La dernière image

Surya

Il t’a prise dans ses bras, tu avais du mal à marcher. Il avait reculé le siège de la voiture et mis une couette au sol, pour te poser dessus. C’est là, le regard dans le vague et le corps tremblant, que je viens de te voir pour la dernière fois. La dernière image que j’ai de toi.
Mais ce n’est pas celle-là que je garderai.

Je me souviendrai plutôt de ce jour de 2002 où j’ai fait demi-tour au beau milieu d’une avenue parce que je venais de passer devant une animalerie. Je revenais de la SPA, où je comptais adopter un chien, mais il n’y avait que des chiens de chasse ou d’autres un peu agressifs, pas l’idéal pour une nana qui vient de se prendre un appart loin de chez elle.

Je me souviendrai de ta bouille dans la vitrine. Je me souviendrai des léchouilles que tu m’as fait quand la vendeuse t’a mise dans mes bras. Je me souviendrai du rapide calcul que j’ai fait (j’ai pas de thunes, elle coûte cher) et du « Je la prends » que j’ai balancé. Je me souviendrai de la panière, de la laisse, des friandises et des jouets que j’ai achetés. Et de ma joie en te ramenant à la maison.

Je me souviendrai de tous ces moments pendant ces années où on vivait toutes les deux. Tu étais comme mon bébé, tu dormais dans le lit avec moi, je râlais parce que tu ronflais fort, je t’embarquais partout avec moi, on se baladait des heures sur la plage. Ma fifille.

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La dictée magique

Ecrire roman

Un Noël, j’ai reçu une Dictée Magique. C’est comme ça que tout a commencé.

J’aimais déjà lire, je passais des heures plongée dans les histoires de la Bibliothèque Rose ou de la Verte. Je découpais les vignettes des pubs France Loisirs pour choisir les livres que je voulais recevoir. Je lisais tout le temps, tout, du dos de la boîte de céréales au petit-déjeuner aux carnets de poèmes de ma grand-mère le mercredi après-midi.
Avec la Dictée Magique, je me suis mise à jouer avec les mots.

J’ai commencé mon premier roman à huit ans, sur un cahier de brouillon 96 pages avec tables de multiplications au verso. Quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais, selon la période, vétérinaire, styliste, instit, fromagère à Auchan, journaliste ou dresseuse de dauphins. Je la gardais pour moi, mais la première réponse qui me venait à l’esprit, c’était « je veux écrire des livres ».

A chaque occasion, pour les anniversaires ou les fêtes, j’écrivais des poèmes ou des petits mots à mes proches. J’aimais ce que je voyais dans leurs yeux quand ils les découvraient. L’impact des mots. C’était puissant, magique. Un papier et un stylo suffisaient à provoquer des émotions.

Au collège et au lycée, j’avais toujours de bonnes notes aux rédactions. Je me souviens de ma prof de français en BTS, à qui j’avais confié mon rêve et qui m’avait dit que j’y arriverais, et qu’elle écrirait la préface de mon premier livre. J’ai oublié son nom, mais pas ses paroles.

Et puis le boulot, les copains, la famille, les sorties, la fatigue, d’autres projets, d’autres occupations, ce rêve s’est enfoui sous le quotidien.

Il est ressorti il y a à peu près 8 ans, quand j’ai ouvert mon tout premier blog sur Myspace. J’y écrivais régulièrement des chroniques humoristiques, pour m’occuper pendant une période de chômage. Il y a eu des lecteurs, de plus en plus nombreux, ça les faisait rire, ils voulaient la suite, je me suis prise au jeu. Une éditrice a aimé ce que j’écrivais et m’a demandé un synopsis, qu’elle a validé. J’ai écrit le roman, en traînant un peu, un peu trop, quand je lui ai envoyé elle avait changé de service et ne s’occupait plus de la fiction. Sa remplaçante était moins séduite par ma plume. J’avais touché mon rêve du doigt, j’ai pris une claque.
J’ai imprimé le manuscrit, je l’ai envoyé à huit maisons d’édition. J’ai reçu huit lettres de refus, certaines impersonnelles, d’autres argumentées et encourageantes.
J’ai replié le rêve et l’ai rangé dans un placard.

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Sang pour sang

Thanksgiving

L’autre soir, on a fêté Thanksgiving avec Chag. On se tape les toiles d’araignées et les déguisements de sorcières le 31 octobre, on s’est dit qu’il n’y avait pas de raison de ne pas se faire aussi la fête sympa Tonton Sam. Du coup, on s’est réunis autour d’une dinde,  d’un lait de poule et de manele, ça sentait Noël, c’était bien. Bon, on a fait ça à la frenchy (et à l’arrache), c’est-à-dire qu’on ne pouvait pas le jeudi alors on a avancé ça au mardi, mais l’idée était là.

Bref. Dans la soirée, j’ai raconté l’une de mes pires hontes (la pire datant de la semaine dernière, mais je ne peux pas la raconter ici) (non, vraiment pas) (je vous donne juste un indice, en six lettres, ça commence par un G et ça finit par un O et ça fait bien chier) (et c’est pas un GigolO).
Donc, l’une de mes plus grosse hontes. Je l’ai racontée, tout le monde a ri, moi aussi (je suis bon public) et comme je suis dans le mood de Noël, je me suis dit que j’allais la partager aussi avec vous. Comme ça, vous riez aussi ET JE VOUS BANNIS TOUS.
(je préviens)

Je devais avoir quinze ans, peut-être même un peu moins. C’était l’été, un dimanche, on était partis au lac avec ma mère et mon beau-père. Un ami de mon beau-père avait un bateau et surtout un fils, Jérôme alias Jojo, que je trouvais fort à mon goût derrière sa carapace boutonneuse. Je crois que lui aussi  m’aimait bien (il était bon public).

Dans l’après-midi, après avoir été me baigner trois ou quatre fois en cachant mes 47 kilos derrière une serviette de bain (maman, je suis trop grosse et en plus j’ai des œufs au plat, t’aurais mieux fait d’avorter, je te déteste), j’ai entendu les vieux dire qu’ils allaient faire de la bouée. La bouée, comme son nom l’indique, c’est une bouée qu’on accroche à une longue corde derrière le bateau et dans laquelle on s’assoit. Puis le bateau la traîne et nous on se fait pipi dessus, c’est trop bien.
Dans le bateau, on était six : cinq hommes (dont Jojo) et moi.
Mon beau-père m’a demandé si je voulais faire un tour de bouée. Je n’en avais jamais fait, j’ai dit non (je suis bon public mais trouillarde). Ils ont tous insisté, le pilote a promis de faire doucement, Jojo a dit que ce serait trop la classe, j’ai dit oui (je suis influençable).

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Le cadeau

Elle m’a dit de ne pas en parler. Mais je vais le faire quand même.

L’autre jour, j’ai reçu un mail parmi les mails. Son auteure s’appelait Dorothée, elle me disait avoir découvert mon blog récemment et avoir passé du temps à rire, et aussi un peu à pleurer. Elle avait relevé dans un de mes billets que j’avais chez moi les empreintes de mon premier enfant. Elle avait ouvert avec son mari une boutique qui proposait des bijoux personnalisés avec les dessins d’enfants, leurs empreintes, leurs paroles, etc… De quoi les avoir toujours un peu sur soi. Elle avait parmi ses clients des parents endeuillés et me proposait de m’envoyer un bijou avec les empreintes de mon fils. Elle avait peur d’être maladroite, déplacée et que je prenne ça pour une pub déguisée, elle n’attendait rien de moi en retour, elle voulait juste me remercier.

J’ai été très touchée de sa proposition, je n’avais pas pensé à cette possibilité de faire graver un bijou. Pourtant, j’ai refusé. Je ne me sentais pas d’accepter un cadeau comme ça, sans contrepartie, et il était clair que je n’en parlerais pas sur le blog : les empreintes de mon fils, il était hors de question que je les montre sur le blog, c’était une des seules choses qu’il me restait de lui, je les gardais jalousement.
Dorothée a insisté. Vraiment, elle ne voulait pas que j’en parle, ça lui faisait juste plaisir de me faire plaisir. On reçoit tellement de propositions intéressées via nos blogs qu’on n’est plus habitués aux gestes gratuits, sans aucune arrière-pensée.

Alors j’ai dit oui. Et j’ai choisi un bracelet avec deux médailles, une pour chacun de mes fils.

Samedi, j’ai relevé le courrier en partant de la maison. Quand j’ai trouvé le colis dans la boîte, j’ai regagné la voiture en faisant des rondades. Depuis, le bracelet ne me quitte plus, je le montre à tout le monde. Il est canon et, en plus, il compte. Ce qui est dangereux, parce que, si je le perds, je vais tomber en dépression (et ça arrivera forcément, puisque je suis capable de perdre ma culotte sans m’en rendre compte). En attendant, je chéris ce bijou.

Alors voilà. Dorothée ne voulait pas que j’en parle, mais je le fais quand même.
D’abord, parce que Dorothée est adorable et que j’avais envie de lui renvoyer l’ascenseur à ma façon. Et ma façon, c’est ça.
Ensuite, parce qu’on s’est rendues compte qu’on était toutes les deux du même coin. Et que vive Bordeaux !
Enfin, et surtout, parce que j’ai eu un énorme coup de cœur pour sa boutique, Happy Bulle, et que je compte y faire une grosse partie de mes achats de Noël. Je pense qu’elle plaira à pas mal d’entre vous et que ça mérite carrément le coup de projecteur.

Du coup, j’ai pris des photos. J’ai lâché sur les empreintes, ce que je ne vous montrerai pas en revanche, c’est le verso des médailles sur lequel est gravé leurs prénoms. (faut pas déconner quand même)

Bijou empreintes bébé

 

Bracelet empreintes bébé

 

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De l’autre côté du tunnel

IRM

08h : Le réveil sonne. Je vais faire comme si je ne l’avais pas entendu, si ça se trouve ça va le décourager et il va se taire.

08h10 : Il recommence. A priori il ne comprend pas qu’il gêne. Pire qu’une belle-mère.

08h20 : La douche est chaude. Si ça se trouve c’est la dernière avant qu’on m’annonce un truc pas cool.

08h21 : Ce serait peut-être pertinent de me raser les jambes. Faudrait pas qu’ils me prennent pour un homme, à l’hôpital.

08h35 : Par contre je garde la moustache.

08h45 : Le petit-déj du condamné : brioche, Nutella, chocolat chaud. Avec un peu de chance, je serai trop grosse pour entrer dans l’IRM.

08h46 : Ou alors je vomirai sur l’infirmier et ils me mettront dehors. Allez, encore une petite tranche.

09h00 : Un dernier bisou à mes hommes et c’est parti. En route pour mon destin.
J’ai envie de faire caca.

09h45 : J’arrive à l’hôpital avec ma mère. Impossible de trouver une place sur le parking. C’est un signe, on doit partir.
Ma mère me montre une place, juste devant l’entrée.
Merde.

09h55 :
– Bonjour, j’ai rendez-vous pour une IRM.
– Carte vitale, carte de mutuelle, justificatif de domicile, prescription du médecin.
– Voilà.
– Bah pourquoi vous tremblez ?
– J’ai un peu peur.
– Bah faut pas avoir peur, c’est rien du tout. Vous avez peur de l’examen ou des résultats ?
– Des deux.
– Ah oui, je vois, suspicion de tumeur. Bah vous savez, les tumeurs c’est pas forcément méchant.
– Et ta mère, elle est méchante ?

10h15 : Des lecteurs m’ont envoyé un article d’une nana qui raconte qu’elle a pété dans un IRM. Vu l’état de mon ventre, je pense que moi, je vais chier dedans.

10h20 : Ginie, c’est à vous !
Adieu maman, tu diras à mes hommes que je les aime. Je te lègue mes boots que t’aimes bien, tu pourras les mettre à mon enterrement.

10h21 :
– Vous avez un pacemaker ?
– Non.
– Des broches ?
– Non.
– Du métal dans le corps ?
– Je couche avec Robocop, ça compte ?
– Enlevez tous vos vêtements, enfilez ce peignoir et ces chaussons et rejoignez-moi pour la perfusion.
– Vous avez vraiment besoin de moi ? Je veux dire, on peut pas le faire sans ma présence ? Une IRM par contumace…

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