Coupez

Je suis allée chez le coiffeur. La coiffeuse, pour être plus exacte. De toute manière, tous les coiffeurs sont des coiffeuses d’après ma voisine.

Elle m’a demandé ce que je voulais faire. Pendant une seconde, Bigard a voulu s’approprier mon corps mais j’ai résisté et je lui ai dit que je voulais juste une coupe. Elle a eu l’air surprise et m’a demandé si on faisait une couleur aussi pendant que son regard s’arrêtait sur ma tempe droite. Celle où un couple de cheveux blancs a décidé de faire valoir son droit de regroupement familial.

J’ai répété. Juste une coupe.Elle m’a demandé de lui donner mon vestiaire en attrapant un cintre.
Je lui ai dit que je n’avais pas de vestiaire sur moi. Face à son silence, j’ai précisé que je n’avais pas de vestiaire tout court, que la dernière fois que j’en avais eu un c’était quand je travaillais chez McDo. J’avais même mis la photo de mon rat dedans, pour être sûr que personne n’irait y fouiller.
Elle a rangé son cintre.

J’étais en train de me dire que j’avais dû la froisser et que je devrais lui faire un sourire pour me faire pardonner mais elle a entamé sa vengeance.
Elle a sorti la blouse noire qu’on met à l’envers, celle qui te réconforte de ne pas avoir écouté ton envie subite de rentrer dans les ordres après ta première rupture. Celle qui a la faculté magique de t’aplatir les nichons et de te gonfler le ventre en même temps.
Pour compléter la tenue et s’assurer qu’aucune particule de dignité ne résiste (il doit y avoir une incompatibilité avec le shampoing), elle m’a posé sur les épaules une espèce de cape en plastique grise et l’a recouverte d’une serviette.

C’est en général à ce stade que tu pries pour qu’elle t’installe le plus loin possible de la vitrine. On sait jamais, des fois que ton ex passerait par là.

La suite s’annonçait plus douce : on passait au bac pour le shampoing.
Anesthésiée par le massage du crâne, à deux doigts d’un orgasme plus puissant que celui provoqué par un Magnum Strawberry White, j’ai accepté qu’elle me fasse un soin. Six euros le soin, je peux te dire que le temps qu’elle attrape le produit j’ai fantasmé le moment. Malheureusement, je crois que je suis tombée sur une coiffeuse précoce puisqu’elle a bâclé les préliminaires et que le soin, sitôt posé, était déjà rincé.

J’ai donc rangé feu mon orgasme sous ma cape et je l’ai suivie, comme elle me le demandait.
J’étais tellement près de la vitrine que je suis sûre que les passants ont cru que j’étais peinte dessus.
Bon, à priori, pour couper les pointes et rafraîchir la coupe, il n’y en aurait pas pour trois heures. Et j’étais bien décidée à faire passer le temps plus vite en me plongeant dans les magazines éparpillés devant moi.

La revue du Coiff’heure.
Sup’hair Magazine.
Créa’tif Mag.

Je crois que j’aurais préféré lire la biographie de Christian Audigier écrite par Steevy Boulay.
Des coupes dignes d’une expo canine, des couleurs damidesques, ces magazines, censés servir de modèle à ceux qui viennent chez le coiffeur sans savoir ce qu’ils veulent vraiment (les fous) ont pour effet secondaire de  provoquer de violentes nausées (plus de 100 cas sur 1000).
J’avais envie de garder mon gratin au roquefort pour moi, j’ai donc refermé le magazine.

C’est là que j’ai commis l’irréparable.
LA chose à ne pas faire avec une coiffeuse.
L’erreur de débutante.

J’ai engagé la conversation.

– Il n’y a pas trop de monde pour un samedi, hein ?

– Ah ne m’en parlez pas. Je disais justement tout à l’heure à Mireille que c’était trop calme pour être vrai. Je m’attends à voir un bus de touristes arriver d’un moment à l’autre, c’est pas possible autrement ma pauvrette. Je ne dis pas ma pauvrette à cause de vos cheveux, notez. C’est une expression que je tiens de ma grand-mère. La pauvre, elle est morte sans avoir le temps de connaître son premier arrière petit-fils, elle a beaucoup souffert. A la fin, elle faisait caca dans une poche et il fallait la vider régulièrement. Ca me fait penser que je n’ai pas fait la vidange de la voiture alors que j’ai largement dépassé les 15000 kilomètres, mais bon, c’est pas facile de trouver un garagiste honnête de nos jours. Moi, je vous le dis, je regrette ce brave Julien Courbet, au moins il dénonçait tous ces escrocs. D’ailleurs, vous savez qu’il est du coin, Julien ? Si, si, j’ai la nièce de la copine de ma tante qui était à l’école avec lui, il paraît qu’il avait déjà la grosse tête. Ca doit pas être facile à coiffer, une grosse tête, c’est ce que je dis toujours. J’aime l’humour, d’ailleurs je suis fan de Anne Bogdanoff, elle me fait beaucoup rire quand elle passe chez Druker. A ce sujet, vous saviez que Druker il avait une perruque ? Si si, ça se voit quand on regarde bien, selon l’éclairage. Ils en ont tous, ceci dit. Vous ne croyez quand même pas que Jean-Pierre Foucault, ce sont ses vrais cheveux ? EH MIREILLE, ELLE CROYAIT QUE FOUCAULT C’ETAIT SES VRAIS CHEVEUX ! Vous êtes naïve, on le voit bien qu’ils bougent tout seuls. N’empêche, j’aimerais beaucoup passer à Qui veut gagner des millions, mon mari me dit toujours que j’ai tellement d’amis que j’en trouverais forcément un pour répondre aux questions difficiles. Si je gagnais, j’ouvrirais mon propre salon et je l’appellerais Tiff’Annie, parce que Annie c’est mon prénom. Vous avez compris le jeu de mot ? Tiffany, comme le prénom, sauf que mon prénom c’est pas Tiffany mais juste Annie. C’est un jeu de mot, je rigole comme une folle quand j’y pense. Ou alors j’arrêterais carrément de travailler, je l’ai bien mérité, je travaille depuis que j’ai 16 ans. J’ai eu mon CAP les doigts dans le nez. Enfin, pas vraiment sinon je n’aurais pas pu coiffer, hein, mais je l’ai eu facilement je veux dire. J’aurais pu continuer mais c’est là que je suis tombée enceinte de mon premier alors j’ai préféré le garder. En plus, je vous dis pas, la grossesse a été d’un difficile ! Je vomissais à chaque fois que j’avalais quelque chose, j’avais des morroïdes plein les fesses et j’ai pris 34 kilos. Mon mari m’appelait le chou-fleur, pour tout vous dire. On a rigolé comme des foufous avec ça, on disait même que le petit il allait avoir une tête de chou-fleur. Horeusement, quand il est sorti il ressemblait plus à un ballon de rugueby qu’à un légume, ce qui tombe bien parce que dans la famille, on aime ça le rugueby. Mon frère était pilier à une époque. Il était aussi pilier de bar, mais ça c’est moins drôle je vous ferais dire.
Voilà, c’est fini.
Vous êtes sûre qu’on ne fait pas une couleur ?

Pour la prochaine fois, j’hésite :
1) Je me fais couper les cheveux par mon mec (à la tondeuse)
2) Je dis que j’ai une maladie rare qui transforme en ragondin tous ceux qui m’adressent la parole
3) Je me plonge dans la biographie de Christian Audigier par Steevy Boulay (illustrée)

Aide-moi.

Ginie, raie au milieu

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43 commentaires

  1. Je pleure toute seule devant mon pc! (oui, je suis encore à l’ère PC , ne sois pas désagréable !)

    Je l’ai lu avec l’accent du Sud Ouest, étant basée à Toulouse. Parce que les coiffeuses ont toutes l’accent du Sud Ouest ! Et quand je suis arrivée à « rugueby », je ne pouvais plus respirer !!!

    Euh au fait! PREUM’S !!! pour une fois ! !Y’a pas cadeau ?

  2. Sinon tu vas te faire coiffer dans un pays etranger parce qu’a l’etranger, ils parlent etranger (chui desolee mais les pubs de Free me manquent) (je sais, c’est pas thetique du tout). Comme ca, tu entraves que pouic au blablatage de la coiffeuse. OK, ca peut faire cher le coupe-tif (Anny) mais aux grands maux, les grands remedes !

  3. En règle générale, je déteste les coiffeurs … Sauf que je peux plus le dire parce que la belle mère en est… Où comment échapper à de la blablate inutile et économiser pour le prochain vernis 🙂

    Sinon pareil que LGB, mais l’exercice est périlleux, après expérience en Angleterre, je suis ressortie blonde ET brune, j’ai pas compris tout de suite.

  4. Je suis morte de rire!! Pour moi, le pire, chez le coiffeur, c’est qu’il me pose une question alors qu’il me sèche les cheveux! Déjà que je suis à moitié sourde, avec le bruit, j’entends rien et je lui fais répéter sa question 15 fois comme une débile!

  5. Coiffeur, esthéticienne , je les mets dans le même sac … j’essaye au maximum d’éviter la conversation en prenant une mine renfrognée et ne répondant que par oui/non aux questions sans relancer …. mais malgré tout cela marche rarement !

  6. T’as essayé une coiffeuse muette ? (ça doit pas exister, remarque… N’empêche que je suis sûre que c’est un concept à développer…)
    Ou alors tu te fais passer pour sourde, peut-être…
    Ou encore tu joues la geekette vissée à son smartphone…
    Moi je m’en fous, je suis une grosse tchatcheuse qui en rajoute des tonnes pour faire dire le max d’énormités aux gens. Et qu’est ce que je marre après lors du debriefing avec Monlolo !!!

  7. Mddrrr, ma mère est coiffeuse (à la retraite), à la maison elle gueulait comme un veau pour parler tu sais comme les gosses de 3-6 ans qui ont pas encore trouvés que le volume est réglable (l’habitude de parler fort avec les sèche-cheveux).
    Et elle a cette faculté à parler, parler,parler; l’avantage c’est que quand elle me coiffe je peux plonger dans mon cosmopolitain et répondre par des onomatopés; mmm, ah oui, oh, mmm, c’est vrai. il vaut mieux être d’accord avec ta coiffeuse (même si c’est ta mère) quand elle a tes cheveux entr les mains, que ça soit pour couper ou faire des mèches !!!
    En plus tu risques le conflit d’intérêt à chaque instant.

  8. Je vois qu’une seule solution, jouer les sourdes. Et vu que tu viens d’y aller, ça te laisse quelques semaines pour apprendre à dire : « Non, juste une coupe » en langue des signes. Assorti de « Et tu fermes ta bouche, maintenant. »

  9. Je suis morte de rire… et j’ai peur… je viens de débarquer dans une nouvelle ville, il faut que je trouve une nouvelle coiffeuse (il est grand temps). Mais je vais suivre tes conseils : NE JAMAIS ENGAGER LA CONVERSATION!

  10. En vrai chuis une vraie pipelette mais dès que j’arrive chez le coiffeur non seulement je suis bloquée du langage mais en plus l’idée même de parler me soule carrément. J’en deviens limite malpolie…

  11. m’enfin voyons on ne parle JAMAIS a une dame qui a un ciseau dans la main, surtout quand ce sont tes cheveux en dessous!!!! grossière erreur…

    sinon prochain coup tu fais la sourde muette, tu lui tends une carte avec ce que tu souhaites et tu te plonges avec délice dans la biographie de Steevy Boulay écrite par Afida Turner avec une préface de Christian Audigier et Morandini! là je suis sure que tu ne le regretteras pas!! ^^ (par contre tes neurones risquent un suicide massif mais ça c’est rien du tout en comparaison hein…?)

  12. Je parle jamais chez le coiffeur, déjà parceque je n’y vais qu’une fois tous les 6 mois (donc je ne suis pas une habituée) , assez froide d’apparence (la sale gueule qu’on a envie de baffer…) et on a pas envie spécialement de me parler …
    C’est un bon mix…
    Si non la tondeuse… c’est pas mal…

  13. J’adore lol En plus, je suis réconfortée… j’ai des amies qui n’arrêtent pas de me dire « j’adore aller chez le coiffeur, changer de tête, se faire chouchouter, prendre du temps pour soi… » et je ne les comprends pas, parce que j’ai horreur de çà. Je m’aperçois que je ne suis pas seule à ne pas apprécier le coupe-tifs. Suis toujours ressortie pire qu’en entrant. Plus tu dis « ne coupez pas trop court, surtout la frange » (le style de phrase dit sur un ton horrifié parce qu’on sent le vécu lol), plus ils coupent courts. J’ai la nuque en compote, avec leurs fichus bacs pas adaptés aux gens qui n’arrivent plus à se relever. Au début de la fibromyalgie, un jour (j’y vais environ une fois par an j’ai le coiffeur, en général je groupe coiffeur-gynéco-dentiste, parce que pour moi les 3 sont kiffe kiffe bourricot lol), j’ai dû demander à la coiffeuse si elle pouvait me pousser un coup dans le dos pour me faire remonter sur le siège et m’aider à me rasseoir, parce que ma tête était scotchée au bac et je ne pouvais plus me relever arff… elle me disait, impatiente « vous pouvez vous relever !!! » la honte, suis plus jamais retournée, surtout que j’étais ressortie la coupe au bol presque :-s) Et puis leur immense blouse, je ressemble à un Casper africain, parce que je suis trop petite et menue, je flotte dedans, je ressemble à un fantôme surtout quand je bouge les bras et cette manie du noir pour les blouses, dans tous les salons, alors que c’est déjà pas gai d’y aller pff… 😀 Par contre, je ne pipe pas mot, suis pas aussi bavarde que par écrit et timide, donc çà m’arrange. Je ne souris pas, l’air de montrer qu’il faut pas venir me casser les pieds en blablatant des choses inutiles et de me saouler^^ Le moment que je préfère c’est le séchage, au moins, pas besoin de causer, de toute façon avec ma ptite voix, on ne m’entendrait pas, alors tout va bien. Le souci c’est que j’ai vraiment envie de changer de tête, mais que pfff, rien que de l’écrire, c’est une corvée… je te laisse tester la tondeuse, je verrai le résultat et me déciderai à ce moment là 😀

  14. Mes bichons, je sais que vous m’en voulez de ne pas répondre à vos commentaires, je vous ai donné de bien mauvaises habitudes.
    Promis, dès que j’ai réussi à devenir organisée, je recommence à répondre individuellement. C’est pas demain, je préviens.

    Par contre, sache que je kiffe chaque commentaire.

    1. hihihi moi j’adore aussi Anne Bogdanof…. c’mélange entre Anne Roumanoff et les freres Bognadof décoiffe (mouhahaha j’suis balaise)
      sinon chez mon copain Franck, on a des blouses blanches, qu’on met à l’endroit et pas de plaque cheloud sur les épaules oô

      mais bon, mon pote me voit 2 fois l’an….oué j’aime pas ça, j’y vais quand sont bien abimés ….

  15. sinon, tu vas chez un coiffeur .. qui est UN coiffeur .. Quoique .. Reflexion faites, ça change pas grand chose, ils parletn à peu près autant ! MAintenant, je suis incollable sur les derniers modèles de sneakers Louboutin ! Comme quoi, parfois on apprend des trucs en engageant la conversation 😉

  16. J’adore ! ^^

    perso j’ai la phobie du coiffeur. Je l’ai évité comme la peste pendant des années.

    Puis le jour où j’ai dû me rendre à l’évidence qu’il fallait faire quelque chose capilairement parlant, j’ai opté pour la coiffeuse à domicile. Pas cher, a priori rassurant…

    …au final j’ai tellement détesté ma coupe que j’ai passé la soirée à pleurer et j’ai dû la faire revenir le lendemain matin pour rattraper les dégâts !

    maintenant c’est elle qui a peur de moi, faut voir la tête qu’elle fait quand elle me demande ce que je veux ^^

    Puis on a inventé un nouveau concept avec mes frangines : la coiffeuse-à-domicile-pas-à-domicile 😉
    On se retrouves toutes chez notre mère pour une grosse session groupée, du coup c’est elles qui font la conversation et je peux faire mon asociale dans mon coin ^^

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