La faim

J’avais faim. Pas la petite faim qui te fait des guilis dans le ventre et passe en te mangeant les ongles. Non, la vraie faim, celle qui te ferait reconsidérer les choux de Bruxelles, qui te ferait accepter un repas avec belle-maman-chérie, qui te ferait manger le goûter du petit devant lui, sans lui en laisser une miette.
La dalle quoi.

Je suis descendue dans la cuisine tout doucement, pour économiser mon énergie. Le malaise vagal n’était pas loin, je le voyais me faire de grands signes.
C’est que je suis du genre à toujours attendre la dernière limite pour faire les choses. Souvent, je la pulvérise. Vous êtes sur le blog d’une meuf qui a fait, à plusieurs reprises, les derniers mètres jusqu’à la station service en poussant la voiture.
Pour manger, c’est pareil. La plupart du temps, je mange bien trop souvent pour que la faim ait le temps de faire son apparition,  mais il arrive que je me laisse emporter par autre chose et que j’oublie de me sustenter. Par exemple quand c’est moi qui dois préparer le repas.

J’étais seule à la maison, donc. Abandonnée par le mari-presque-tout-neuf, parti refaire les stocks.
J’ai fouillé les placards à la recherche de vivres, ils étaient aussi vides que le crâne de ce pauvre Dieudonné. Quelques mets traînaient bien ça et là, mais ils nécessitaient tous une longue préparation (5 minutes). Je ne suis pas Top Chef, que je sache. La dernière fois que je m’étais essayée à la cuisine, mes invités avaient adoré mon omelette. C’était un gratin dauphinois.

C’est dans le congélateur que j’ai trouvé ma bouée de sauvetage. Des croustillants reblochon, bacon et oignons signés Picard, promesse de facilité de préparation et de délice. Pour la bonne haleine, par contre, on repasserait.
Je les ai disposés dans le four, comme indiqué sur la boîte, thermostat 180, et je suis allée patienter devant une émission philosophique (Touche pas à mon Poste).

Feuilleté Picard

Dix minutes plus tard, une bonne odeur me faisait saliver. Il restait dix minutes à attendre et je pourrais me régaler. Je visualisais le moment. Je couperais les croustillants en quatre parts égales, afin de les aider à refroidir. A chaque coup de fourchette, j’introduirais dans ma bouche impatiente une part contenant, à quantité égale, du fromage, de la pâte feuilletée, du bacon et des oignons. Ma langue picotait d’envie.

Même mes voisins ne parvenaient pas à gâcher ce parfait moment de désir. Pourtant, ils y allaient fort. Régulièrement, ma maison était envahie d’une odeur étrange, résultat de leur tendance à faire brûler dans leur jardin tout ce qui leur passe sous la main. Selon leurs envies, c’est senteur pneu, senteur bois ou senteur cadavre. Ce soir-là, c’était indubitablement du plastique qui partait en fumée.

Il ne restait plus que trois minutes. Cent quatre vingt interminables secondes.
Pour les faire passer plus vite, je suis allée préparer mon assiette et mes couverts, me servir un verre de coca light et disposer le tout sur la table.
J’ai passé les dernières secondes à observer la fin de la cuisson à travers la vitre, aussi fascinée que devant un épisode de Scandal.

Enfin, la sonnerie du minuteur a mis fin au calvaire.
Sans attendre, j’ai ouvert le four. Je n’avais jamais été plus proche de l’orgasme.
Une fumée blanchâtre s’en est échappée, en même temps qu’une odeur âcre qui m’a fait tousser.
J’ai d’abord pensé que les voisins étaient venus faire brûler un truc dans mon four quand j’ai réalisé que non, ce n’était pas eux.

C’était moi.

Moi qui avais lu les instructions trop rapidement.

Moi qui avais oublié d’enlever l’emballage plastique qui entourait les feuilletés.

Moi qui me retrouvais avec deux feuilletés au plastique fondu.

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J’ai failli les manger quand même, mais je me suis dit que chier du plastique devait être drôlement douloureux.
Du coup, j’ai été dans l’obligation de me sacrifier.
Je suis allée à Mc Do.

Ginie, presque cuisto

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81 commentaires

  1. J’ai ri… Puis je me suis dit de ne pas faire la maline parce que, ce coup là, j’aurais été capable de le faire… Merci Ronald d’avoir sauvé Ginie! =)

  2. Alors pour faire un article causant de croustillants reblochon, bacon oignon, je me suis dit, soit c’est du sponso soit il y a un « truc » ! Ahahahah et je ne suis pas déçue de la chute 🙂 alors j’hésite entre la poisse… ou l’étourderie… ou un peu des deux.
    Quoiqu’il en soit, tes photos sont magnifiques, on en mangerait presque 😉

  3. dommage, ils avaient effectivement l’air carrément bon quand même, je pense que j’aurais hésité un peu, et tenté peut-être la découpe chirurgicale…

  4. Mdrrrr…un soir de très grande fatigue, a la demande de mon mari, j’ai mis le poulet rôti acheté dans une grande surface a réchauffer au four … j’ai bien enlève le couvercle en plastique, mais pas le « plat » noir dans lequel etait le poulet … cela fond très bien aussi au four lol

  5. Mouahahah dommage ils avaient l’air bons, Picard pourrait t’en offrir une nouvelle boîte pour le nombre de feuilletés qu’ils vont vendre en plus, maintenant que tu as mis l’eau à la bouche de bon nombre de tes lecteurs ! 😉
    Et pour l’anecdote j’ai fait fondre 2 cloches à micro ondes en mettant le four en route, avec les cloches à l’intérieur (mon four est également un micro-ondes)

  6. Mouais… toutes les excuses sont bonnes pour aller chez McDo hein… ^_^ c’est dommage ils promettaient d’etre délicieux ces petits croustillants!!!
    j’avoue j’ai déjà fait pareil une fois aussi, mais nous c’était le repas pour tous les 4… Domino’s nous a sauvé la peau sur ce coup là!

  7. J’? le coup de l’omelette !! Trop fort. Effectivement la fumée s’imprègne dans les aliments et c’est immangeable! Bon moi, avec le même genre de fringale, je trouve des restes aux frigo…cool! Je réchauffe au four et c’est alertée par la fumée que je me suis rendu compte que dans la précipitation j’avais mis le tupperware avec :-D:-D bise

    1. J’adore le coup de l’omelette !! Trop fort. Effectivement la fumée s’imprègne dans les aliments et c’est immangeable! Bon moi, avec le même genre de fringale, je trouve des restes aux frigo…cool! Je réchauffe au four et c’est alertée par la fumée que je me suis rendu compte que dans la précipitation j’avais mis le tupperware avec 😀

      Soit dit en passant…ça me donne quand même envie d’en acheter de ces croustillants!

  8. ahahah le fou rire de ce soir… me remémore celui de l’été passé… ma chef racontait fièrement, la gourde, que la flemme l’a prise au moment d’allumer le barbec’ et qu’elle a donc choisi de faire cuire les chipos au four…. déjà pas très malin, mais avec la barquette en polystyrène encore moins!
    allez bon ap’

  9. RAHHHHHHHHHHHHH
    J’imagine le mélange de déception, d’énervement…. en plus de l’odeur du plastique fondu, du reblochon….
    Croustillants, repose en paix dans la poubelle.

  10. Ça me rappelle ma petite nièce qui a confondu un bac à glaçons avec des formes d’étoiles avec un moule à gâteau…mon four s’en souvient encore 🙁

    😀

  11. mode troll on : C’est la déesse Reblochonne qui s’est vengée parce que tu avais servi du coca light pour aller avec tes croustillants ! …off

    Et sinon merci pour le fou-rire du soir, l’omelette-gratin dauphinois c’est juste terrible !!!

  12. C’est trop tentant de partager ma bourde fourresque avec vous ( j’ai quand même vachement honte…). Avant notre départ en vacances mon homme cache son disque dur dans le four avec toutes ses sauvegardes pro (parce que les voleurs ne regardent jamais là, qu’il dit). Vous devinez la suite… On rentre tard, les enfants ont faim, ça tombe bien il reste des nuggets au congélo. Hop, je fais vite chauffer le four… Et le disque dur avec! Je suis restée 20 min prostrée dans un coin de la cuisine en me tapant la tête contre le mur. Quand il veut faire un concours de blonditude devinez ce qu’il raconte?! 🙂

      1. @Fredauboulot: Oui 🙂 La coque était toute fondue mais le disque fonctionne! La chance, quand même! Sauf que maintenant mon mec a une julieserie à raconter (Julie c’est mon prénom)

  13. J’ai déjà mis le feu au four du boulot en voulant réchauffer une pizza. J’avais oublié d’enlever le carton. Ah bon, ça brûle, du carton dans un four? Maintenant je sais! 🙂

  14. En janvier, le lendemain de l’épiphanie on savait qu’il restait une demi galette dans le four.
    Nous avons donc allumés le four sans regarder dedans (pourquoi faire, il y avait la galette dans son plat), on la réchauffe point barre.
    Par contre quand on a ouvert pour la sortir, et qu’on a vu le manche du couteau fondu juste à côté, on a moins fait les malins… heureusement rien n’a touché la galette, oufff !!

  15. j’adore!! certains passage j’ai du me retenir de glousser trop fort. Mc Do c’est pas mal aussi cela dit. (mais là ça fait 2 fois que j’y vais et ils n’ont pas de mc flurry ni sundae, je boude.)

  16. Dans le même style quand mon ptit bout était encore plus petit, du genre a me réveiller toutes les 3h la nuit, j’ai fait chauffer son biberon au bain marie…. sans eau, Bonjour le bib en plastique fondu dans la casserole. ..

  17. A ce que je vois, nous sommes du même genre. Je ferais tout pour de la nourriture, pour manger, car comme j’aime bien dire « La bouffe, c’est la vie ». Mais parfois, certaines étourderies y passent… Et je pourrai en raconter des belles. Mais chut ! 😛

  18. j’ai cru un moment à un article publicitaire lol ! j’ai mis la main à ma bouche en gloussant (comme une poule). Pourtant c’est 6 h 22 du matin, je dois me préparer pour partir bosser et tu es ma bouffée de bonne humeur et de fou rire du lundi matin, merci !

  19. mouahahaha !!
    on a le droit de rire, hein ?!! un peu ?!!
    non parce que là.. mouahahahahaha !!
    et dire que je suis végétarienne et que le nom de ton feuilleté m’a trop donnée envie d’y mordre dedans.. quel dommage !!!

  20. Hier soir, dans mon frigo, une jolie casserole de pâtes avec un couvercle dessus. Mes fils hurlaient depuis 10 minutes « on mange bientôt ??? ». J’ai posé la casserole sur le feu, mis le couvert, et quand j’ai voulu remuer le contenu de la casserole, je me suis rendue compte que le joli couvercle était bien coller… normal, c’était du plastique… je me sens moins seule… merci !

  21. Ahaha l’odeur du plastique fondu c’est juste une horreur. Je trouve ça drôle mais ça aurait pu m’arriver. Quand j’étais étudiante je n’avais que des plaques électriques pour cuisiner. Ca chauffe doucement alors pour gagner du temps j’avais pour habitude de préchauffer mon eau à la bouilloire. J’étais retourner à mes révisions quand d’un coup un grand « paf » et plus d’électricité. J’avais mis ma bouilloire sur la plaque électrique que j’avais mis en marche et le socle de la bouilloire avait fondu intégralement. Les voisins étaient venus toquer à ma porte parce qu’ils étaient inquiets de l’horrible odeur de plastique fondu.

  22. Ah ouais quand même ! Et ça devait sentir super bon, en effet ! Le plus con que j’ai fait pour ma part, c’est mettre du métal dans le micro-ondes. C’était pas génial non plus.

  23. oh merci Ginie, on se sent moins seule! Mon mari est un as de la cuisine. Au tout début de notre histoire, il me téléphone me demandant si je serais capable de faire du poisson en papillotes, juste à mettre au four le temps qu’il arrive à la maison. Moi, très sûre de moi « pas de problème, j’ai vu ma mère en faire pleins de fois ». Résultat, j’ai mis mon poisson dans du film transparent au lieu du papier cuisson!!! et mon mari refuse que je fasse la cuisine depuis 10 ans? bizarre…

  24. Héhéhéhé! Dans le même genre, moi, j’ai ruiné mon appareil à pierrade tout neuf en le grattant avec le petit grattoir fourni avec. Jusque là, pas de faux pas… sauf… sauf que j’avais oublié de retirer le truc en plastique qui protégeait la lame du grattoir. Sur la pierre brûlante, j’y ai été avec ardeur (fallait pas y laisser une trace de graisse, hein!). C’est mon mari qui a remarqué le léger problème en premier… 😉

  25.  » C’est dans le congélateur que j’ai trouvé ma bouée de sauvetage » … Estime-toi heureuse, vu la composition de tes feuilletés, c’est dans ta bouée de sauvetage corporelle que le reblochon et le bacon se seraient retrouvés ! Le plastique a sauvé ta plastique 🙂 (Bubble, la meuf au régime qui serait bien venue partager tes feuilletés si tu les avais préparé correctement 😉 )

  26. Dans le même genre, y a pas longtemps, je vais pour coller une pièce thermocollante sur le coude du sweat de ma fille et , je vous le donne en mille, je la mets du mauvais côté! Directement, collée au fer la grosse pièce ovale à petits carreaux vichy!
    Résultat: 1 jeu de pièces à racheter (quand même plus de 5€ cette m*rd) et un récurage à l’alcool de la semelle de mon fer!

  27. Vu le nombre de feuilletés au reblochon Picard qu’on va toutes aller chercher maintenant, étant donné que tu nous as habilement alléchées, je pense que Picard peut te sponsoriser !!
    je me moque mais à demi : j’ai fait pareil une fois en laissant le carton sous la pizza… beuark !
    mais pour te consoler, ce genre de truc, ça ne t’arrive (en principe) qu’une fois, pas deux !!
    bon app’ !

  28. Ah, ah, ah ! Alors, ici, nous avons le coup classique du four mis à chauffer sans vérifier avant qu’il était vide (sans parler, dans la maison de famille, du four mis à chauffer dans lequel il restait un plat… pas vide… de l’année précédente), la soupe mixée dans le blender qui fuyait, bizarrement… mais où est donc le joint ? Ah, tu avais rangé le joint DANS le bol du blender… super la soupe aux fragments de caoutchouc — je ne te dis pas la tête du vendeur à qui j’ai expliqué pourquoi je devais racheter un joint ! Et le top : la galette Picard que j’ai mise à cuire sur une grille plutôt qu’une plaque pour qu’elle soit plus croustillante… résultat, une galette découpée en petites lamelles venues se coller au fond du four, c’est la fumée qui m’a alertée !

  29. Tout simplement MDR. J’adore ton style, la façon dont tu écris. Jusque là je n’avais jamais commenté mais le coup des petits feuilletés au plastique fondu m’a trop changé les idées.

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