Le deuil périnatal

Récemment, j’ai reçu un mail d’une lectrice du blog qui m’avait envoyé un message de soutien il y a un peu plus d’un an. Mais cette fois, c’est moi qui l’ai soutenue. A son tour, elle venait de perdre son bébé en fin de grossesse.

A l’époque, j’avais longuement hésité à raconter mon histoire ici. Je trouvais ça impudique et trop triste pour ce blog habitué à la déconne. Mais, quand je vois le nombre de personnes qui arrivent ici en cherchant des renseignements sur le deuil périnatal, quand je vois le nombre de mails que j’ai reçus depuis, me demandant vers qui on pouvait se tourner, comment faire pour être accompagné, je ne regrette pas.

Nous avons eu l’immense chance d’être très bien accompagnés. A partir du moment où on nous a annoncé l’inconcevable, j’ai été hospitalisée en attendant l’accouchement, qui a été déclenché deux jours plus tard. Toutes les mamans n’ont pas cette chance, la plupart étant renvoyées chez elles en attendant les premières contractions. Les infirmières ont eu la délicatesse de nous installer dans une chambre du service gynéco, éloigné du service maternité, pour que nous n’ayons pas à entendre les autres bébés pleurer. Une psychologue est passée nous voir plusieurs fois, l’obstétricien est venu nous expliquer dans le détail ce qui allait se passer et l’assistante sociale de l’hôpital a eu la tâche difficile de nous poser les questions que nous ne voulions pas entendre mais qui étaient pourtant indispensables (souhaitions-nous inscrire l’enfant sur le livret de famille, souhaitions-nous organiser les obsèques) et de nous informer des formalités que nous avions à effectuer (envoyer le certificat de décès à la CAF, prévenir la CPAM, contacter les pompes funèbres, l’état civil…).

Durant et après l’accouchement, le soutien du personnel de l’hôpital n’a pas failli. Les sages-femmes ont été parfaites, ainsi que les infirmières. Nous sommes rentrés chez nous trois jours plus tard mais ils avaient tous insisté sur le fait que, si nous n’étions pas prêts, nous pouvions rester encore.
Nous avons surtout eu la chance d’être soutenus par une famille et des amis extraordinaires.

Mon cas ne reflète malheureusement pas la majorité. Dans les mails que je reçois, le dénomiteur commun est le sentiment de solitude, la certitude que personne ne peut comprendre.
Parce que les maternités et le personnel n’est pas toujours disponible pour encadrer suffisamment un moment comme celui-ci.
Parce que parfois, l’entourage (même le mari) ne comprend pas que ce soit si dur de faire le deuil de quelqu’un qu’on n’a pas connu, ou si peu.

Je n’ai pas eu ce besoin d’échanger avec des mamans ayant vécu la même chose, mais j’ai trouvé beaucoup de réconfort dans la lecture de témoignages. Au tout début, je passais des nuits à pleurer en lisant les histoires des autres sur mon écran. On m’a dit un jour que je me faisais du mal. Au contraire. Grâce à ça, j’ai su que ce que je ressentais était normal et surtout, j’ai su qu’il était possible de se relever. Ce que je cherchais, c’était juste de l’espoir.

Ces endroits d’échange et de réconfort, on ne les trouve pas facilement. On nous donne bien un livret sur le deuil périnatal à la maternité, mais les sites et livres conseillés ne sont ni les plus actifs ni, à mon avis, les plus efficaces.
Le deuil périnatal concerne la perte d’un enfant en fin de grossesse ou durant les premières semaines de vie (mort fœtale in utero, IMG, mort subite du nourrisson, etc). J’ai réalisé que tout le monde connaissait quelqu’un qui avait vécu cette épreuve. Que c’était finalement très courant. Alors, pour ceux qui atterrissent ici en quête de soutien, pour ceux qui cherchent à aider un proche, ou tout simplement pour ceux qui souhaitent s’informer, je conseille :

Nos petits anges au paradis et son forum
L’association Petite Emilie et son forum
Le livre Le berceau vide, de Marie-Josée Soubieux
Le livre Quel âge aurait-il aujourd’hui ? de Stéphane Clerget
La page Facebook de l’organisation Les ailes de par’anges

Je précise que ce n’est pas une liste exhaustive, mais je ne peux conseiller que ce que je connais et eux, ils m’ont aidée. Alors, même si je ne le souhaite pas, s’ils peuvent en aider d’autres…

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48 commentaires

  1. Evidemment que ce post ne peux que me toucher…
    Evidemment que je ne peux que partager tes propos…
    Evidemment que je ne peux que partager ta tristesse pour la lectrice de ton blog…
    Evidemment qu’on se sent seule…et pourtant si nombreuses!!!

  2. Pas besoin que le tabou ou les maladresses de l’ignorance viennent appuyer sur des plaies déjà assez insuportables.

    Le dueil périnatal ne devrait pas exister, mais puisqu’il existe, c’est sûrement important d’en parler.

    des bisouilles

  3. Je ne pense pas que ce soit un sujet impudique. La façon d’en parler peut l’être, peut-être. Mais tant que ça fait du bien, pourquoi s’en priver ?
    Merci pour ces liens, j’espère ne jamais avoir à m’en servir ou à les recommander.

  4. J’aime cet article parce que je constate un changement dans tes propos. Je ne te lis pas depuis très longtemps, ça doit faire quoi…six mois. Mais je constate un changement. Comme un apaisement de ton esprit et ça me fait bien plaisir de le lire entre les lignes. Après, je me trompe peut-être (et si oui pardon, je ne veux pas te heurter), mais c’est ce que je ressens de tes écrits autour de ce sujet ces derniers temps.

    Bisouilles (même si on se connait pas)

    PS: rien à voir mais c’est chelou le formulaire de commentaires là, j’ai trop galéré pour rentrer mon nom et mon mail, ça s’efface tout le temps. Et mon url, j’ai lâché l’affaire, impossible :/

  5. ? Moi aussi je te sens bien plus apaisée, j’en suis heureuse. J’espère que ce n’est pas qu’une impression…
    Et je suis triste pour cette maman dont tu parles 🙁
    Plein de bisous ?

  6. C’est vraiment un bel article. C’est bien d’en parler, parce qu’en effet, c’est un sujet dont personne ne parle jamais.
    Grâce à toi, je sais qu’on peut se relever d’un tel drame.
    J’imagine le bien que ça fait à celles qui le vivent aussi.

    Merci pour elles. Et merci tout court! <3

  7. « Petite Emilie », c’est là où va mon amie.
    Mon amie a insisté pour être suivie à Jeanne de Flandres à Lille et elle ne le regrette pas. Le personnel a été extra avec eux.
    Maintenant, ça n’empêche pas que le deuil reste à faire et que beaucoup de questions, de frustrations se posent…

    En tout cas, merci d’avoir répondu à tous mes messages 🙂

    Je crois que j’ai été et que je suis à la hauteur comme meilleure amie.

  8. Oh oui, merci d’avoir eu le courage d’écrire cet article, beaucoup se sentiront moins seul(e)s. J’imagine que c’est le plus dur à vivre, cette solitude, et se dire « pourquoi moi ? ».

    On ne parle pas tellement de la mort foetale, parce que c’est un sujet très tabou et horriblement douloureux, mais on oublie que peut-être certaines personnes ont besoin d’en parler et de se confier pour guérir. Alors encore une fois, merci.

  9. J’admire le courage de ces mères qui affrontent cette épreuve, et qui en parlent.
    J’en connais certaines qui, enceintes, ne veulent absolument pas parler de ces risques.
    Personnellement, je vous remercie d’en parler, car quand je serai enceinte, je saurai que rien n’est gagné d’avance … Ca n’enlève pas la souffrance, mais cela permet de ne pas vivre dans l’ignorance.
    (tians, ca rime !)

  10. Tes propos ne m’ont pas paru impudiques, que ce soit tes coups de gueules (quand les curieux ou les « annonceurs » remuent la « vase ») et dans tes billets si émouvants.
    En parler, informer c’est laisser à ceux qui en ont le besoin la possibilité d’apaiser leur mal-être.
    Ginie tu es d’utilité publique (dans la gaudriole itou !)

  11. Merci de partager ton vécu avec nous et d’aider d’autres personnes qui ont vécu ça… Lorsqu’on est confronté à une épreuve douloureuse, il est bon de lire les témoignages des autres, voire de discuter avec eux. Plein de bisous Ginie, ainsi qu’à ton petit ange.

  12. Merci.
    J’aurais aimé que tu sois mon amie il y a 19 ans. Tu m’aurais beaucoup aidée tu sais.
    Je t’embrasse fort.
    ( « Mourir avant de n’être » de R.Frydman et M.Flis-Trèves est très bien aussi).

  13. Sujet très tabou…
    Moi aussi, je me suis tournée vers les forums, sans jamais y participer parce que je n’en ressentais pas le besoin, mais juste de lire ces femmes qui décrivaient ce qu’elles ressentaient, ce que je ressentais… cela m’apaisait, me faisait pleurer, mais qu’est-ce que ça soulage de pleurer !
    Parce que dans ces moments-là, on est seule, même si la famille, les amis sont présents, on est seule dans sa tristesse et dans son manque, dans son ventre vide, les petits coups de pieds qu’on ne sent plus…
    Je me suis toujours demandé comment faisaient les parents endeuillés avant, quand il n’y avait pas internet…
    Je suis sûre que ton article sera une aide pour beaucoup.

    Pensées à tous nos anges.

  14. touchée, je suis touchée … j’aurai aimé te connaître avant, pour pouvoir te parler de ma douleur que personne n’a compris, de ce deuil que personne ne m’a laissé le droit de porter …
    te lire, c’est reprendre espoir et se dire qu’on peut s’en sortir même si la peine reste présente chaque instant depuis bientot 4 ans …
    alors tout simplement merci

  15. Merci pour ce très bel article. J’ai perdu un petit garçon de la mort subite du nourrisson, il avait tout de même 7 mois, 7 mois qui sont finalement passés si vite… Ton article me fait penser qu’un jour, il faudrait peut-être que j’en parle sur mon blog pour apporter mon témoignage en tant que « maman qui s’est relevée et est repartie »… mais il est vrai aussi qu’à l’époque, j’ai beaucoup lu de témoignantes qui m’ont aidé à me sentir « normale » dans mon chagrin et à ne pas sombrer dans la folie.

  16. Je connais bien l’association Petite Emilie et son forum parce que lorsqu’une de mes amies a été confrontée au deuil périnatal, cette association l’a énormément aidée! Moi je ne savais pas quoi lui dire. Alors je ne disais rien (ce qui est rare chez moi) mais j’étais là. Un jour, elle m’a dit que je pouvais lui demander tout ce que je voulais. Je ne lui ai posé qu’une question : « Veux-tu en parler? » Elle m’a montré son livret de famille où j’ai découvert le prénom de sa fille, une photo de son ange et on a souri.
    Merci pour cet article.

  17. J’ai moi aussi eu besoin de lire que ça n’était pas arrivé qu’à moi et que, comme toi, ce que je ressentais était normal… Chacun trouve sa manière d’avancer, mais en parler c’est aussi ne pas les oublier… Une pensée pour eux…

  18. Bonjour je comprends cette douleur, j’en ai une autre similaire, mais moi ct une ivg… je suis d’accord sur le fait que ce n’est pas la même chose,les circonstances sont tt à fait différentes, mais croyez moi de la douleur j’en ai eu et j’en ai toujours . Je n’ai eu aucun suivi durant la mienne, j’ai sérré les dents, j’ai fais la forte mais encore aujourd’hui c’est un sujet tabou, je suis incapable d’en parler. Les larmes coulent en écrivant ses mots…j’aurais aimé ne jamais connaitre cette douleur.Bravo pour ton courage ! Une pensée pour nos ptits anges qui jouent tous ensemble j’espère…

  19. Encore une fois,chère ginie, tes mots sonnent juste et me touchent au coeur. Je n’ai pas vécu cette terrible expérience mais grâce à ton article et ton courage, je pourrais bénéficier ou faire bénéficier de ce soutien si important.gros bisous à toi

  20. Ton post m’a bouleversée, même si je n’ai pas connu un tel drame. Mais je suis maman alors j’imagine, du moins un peu, la souffrance. l’incompréhension et la terrible absence que signifie de perdre un enfant…
    Je découvre ton blog depuis peu et j’adore ! Même si cet article est différent des autres, et dans le fond et dans la forme, il a vraiment sa raison d’être. Bravo.

  21. C’est touchant, bouleversant, et tu en parles très bien. Je suis pédospychiatre en service d’obstétrique, et nous faisons un maximum pour assurer le minimum: bon sens, humanité, respect. Bises à toi et bonne route.

  22. Bonjour,

    je tenais à vous remercier tout particulierement ,
    merci d’aborder ce sujet si peu traité et tellement douloureux ,
    merci de me faire rire avec vos articles,
    vous m’avez donné envi de faire moi aussi un blog, grace à cela je peux me « lacher » et aujourd’hui je repart sur le long et douloureux chemin de la PMA.

    J’ai perdu 2 petites filles durant ces deux dernieres années, mais aujourd’hui j’ai envi de continuer, meme si les relations avec le papa se sont fortement degradées je ne veux qu’une chose : SERRER enfin mon enfant dans mes bras.

    Merci pour vos liens , je les connaissais déjà malheureusement.

    Je vous souhaite vraiment tout le bonheur du monde, le chemin est long est difficile mais reussir sa vie ce n’est pas seulement avoir les bonnes cartes en main, mais savoir jouer avec les mauvaises.

    Bon courage à toutes

    * Julia *
    http://jool-in-wonderland.blogspot.com/

  23. C’est connu que les personnes qui apportent la joie, par l’humour à d’autres, sont les mêmes qui savent être sérieuses et aimantes pour aider celles qui ont connus des malheurs. Et pour cause, celles qui distillent le Bonheur ont bien souvent subit, elles-mêmes, un ou plusieurs grands malheurs.

  24. lire les histoires et parfois échanger avec dautres mamanges fait je trouve beaucoup de bien. ça fait 1 an 1/2 (dejà!) que je suis inscrite sur ces forums, et je dirais quil mon sauvé. l entraide entre mamange ma redonner de l espoir, ma écouter quand je nallais pas bien, ma soutenu pour la grossesse d apres et aujourdhui je suis contente de partager mon bonheur avec des gens qui eux me comprennent!

  25. je découvre ton blog meme si j’étais déjà passée sans m’y arreter
    une de mes amies te lit et a mis le lien de ton post sur la journée du deuil périnatal
    j’ai partagé aussi, car ça me touche, ma meilleure amie a perdu son fils à 7 mois de grossesse, ça fera 11 ans à la fin du mois
    j’ai lu ton blog depuis le début, et ton post où tu parles à ton fils m’a fait pleurer à chaudes larmes
    j’ai eu un fils moi aussi en meme temps que mon amie, et mon fils a du etre opérer à coeur ouvert, il a vraiment failli mourir, et c’est devenu un formidable enfant, bientot un homme lui aussi
    apres t’avoir lue, je suis montée l’embrasser et lui dire combien je suis fière d’etre sa maman,fière de ce qu’il est evidemment j’ai pleuré, il ne comprenait pas, mais je lui ai expliqué que c’était l’emotion
    et meme quand ils sont pénibles son frere et lui je ne perds jamais de l’idée la chance que j’ai de les avoir bel et bien en vie,
    pardon c’est un peu décousu ce soir, d’habitude j’arrive à etre plus sensée
    juste pour te dire, meme si on ne se connait pas, je suis émue et triste pour lui et pour vous, je suis contente de voir qu’il vous a envoyé un petit frere
    amicalement

  26. Bonsoir,
    J ai vecu la meme chose, j avais tout juste 20 ans…mon bébé a 30 semaine et demi ne vivait plus…j ai ete tres mal suivi tres mal conseillé. ..j avais une petite fille d un an…aujourd hui et depuis j ai eu 4 grossesses…a 31 ans j ai 5enfants..le mois prochain ca fera deja 11 ans.
    Du reconfort et des bisous bretons!

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