la distance. Quand j’ai appelé, la secrétaire m’a demandé les symptômes, j’ai dit que j’avais mal à la gorge et un peu de fièvre, elle m’a dit que j’étais chez le vétérinaire, j’ai dit que pour un chat dans la gorge ça devrait aller, elle a raccroché.
Finalement, j’ai trouvé une généraliste très sympa, mais pas très causante. Tu sais comment je suis, mamie, le silence me met mal à l’aise, il faut que je le remplisse. Pendant qu’elle regardait dans mes oreilles, c’est sorti tout seul :
– Monsieur et Madame Motus ont un fils, comment s’appelle-t-il ?
Elle n’a pas répondu, elle a inspecté l’autre oreille, le nez, la gorge et est retournée à son bureau en m’annonçant que j’avais une angine. Elle était en train de passer la carte vitale quand je lui ai dit :
– Momo. Il s’appelle Momo.
Sa bouche s’est ouverte, j’ai cru qu’elle allait rire, j’allais rire avec elle, mais elle m’a juste conseillé de bien me reposer.
Gros bisous à toi et à Papy.

Ginie

Ps : au retour, on s’est arrêtés dans une presse et l’enfant-presque-tout-neuf m’a demandé, assez fort pour que tout le monde l’entende, si moi aussi j’avais mal quand on me mettait un truc dans les fesses.
Je ne lui mettrai plus jamais de suppositoire.

 

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