Burn(e)

Il est des peurs que l’on ne peut expliquer, ni surpasser. Certains sont paralysés par le vide, d’autres ne peuvent se baigner où ils n’ont pas pied, d’autres encore sont incapables de regarder le menton d’Igor et Grichka sans s’évanouir.
Moi, j’ai peur du feu. Une peur panique qui transforme mes jambes en guimauves parkinsoniennes et mon cœur titre de David Guetta.

J’ignore d’où ça vient. Peut-être que ma mère a mis le feu au placenta pour fêter ma naissance, qu’elle a sauté le feu de la St Jean pendant sa grossesse ou que sais-je encore.
Toujours est-il que, depuis que je suis en âge de porter des culottes sans scratchs, je suis traumatisée par les flammes.

C’est un incendie
Qu’on ne peut plus arrêter

La première fois que j’y ai vraiment été confrontée, j’avais treize ans. Ma mère (encore elle) avait fait un gâteau dont le beurre a fondu dans le four. Lorsque je l’ai entendue crier en entrant dans la cuisine, je suis allée la rejoindre, le torse bombé, le poing fermé, prête à régler son compte à celui qui effrayait ma mère.
J’ai regardé les flammes, j’ai entendu ma mère me demander d’attraper un torchon, j’ai ouvert la porte et j’ai dévalé les trois étages en courant.
Une heure plus tard, quand mes jambes ont enfin cessé de trembler, j’ai sonné à l’interphone pour m’assurer 1) que ma mère avait éteint le feu 2) qu’elle était toujours en vie.

Il y a quatre ans, un soir où le mari était aux putes au boulot, j’ai été prise d’une furieuse envie d’amandes de mer (tu sais, les coquillages qui ressemblent à des coques). Après avoir couru chez le poissonnier, j’ai passé près d’une heure à essayer de  les ouvrir au couteau. Rien à faire, c’était pas des amandes faciles. Google m’a conseillé de les mettre dans une poêle à feu vif. En vain, elles n’ouvraient toujours pas les cuisses. Je me suis dit qu’avec un peu d’huile, ça marcherait peut-être mieux.
L’huile a pris feu, les flammes montaient jusqu’au plafond. Ou presque, j’ai pas mesuré, t’es chiant, toi.
J’ai eu un instant de tétanie, durant lequel j’ai envisagé la possibilité de recouvrir la poêle d’un torchon pour étouffer l’incendie. Mais si le torchon prenait feu ?
J’ai ouvert la fenêtre et j’ai balancé la poêle.
Précision importante : j’habitais au quatrième. J’en entends encore régulièrement parler. Je crois que mon épitaphe sera :
« Ci-Gît Ginie. Elle a jeté une poêle en feu du quatrième étage, sans regarder d’abord si quelqu’un était dessous. La conne. »

Une autre fois, comme je racontais aux ménagères, c’est ma cousine qui a mis le feu à la table du salon alors qu’on allait manger une fondue. C’est là que j’ai compris que c’était héréditaire.
Heureusement, on était au rez-de-chaussée.

J’ai donc décidé que le feu ne ferait plus d’apparition dans ma vie, autant que possible. Je le fuis, je le crains, je sors ma gousse d’ail et mon crucifix quand il approche trop près.
Sauf que le feu est fourbe, capable de prendre différentes formes, de camoufler ses flammes, de devenir invisible.
Et il a décidé que puisque je lui tournais le dos, je devrais régulièrement essuyer sa colère en recevant sa morsure, sous quelque forme que ce soit.

A quinze ans, j’ai un point commun avec Magnum et ce n’est pas la voiture. Or, j’ai le rencart du siècle cet aprèm. Avec Nicolas, celui dont les poches arrières du 501 me font pleurer d’émotion.
Ma mère (toujours elle) s’épile les jambes avec un tube de cire muni d’une roulette. Ça a l’air facile, je m’y colle quelques heures avant le rendez-vous. Je recouvre consciencieusement mon duvet avec la cire, j’applique la bande de papier et je tire. Enculé de ta race. Mais ça fonctionne bien, je n’ai presque plus rien. Je passe une deuxième fois, pour être sûre. Ho, et puis une troisième. Super ! C’est rouge, douloureux, mais d’ici deux heures, on ne verra plus rien. Et surtout, je suis imberbe de la lèvre supérieure.
L’heure du rencart approche, un dernier coup d’oeil au miroir. Et un coup de fil à Nicolas : « je suis malade, je suis obligée d’annuler ».
Je ne peux décemment pas lui dire que je n’ai plus de moustache mais qu’à la place, j’ai une brûlure, voire une croûte, si ?

Pour la peine, je me suis mise à crapoter fumer. Mais je crois que je ne suis pas faite pour ça. Sinon, pourquoi le bout rouge il finirait toujours contre ma joue ou sur ma cuisse ?
C’est que je voue une passion assez limitée aux cloques, quand même.

A dix-sept ans, je décide au beau milieu de l’été que mes seins aussi on le droit de bronzer. Les pauvres, ils sont voilés depuis qu’ils ont commencé leur croissance. Je ressemble un peu à une glace vanille-chocolat avec la marque blanche du soutif qui détonne avec le hâle du reste du corps, mais on va vite rattraper ça, en deux ou trois jours maxi.
Ha tiens, la vanille s’est transformée en fraise. Putain, ça fait mal !
Brûlure second degré, j’ai gardé trois ans le dessin du soutif avec la peau plus sombre. Lady Gaga, c’était moi.

Il y a trois ans, je fais chauffer le pot de cire pour m’épiler les cheveux sur les jambes. Volontairement, je la fais chauffer trop longtemps pour avoir le temps de me préparer mentalement et de fumer une clope (j’étais encore droguée). Elle est donc bien liquide et le pot est brûlant. Tellement que je le lâche… Je suis en jupe, la cire éclabousse mes jambes. Je hurle, j’ai mal. Le mari arrive tranquillement accourt, tel Zorro au ralenti et me jette sous la douche froide. Je pleure : j’ai la jambe défigurée…
Par contre, je n’ai plus de poils. Je recommande vivement la cire orientale Veet, elle est efficace.

(ne pars pas, c’est le dernier chapitre de l’encyclopédie)

Hier soir, j’obéissais scrupuleusement aux chirurgiens qui m’ont arraché le sinus et ligaturé l’orifice gingival en effectuant des inhalations. L’eau bout, je la transvase dans un bol que je pose sur un plateau qui lui-même est entre mes mains, à hauteur du menton. Le son de la télé n’est pas assez fort, je n’entends pas ce que Blanche dit à Roland. Je tends le bras pour attraper la télécommande et je me demande si j’ai vraiment besoin de vous raconter la suite.
Disons pour être polie que je me suis ébouillanté le décolleté (les nichons, quoi), enculé.
Là pendant que je te parle, j’ai le poitrail au vent, recouvert de Biafine. Heureusement que mes collègues sont de race canine (et castrés).

J’ai donc pris rendez-vous pour me faire greffer une couche de Biafine sur tout le corps, en prévention. Tu penses que ça va bien aller avec mes cheveux ?

Ginie, qui pète le feu

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77 commentaires

  1. En plus de partager notre surnom, je vois qu’on partage aussi un goût immodéré pour tout ce qui est trop chaud ! Je ne compte plus le nombre de brulure de cigarette que je me suis tapée quand je sortais, j’ai eu droit à la cire trop chaude sur la jambe (quelques gouttes mais ça suffit pour imaginer ce que tu as vécu), je suis la première à attraper une casserole ou à ouvrir le four sans penser que ça pourrait être carrément bouillant !
    Bises

  2. pareil pour le feu… même qu’une fois heureusement que j’avais un pote à la maison de mon ex sinon j’aurai mourru dans l’incendie de ce connard de poele à bois… parce qu’au lieu de partir en courrant j’ai tendance à me pétrifier sur place, comme si j’avais les pieds coulés dans du béton… et sinon les friteuses sont des objets du diable… mais les frites c’est bon quand même… sauf que si je m’en occupe on les mange congelées ou crues si j’ai fait ma puriste et que j’ai épluché les patates… donc vive l’écossais qui gère cet objet maléfique.

  3. J’ai tout bien lu jusqu’au bout et ça m’a rappelé un truc de quand j’étais pitite : ma mère m’avait demandé de surveiller la bassine à frites et moi j’attendais que ça bouille … ben ça bouille pas en fait ça prend feu ! J’ai fait comme toi j’me suis barrée ……

  4. Moi aussi ça me fait flipper le feu (mais tout me fait flipper! ^^ )
    Un jour j’ai mis le feu à un sèche-cheveux, pendant que je l’utilisais. J4ai totalement paniqué (j’avais 12 ans)

  5. oh putain, putain, la poêle par la fenêtre, je ne m’en remets pas, je n’en peux plus de rire

    courage avec ton décolleté, c’est cramé pour une séance chaud bouillant ce soir non ?

  6. J’ai mal pour tes seins.

    (Un jour j’ai vu incendie, un grand, dans une forêt, à 100 m de chez moi, c’était magnifique.)(j’ai pas peur du feu, mais j’ai peur des scies. Mets moi en face d’une scie, et je commence à transpirer et à faire des bonds de cabri.)

  7. J’ai aussi une peur panique du feu mais je me rappelle très bien pourquoi !! J’ai 10 ans, je suis dans le salon de notre nouvelle maison, située à côté d’un champs de blé.

    Le blé a été totalement coupé et le cultivateur a mis le feu à tout l’espace ! Ca porte un nom cette technique, sauf que je l’ignore, que je suis toute seule, et que ma mère dans une autre pièce n’a pas mesuré la portée de ma panique…

    Depuis, à chaque formation « incendie » dans ma boîte, j’assure la théorie et file en douce dès qu’arrive la pratique !

  8. La vache, j’espère que tu as une multirisques et une mutuelle en béton !

    Tu devrais peut-être solliciter un partenariat avec Biafine ?

    Pour le jet de poêle enflammée du 4e étage, chapeau. Je n’aurais pas osé.

  9. Et t’as essayé les pansements à la parafine pour ton décolleté? Ca marche d’enfer pour toutes les brulures de four que je me suis fait (four à pizza, four normal, fer à repasser…), la douleur se calme assez rapidement et surtout il n’y a plus de trace après.
    Par contre pas de soleil dessus avant 1 an pour une brûlure.

    Bon courage en tout cas, et tu m’as fait mourir de rire avec le coup de la poêle.

    1. Ha non, je ne connaissais pas mais je pense que je vais en mettre dans ma pharmacie, ça servira bien assez tôt… merci pour l’astuce !

      T’es en train de me dire que je vais devoir me mettre au soleil avec un col roulé cet été si je comprends bien…

  10. l’histoire ne nous dis pas si quelqu’un s’est finalement prit la poele enflammée se jetant dans le vide. En tous cas j’en ris encore!

    à la base j’ai pas trop peur du feu…mais l’année dernière, après avoir mis de l’eau à bouillir pour les pates, j’ai voulu attraper la passoire dans le placard au dessus de la gazinière (ouai, pas de hôte mais un placard. c’est nul) …et j’avais zappé que j’avais un tee-shirt long et ample. resultat des courses il a prit feu -AVEC MOI DEDANS!!!!!!-et j’étais pétrifiée! j’ai mis de longues secondes à réagir, et je ne sais même plus comment j’ai fait tellement j’étais paniquée. D’ailleurs une fois le feu éteint j’ai fondu en larmes…. et aujourd’hui encore je suis traumatisée dès que je dois prendre quelque chose dans ce placard, même quand le feu est éteint…

    1. Je suis tétanisée en te lisant…

      Ca me fait sourire que tu appréhendes à chaque fois que tu attrapes quelque chose dans le placard, ça me fait la même chose à chaque fois que je me lève du canapé chez ma mère. Une fois je me suis pris la fenêtre dans la tête, j’ai cru qu’elle allait se fendre…
      (je pense que je devrais me filmer en permanence, en fait, ça ferait une émission comique assez chargée)

  11. Cette peur du feu…..cette capacité capacitante a faire de n importe quel événement quelconque un buzz plus important que l avortement d Amelie et le dernier single de Cyndie… cette faculté que tu as de communiquer avec les animaux…et j en passe….J AI PERCE TON SECRET ….TU ES UNE SORCIÈRE!!!!!!

  12. Mince oui, j’ai aussi beaucoup de mal avec le feu. Ce qui est d’autant plus embêtant que je suis une grande frileuse. Je m’ébouillante régulièrement avec ma bouillotte ou ma tisane. Je fuis les flammes et tout ce qui ressemble à une braise (oui je fume. Merci!). Toi au moins, tu sais d’où ça vient avec toutes ces mauvaises expériences!
    Ceci étant, j’ai une phobie encore pire que le le feu, et même que j’en ai juste papoté là : http://j.mp/hCagVs

  13. « Ci-Gît Ginie. Elle a jeté une poêle en feu du quatrième étage, sans regarder d’abord si quelqu’un était dessous. La conne. »
    Un four rire m’a pris… pourtant c’est pas drôle… mais en fait j’imaginais un photographe prenant la seule soucoupe volante en flamme de sa vie en photo. …

    Pour le reste, merde, fais gaffe quand même !

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