Comment j’ai failli trouver l’amitié

Réponse aux spams

C’est le cœur lourd que je vous écris ces lignes. Tellement lourd que j’ai gagné plusieurs kilos sur la balance. Alors, je me suis dit que j’allais partager ma mésaventure avec vous, sait-on jamais, peut-être qu’après je rentrerai dans ma nouvelle robe.

Tout a commencé il y a plusieurs semaines. J’ai reçu le mail d’une certaine Gladys, qui m’a profondément touchée.

Bonjour
J’espère que avec prière tout va bien dans votre famille. Je suis Mme Gladys Vettese  de nationalité Française mariée au feu Mr Gaetano Vettese de nationalité Italiène ; de mémoire glorieuse et bénie qui fut ingénieur consultant AU Bénin pendant 9ans dans la société de production et de raffinerie des produits pétrolier.Au bout de 7ans de mariage, il mourut d’un accident de travail et depuis sa mort, je souffre de deux maladies comme le cancer et le diabète. Ce qui m’a poussé à aller me soigner en Europe chez les spécialistes.
Malgré tout leurs efforts il y’ a pas eu de changement positif car la tumeur est à son stade terminal et tout récemment,mon docteur m’a dit
que je ne survivrais pas au bout des 2 prochains mois à venir .Alors j’ai décidé de retourner au Bénin pour le reste de mes jours. Je crains fort que je décède laissant derrière moi toute ma richesse celle acquit de l’héritage de mon défunt mari d’une valeur totale de 980.000.00€ (Neuf cent quatre vingt mille Euro) qui se trouve présentement dans une banque ici au Bénin.
J’ai choisi de vous faire don de cet argent dans l’espoir que vous le dépenseriez pour des causes justes, honnêtes et charitables comme les
personnes malades;les personnes âgées; des centres d’aide aux orphelins et aux sans abri etc.Je ne sais pas dans quelle domaine
d’activité vous travaillez mais je voudrais que vous gardez une partie de cet argent pour vos propres activités et le reste pour aider les
autres.Si vous acceptez , je vous prie de me répondre avec tout votre contact afin que je vous mets en contact avec mon notaire pour faire de
vous mon légataire et universel bénéficiaire. Si j’ai pris cette décision c’est parce que je n’ai pas eu d’enfant avec mon mari qui
puisse hériter de cet argent, et les organismes caritatives ici en Afrique ont tous des idées de détournement. Je souffre énormément et
j’ai très peur de mourir sans connaitre la destination de mes biens, je n’arrive presque pas à dormir la nuit comme la journée car je ne
veux pas mourir sans avoir fait don de tout cet argent.
De tout cœur acceptez mes sentiments les plus sincères.
Que Dieu vous bénisse.
Gladys Vettese

Vous me connaissez, j’ai le cœur aussi mou que mon ventre (très très très, donc), je ne pouvais qu’être sensible à la détresse de cette pauvre dame. Et puis, je l’avoue humblement : je n’ai aucun ami et je ne reçois jamais de mail. Je suis seule au monde, comme disait le grand écrivain du Cid.
Cette Gladys me semblait aimable et honnête, j’ai donc immédiatement répondu à son mail.

Chère Gladys,
Je suis tellement heureuse de ton mail ! Pour tout te dire, j’étais en train de faire pipi quand j’ai entendu la petite sonnerie qui m’indiquait que j’avais un nouveau message. Je n’ai pas trop l’habitude, les seuls mails que je reçois sont des newsletters auxquelles je me suis abonnée pour recevoir du courrier (j’ai aussi mis un autocollant sur ma boîte aux lettres pour demander au facteur de me laisser des prospectus). Alors quand j’ai vu qu’il s’agissait d’un message sans aucun but commercial, uniquement guidé par la générosité et la bonté, j’ai fait des sauts périlleux (je m’étais essuyée avant).
Je dois te dire que je suis désolée de tout ce que tu subis. Tu cumules, dis donc ! Mais enfin, soyons positifs, ça pourrait être pire : tu pourrais avoir des mycoses.
En te lisant, j’ai eu une idée : tu veux que je fasse de bonnes actions avec l’argent que tu m’offres gentiment, alors je vais obéir. Et ma bonne action, ça va être de te sauver la vie ! Figure-toi que mon père est chirurgien spécialiste des généralités, il a un peu fait la bougie quand je lui ai demandé (il regardait Les anges de la téléréalité), mais il est d’accord pour t’opérer ! Et tout ça pour la modique somme de 979.999 euros (neuf cent soixante dix neuf mille neuf cent quatre vingt dix neuf euros). Tu sais ce qu’on dit : un chirurgien vaut mieux que deux tu l’auras.
Je ne te demande qu’une seule chose en échange de cette faveur : sois ma meilleure amie. Ca me manque cruellement, surtout quand je joue au Strip Scrabble (j’en ai marre d’être à poil).
Si tu acceptes, je serai là, toujours pour toi, n’importe où quand tu voudras, je serai toujours la même, un peu bohème, prête à faire des folies, je serai, même si la vie nous sépare, celle qui te redonnera l’espoir, on ne laissera rien au hasard, car tu sais que je resterai ta meilleure amie.
J’attends ta réponse sur ma jambe de grue,
Cordialement,
Ginie
PS : pour répondre à ta question, je suis taxidermiste.

Deux jours plus tard, n’ayant pas de réponse, j’ai commencé à m’inquiéter. Et s’il était trop tard ? Et si ma pauvre Gladys n’était plus ?
Je lui ai donc renvoyé un mail.

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Depuis toi

Depuis toi

Je me pose parfois la question, comment je faisais avant toi. La réponse vient aussitôt, simple, directe, évidente : avant toi, je t’attendais.

Depuis le 24 mai 2012, à 16h41, rien n’a changé, mais tout est différent.

Depuis toi, les matins ont le goût des baisers dans ton cou qui sent mon bébé, les yeux encore collés de sommeil, tes petites jambes recouvertes d’un pyjama Buzz l’éclair enroulées autour de ma taille.

Depuis toi, la nuit qui tombe est promesse de câlins sur le canapé, serrés sous la couverture, de rires qui éclatent en tournant les pages de Tchoupi, de « fais de beaux rêves, Maman », de je t’aime à l’infini.

Depuis toi, le brossage de dents est devenu jeu, le coupage des ongles est amusant, boire avec une paille fait des bulles, la poissonnerie est un musée, on fait la danse du caca, des cœurs avec des petits pois et enfiler les chaussures tout seul fait briller les yeux.

Depuis toi, je crois quelqu’un qui me dit que je suis jolie, mes boucles d’oreilles sont devenues des balançoires, mes colliers des lianes, mes bras ton refuge.

Depuis toi, j’ai un rituel du coucher : pousser la porte entrouverte de ta chambre, éviter les lames de plancher qui grincent, sourire de te voir dans une position de yoguiste fan de Tetris, écouter ton souffle, résister à l’envie de te serrer fort, recouvrir ton petit corps de la couette-camion-de-pompier en veillant à ne pas déclencher la musique d’un des dix jouets amassés sur ton lit, te chuchoter des mots doux et ressortir, la gorge serrée d’un mélange de bonheur incommensurable et de nostalgie précoce.

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Grazie mille

Virginie Grimaldi

J’ai eu peur, vous savez. Je me suis dit, si ça se trouve ça va pas leur plaire, si ça se trouve ils vont découvrir l’imposture, si ça se trouve ils vont le trouver tellement moins bon que le premier. Si ça se trouve, je vais les décevoir. J’étais pas loin d’acheter un bouclier à tomates, les copains.

Je crois que je n’arriverai jamais à me débarrasser de ce syndrome de l’imposteur et de ce doute qui m’accompagne en permanence, depuis toujours, mais vous savez quoi ? Je n’y tiens pas tant que ça. Parce que, sans lui, je n’aurais sans doute pas ces étoiles dans les yeux à chacun de vos messages, je n’aurais pas envie de faire la danse de la joie à chacune de vos photos, je ne vivrais pas sur un petit nuage depuis huit jours.
Si je m’y attendais, ce serait moins fort.

Le 4 mai, je me suis préparée à vivre une journée tout à fait normale.
Je me suis réveillée tout à fait normalement, avec la marque de l’oreiller sur la joue et un filet de bave sur le menton.
J’ai pris une douche tout à fait normale, en me disant qu’il allait falloir que je fasse quelque chose pour ce pelage d’hiver.
J’ai avalé un petit-déjeuner tout à fait normal (pour un sumo).
J’ai ouvert mon ordinateur tout à fait normalement.
J’ai commencé à travailler tout à fait normalement.
Et puis j’ai reçu une première notification. Une lectrice s’était ruée dans sa librairie pour acheter mon livre, il n’était pas encore en rayon, la libraire avait gentiment proposé d’aller le chercher dans les cartons à peine reçus. Puis une autre, qui m’envoyait la capture d’écran de sa commande sur Amazon. Et encore une, qui posait fièrement à côté de la couverture bleue. Puis une autre, une autre, une autre…
Le 4 mai, à 10 heures, j’ai compris que mon unique activité de la journée consisterait à découvrir vos messages et vos photos en souriant  niaisement.

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Love actually

Ils sont nés loin d’ici, là où les r roulent dans la gorge et le soleil met de la chaleur dans les souvenirs.

Ils ont vécu dans les pages les plus sombres de nos livres d’histoire, quand le pain était festin, tapis dans des abris à attendre que les nuages ne soient plus transpercés par les bombes.

Ils ont fait connaissance l’un de l’autre en même temps que de l’amour.

Ils se sont dit oui-je-le-veux, elle avec sa longue robe blanche, lui avec son élégant costume noir, eux avec une constellation dans les yeux.

Ils ont été déracinés. Ils ont choisi une nouvelle terre, pas loin de l’océan, dans un petit village, pour y planter une maison blanche et y cultiver une famille.

Ils ont eu un garçon. Puis une fille. Puis un garçon. Puis une fille. Puis une fille.
Les garçons portent un prénom ayant la même initiale que celui de leur papa.
Les filles portent un prénom ayant la même initiale que celui de leur maman.

Ils ont rempli des albums de photos, des boîtes de diapositives et des cœurs de souvenirs.

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Pissederman

C’était un vendredi soir, on revenait de chez Nonna où on avait mangé des boulettes. Le mari-presque-tout-neuf conduisait, on écoutait la radio, Adèle disait bonjour à quelqu’un qui, manifestement, ne l’entendait pas, les étoiles jouaient à cache-cache derrière les nuages et j’avais un morceau d’ail coincé dans la molaire droite.
Chaque détail est gravé en moi à tout jamais.
C’est ce qui arrive aux détails qui précèdent les drames, ils restent ensuite prisonniers de notre mémoire à tout jamais.

On avait passé une belle soirée.
On allait rentrer, coucher l’enfant-presque-tout-neuf, se pelotonner sur le canapé devant un programme philosophique (Koh Lanta) et on se laisserait glisser tout doucement vers le samedi.
C’est ce qui aurait dû se passer.
Mais, alors que j’étais en train de me dire que les participants de Koh Lanta ne devaient pas avoir d’ail dans les dents, tout a basculé.

- Arrête-toi, j’ai dit au mari-presque-tout-neuf.
– Quoi ? il a répondu, ébaubi.
– Arrête la voiture de suite ! j’ai dit (un peu) plus fort.
– On roule à 90 km/h, la prochaine sortie est à trois kilomètres, va falloir que tu sois patiente.
– Tu vas la voir de près, ma patience, si tu ne t’arrêtes pas dans la seconde ! j’ai articulé.
– Mais pourquoi tu veux absolument qu’on s’arrête ?
– Regarde sur le pare-brise, j’ai dit en retenant mon souffle.
– Je peux pas je conduis. Y a quoi ?
– Une araignée, j’ai chuchoté pour qu’elle ne m’entende pas.

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