Ce que tu as laissé

C’était un dimanche. Il faisait beau.
La journée avait été parfaite.

C’était la fête de mon père. La Saint Dominique.
C’était un 8 août.

C’était il y a 4 ans, jour pour jour.

C’était il y a 4 ans, et pourtant je me souviens de chaque minuscule détail.
Je me souviens de mes pensées pendant qu’on roulait vers la maternité.
Je me souviens de ce que je portais.
Je me souviens que tu appuyais sur mes côtes.
Je me souviens des sourcils froncés de la sage-femme.
Je me souviens du visage fermé de l’interne.
Je me souviens des joues inondées de ton père.
Je me souviens mot pour mot de la phrase qui a tout fait basculer.
Je me souviens de mon cœur qui voulait s’arrêter. Comme le tien.
Je me souviens du ventilateur qui osait continuer à tourner alors que ta vie s’était arrêtée.

C’était il y a 4 ans et il reste quelques photos, un doudou, une boîte pleine de toi et ton nom sur le livret de famille.
Il ne reste pas grand chose, mais tu as laissé beaucoup.
Tu as tout changé. Tout.

Un jour, ton frère me demandera de lui parler de toi.
Je l’espère et je l’appréhende.
Je ne sais pas quels mots je choisirai, comment je commencerai. Je ne sais pas si je pleurerai, si j’en dirai trop, ou pas assez.
Mais je sais ce que je lui dirai.

Je lui raconterai l’histoire de son grand frère parti avant d’avoir été.
Je lui raconterai comment j’aimais te parler, te caresser, t’imaginer, te protéger.
Je lui raconterai comment ton père posait sa tête sur mon ventre pour sentir son fils s’animer.
Je lui dirai comme tu étais beau, avec ton grand front et tes cheveux bruns. Je lui montrerai ta photo, s’il veut.
Je lui expliquerai surtout que si, chaque matin, j’ai le coeur qui explose de joie en entendant sa voix, c’est grâce à toi. Que si je réalise tant la chance que c’est, d’avoir un enfant en bonne santé, c’est grâce à toi. Que si je profite VRAIMENT de chaque moment avec lui, c’est grâce à toi.
Tu as fait de moi la maman que je suis. Inquiète, beaucoup trop, mais consciente, tellement.

Je lui dirai que c’est aussi grâce à lui. Parce que c’est un petit garçon exceptionnel. Tu aurais aimé l’avoir pour petit frère. Il aurait aimé t’avoir pour grand frère.

C’était il y a quatre ans, c’était hier, c’est aujourd’hui. Tu es là, avec nous, tout le temps.
Mon fils.
Mon grand.
Ma blessure.
Ma force.

Tu me manques tellement.

Rainbow

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138 commentaires

  1. Un texte magnifique pour une expérience difficile mais dont vous avez su tirer le positif. Bravo ! Toutes mes pensées vous accompagnent car cette journée doit être « particulière ». Bises.

  2. Comment dire…pas de mots pour ça, c’est très touchant…
    Juste j’espère que tu auras des gros câlins aujourd’hui, et la force de ton fils avec toi !
    Bises

  3. 10 min que je suis devant la case commentaire. Les larmes aux yeux.
    Contrairement à toi, je trouve que les mots qui me viennent sont bien fades.

    Hug à vous quatre <3

  4. Mon fils a 14 mois aujourd’hui et chaque matin, comme toi, entendre sa voix est mon plus grand bonheur… Je pleure pour vous (et pour moi aussi un peu). Pleins de pensées.

  5. Une pure merveille.
    J’ai donné votre adresse de blog, et celui de Over Ze Rainbow pour une maman, dont la fille ne se remet pas de la perte de son premier enfant. En lisant ce texte, je crois qu’elle trouvera l’apaisement qu’elle recherche. Merci Ginie !

  6. J’ai les larmes aux yeux. J’ai du mal à déglutir. J’en vois plein qui mettent un ?. Je vais faire pareil parce que tout ce que je pourrais écrire d’autre n’aura jamais la force de ce que je ressens vraiment au fond de mon ? de mère. Alors voilà. ?.

  7. …..je pleure, mais comment ne pas pleurer?C’est si beau et si triste à la fois ce que tu dis, tu as trouvé les mots pour rendre le plus bel hommage à ton enfant.C’est magnifique, vraiment…..bon courage et plein de belles pensées pour toi, pour lui, pour son petit frère et pour ton mari.

  8. Ces mots j’aurais pu les écrire moi aussi.. Pour ma fille.. Ma toute petite à jamais.. Et je vous lis en allaitant mon espoir, son petit frère que je chérie encore us fort que je ne l’aurais fait d’instinct.. Grâce a elle.. Cela fait 18mois ici, mais tjs cette douleur indescriptible.. Ce qui fait que nous ne serons plus jamais les mêmes..

  9. je ne vous connais pas mais ce cri d’amour, de tristesse et d’espoir me mets les larmes aux yeux et une boule dans la gorge.
    toutes mes pensees

  10. Mes jumeaux ont 8 ans aujourd’hui…ils sont venus agrandir notre tribu après s’être bien battus… Ils sont aussi arrivés 1 an après Achille…Achille qui n’aura jamais 1 an, ni 2…ni 8..Achille qui a veillé sur ses frère et soeur pour que Dame Nature ne me les enlève pas à leur tour….Achille qui est à jamais un petit morceau de moi…ce morceau qui m’a paru mourir ce maudit jour d’août, qui m’a fait tellement souffrir ensuite et qui est désormais tellement précieux à mes yeux…je t’embrasse…

  11. Tu trouveras forcément les mots…il n y a pas de mots pour ce billet si poignants que des larmes qui roulent et un coeur serré….on ne sait quoi dire dans ces moments mais bcp d amour

  12. oh bichette, je pleure alors même que je ne connais que virtuellement et toi pas..
    c’est bien écrit ça retranscrit parfaitement tout cela!
    des <3 pour toi
    bises

  13. Que dire si ce n’est que tes mots suscitent une émotion qui vient des tripes. Rien ne peut égaler l’amour parental, rien ne peut le décrire mais tu y parviens…

  14. C’est beau Ginie. Moi aussi je me souviens. Je me souviens du jour où j’ai lu ton article qui annonçait cette triste nouvelle. J’étais assise en tailleur sur mon canapé gris. Je caressais mon ventre, j’étais enceinte en même temps que toi, ça nous faisait un point commun, j’étais contente. Ton texte m’avait anéantie, je me suis dis « Et si ça avait été moi » mais ça n’était pas moi, c’était toi. J’ai pleuré, beaucoup. Pour toi, pour vous.
    Et aujourd’hui je pleure aussi. Mais en même temps, comme à chaque fois, tes articles sont pleins d’espoir alors je sèche mes larmes et je souris pour toi. Pour vous. Pour lui.

  15. Bonjour,
    Votre texte résume bien ma journée du 8 aout 2008 et celle du 12 ….
    j’ai vécu le même drame que vous, le 8 aout je suis rentrée au chu pour une procidence du cordon et le 12 aout tout s’est arrêté….et j’ai ce souvenir des paroles du médecin, des 50 internes qui vous prennent pour une bête de foire, et vous qui pleurez toutes les larmes de votre corps car vous avez l’impression d’être une mauvaise mère pour avoir été incapable de garder ce petit être au creux de vous… Pour ma part ils étaient deux mais ça ne change rien à l’issue….
    Je voulais vous dire cela, depuis nous avons eu deux autres enfants (pas sans mal) , mon fils de 5 ans qui est né en 2009 connait l’existence de ses frères, il n’en parle pas, en fait si, il dit juste qu’ils sont dans leur maison à coté de celle de pépère et mémère…. Ma fille, elle, n’est pas au courant, je n’ai pas eu la force de lui dire, pourquoi , je ne sais pas…..
    Aujourd’hui je suis à nouveau enceinte et je redoute toujours les mois d’aout, je me sens vulnérable, incapable de faire quoi que se soit et surtout j’ai peur pour mon enfant…
    Je lis votre blog depuis longtemps, je suis très touchée par votre histoire, qui ressemble bcp à la mienne, votre deuxième ressemble aussi au mien, ils sont différents et même temps tellement normaux à nos yeux, comme si nous les avions trop protégés…
    Toutes mes pensées vont vers vous en ce jour difficile même si je sais que vous y pensez chaque jour.
    Sincèrement
    Emilie

  16. Une amie vient de m’envoyer vers ton article, et comment dire ?? Juste <3 . Je suis contente de te lire, tu décris tellement bien ce qui se passe dans ma tête… Pas tout certes, mais tous les souvenirs de cette journée où l'on perd celui que l'on attendait …. Merci infiniment de partager cela ! Pleins de courage et de bisous même si l'on ne se connait pas .

  17. Ces mots… pfiouuuu. Forcément, ils me parlent.
    Je lis ton article, avec ma petite coccinelle toute fraiche à mes côtés, qui contemple quelque chose que je ne vois pas, et qui sourit, toutes gencives dehors.
    Je suis un peu comme toi. Un jour, je devrais lui parler de son grand frère des étoiles. Mais j’ai peur de ne pas trouver les mots.
    Ce que je sais, surtout, c’est que s’il n’avait pas été, elle ne serait pas là aujourd’hui.
    Bref, je m’étale alors que ça n’est pas le sujet.
    Merci pour tes mots. Ils sont parfaits.
    Et une immense pensée pour ce grand frère, qui veille.
    Plein de bisous.

  18. C’est un magnifique hommage à ton fils je n’ai pas eu son prénom mais ce n’est peut être pas l’important ou surtout dur comme les mots que tu as écrit. Je ne peux pas comprendre ta douleur parce que je ne suis pas passée parce que vous avez vécu mais je pense vraiment que la douleur ne s’efface pas avec le temps on fait avec. Ton fils , tes fils, ton mari, ta p’tite tribu, c’est ta joie, ta fierté, le pourquoi tous les jours c’est important de vivre chaque minutes, chaque secondes à leur côté. Je le redis ton texte est bouleversant et magnifique à la fois. Bon courage.

  19. Difficile de ne pas avoir les larmes aux yeux après ce joli texte plein d’amour !!! On n’oublie jamais…
    Je suis moi-même à la place de ton petit dernier et j’ai toujours une pensée pour mon grand frère que je n’ai jamais connu. Quant à ma mère, elle ne l’a jamais oublié…
    Sincères pensées !

  20. J’ai du mal à trouver des mots pour t’apaiser, je sais que ce chagrin ne disparaîtra jamais, mais comme tu le dis si bien, cette blessure est aussi une force et tu sais à quel point il faut profiter d’avoir un enfant en pleine santé. La vie est si fragile… Personne ne devrait vivre ce que tu as vécu, il n’y a pas de pire souffrance. Je t’embrasse bien fort <3

  21. Douces pensées pour ton petit ange???? Tu lui rends un si bel hommage, tes mots sont justes et me font monter les larmes aux yeux. Tu verras, votre bébé espoir saura te faire parler de lui et tu sentiras ton cœur chavirer à chaque fois qu’il dira son prénom, quand il évoquera son grand frère à un moment où tu ne t’y attend pas… Nos anges vivent en eux j’en suis certaine ????

  22. Chère Ginnie, je te lis depuis quelques mois avec beaucoup de plaisir , de rires et souvent d’émotion. Je n’ai guère l’habitude de commenter mais ce billet que tu partages me pousse à laisser quelques mots pour te dire que je suis profondément touchée et émue. J’aimerais si ce n’est pas trop présomptueux te dire que je partage ta peine et jet ‘admire de cultiver le gout de la vie. Je te remercie aussi de ce tes mots qui m’incitent à mettre plus de conscience à apprécier mon monde à moi.

  23. Pensées plein.
    Nos points communs se « renforcent » tu es née le même jour que ma maman qui est une Dominique comme ton super papa.
    Amitiés

  24. Je ne sais pas si je vais valider mon message.
    Je n’ai pas les mots, j’ai juste les larmes.
    Une pensée a ce grand frère qui n’est pas a sa place.
    Une pensée a vous.
    <3

  25. L’on perd un parent, on est orphelin… L’on perd un conjoint, on est veuf/veuve… C’est tellement contre nature qu’il n’y a pas de mot à la perte d’un enfant. Je partage votre douleur et votre post me bouleverse. Amitié.

  26. Comment dire la douleur ?
    Que peut-on devenir … De marbre, mater dolorosa ou bien animal à quatre pattes dans l’herbe ou sur le plancher, berçant, la tête dans les bras, un inhumain arrachement dans le ventre, ou encore un être diaphane, marchant, hagard, droit devant soit dans la ville, le nez en l’air, suivant vaguement les oiseaux qui pourraient être des âmes, ou encore riant follement avec des petits qui sont la vie et la répétition du même …
    Terrible anniversaire.
    Plein de bisous

  27. Bonjour Ginie,

    Tu n’imagines pas à quel point ce texte me touche…Nous avons en effet fêté aujourd’hui les 3 ans de mon Choupinou. Je me suis rendu compte que tout aurait pu s’arrêter il y a 3 ans aussi, jour pour jour, et que j’aurai pu ne jamais connaître la joie immense que j’ai vécu tout aujourd’hui. Car oui, pour moi, le 08 Août est une belle journée.
    Merci Ginie de faire en sorte que chaque jour passé avec nos enfants comptent plus que tout.
    On le sait, on en est conscients, mais souvent le quotidien prend le dessus sur la VIE.
    Danaide

  28. Une douce pensée pour ce fils qui ne grandira pas auprès de toi mais qui t’accompagnera tout au long de ta vie, jusqu’au dernier souffle. Je sais, je sais tellement, je sais si fort a quel point ils nous rendent a la fois plus fortes et plus fragiles tous les jours. Le mot que je retiens de ton texte est « CONSCIENTE ». Nous etions (et resterons) des mamanges et sommes devenues des mamans « CONSCIENTES ».

  29. Je suis à deux doigts d’accoucher et ton texte m’émeut aux larmes. On ne devrait pas pouvoir vivre des choses pareilles…
    Tes mots sont très beaux et très touchants.
    J’espère que tu pourras lui dire tout ça un jour à son petit frère…
    bises

  30. C’est mon anniversaire aujourd’hui, je clos ma journée en lisant ton article… Je soufflerai demain mes bougies avec mes enfants en pensant à vous, à toi petit conscrit au ciel. Tendresses

  31. Bonjour Ginie,
    Je ne laisse jamais de commentaire mais je lis toujours avec empressement tes billets. Au fil des lectures, tu me faire sourire, rire aux éclats ou pleurer. C’est le cas aujourd’hui. Ton texte me bouleverse mais il laisse tellement d’espoir. Merci pour ces mots si touchants. Mon coeur de maman est bouleversé. Je te souhaite beaucoup de courage.

  32. 4 ans, déjà.. Du haut de son ptit nuage, il vous regarde avec amour, j’en suis sûre..
    Aujourd’hui, j’essaierai de ne pas crier sur mes gosses.
    Des bisous et pensées à toi et à tous les paranges ici…

  33. Ce que tu écris est… Beau. Très touchant, très triste, si magnifique à la fois…
    Vous êtes des extraordinaires parents, et je vous envoie, ainsi qu’aux deux frangins, un wagon de bisous
    <3

  34. je n’étais pas là le 8 août pour te dire à quel point ton message est beau ; tu mets des mots si juste sur ce que nous ressentons et parfois subissons… amour, douleur, tristesse, joie, fierté… un mélange impossible à expliquer pour ces petits bouts qui « n’ont pas vécu » (et pourtant, tellement…)
    MERCI

    et tendresse à ton ange, à ton espoir, à toi

    je suis sure que tu trouveras les mots, mais j’avoue partager les mêmes questions ; comment faire comprendre à nos enfants à quel point on les aime, quelle que soit leur histoire?

  35. je viens de découvrir ton blog grâce à la « souris » et j’ai commencé par rire de tes apnées et de tes ronflements parce que j’ai les mêmes. je riais de toi et de moi puis je viens aussi de pleurer pour toi et pour moi…c’était en octobre 1998…aujourd’hui je reconnais dans la rue les enfants de 16 ans des filles qui étaient enceintes en même temps que moi. Antoine n’a pas eu de petit frère…Axel est mon enfant d’ailleurs…et notre blessure commune, car nous l’attendions tous les trois. La douleur est toujours là juste on s’habitue….et on n’oublie jamais!
    mon arrière grand mère a vu partir son fils à la guerre juste avant l’armistice… avait-il 18 ou 20 ans je ne sais pas. Il n’est jamais revenu. Elle a fixé jusqu’à sa mort cette route où elle l’attendait. elle m’inspire de la tendresse comme toutes ces femmes qui…comme toi!

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