Sur le miroir de ma salle de bains

Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai vu de la poussière, sans doute attirée par la froideur et l’éclat du support.

Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai vu des gouttes d’eau qui, faute d’avoir été essuyées lorsqu’elles étaient encore rondes et pleines, se sont laissées sécher jusqu’à devenir traces.

Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai vu de minuscules points blancs, témoins de mes six minutes de brossage de dents quotidiens.

Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai vu des miettes de rouge à lèvres, vestiges d’un message écrit à l’amour de ma vie, un matin ou un autre.

Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai vu un visage pour le moins familier, que d’habitude je vois sans jamais l’observer, ainsi que la poussière, le dentifrice, les gouttes d’eau ou le rouge à lèvres. Ainsi qu’un objet sans aucun intérêt.
Pourtant, ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, le visage familier m’a fixée avec insistance et je n’ai pu lui refuser une minute d’attention.

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Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai donc scruté ce front, trop court à mon avis, depuis longtemps barré d’une légère cicatrice, souvenir d’une porte mal placée et d’un câlin maternel réconfortant. La ligne blanche qu’ont laissés les points, bien que toujours au même endroit, m’est apparue différente.
A bien y regarder, elle n’est plus aussi fière, gonflée de son orgueil. Et pour cause. Le front qui lui était jusque lors réservé se trouve assailli de nombreuses autres lignes, horizontales celles-ci. Elles se creusent au gré des mouvements de mes sourcils et ne disparaissent plus, une fois ceux-ci immobiles. Elles doivent s’y trouver bien.

Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai observé ces yeux, et j’ai eu beau chercher, ce n’étaient pas les billes de joie qu’affichent les vieilles photos de l’album familial. Les paupières, autrefois enviées par les copines qui rêvaient de les maquiller, m’ont semblées vidées de toute énergie, irrésistiblement attirées par ce qu’il se passait plus bas, tandis que du côté externe, des dizaines d’éclairs rayaient ma peau.

Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai contemplé ces cheveux, petite fierté de la seule non-blonde de la famille. La couleur sombre semble leur déplaire puisqu’ils s’en débarrassent dès qu’ils en ont l’occasion, préférant afficher un blanc immaculé quelle que soit la saison. Si seulement ils comprenaient qu’à l’inverse de la peinture, les couleurs des cheveux ne se mélangent pas…

Ce matin, sur le miroir de ma salle de bains, j’ai regardé ce visage. Mon visage. Et je l’ai trouvé changé. Et je l’ai aimé.
Le temps qui passe laisse ses traces que d’aucuns trouvent inesthétiques, cherchant par tout moyen à enrayer la machine de l’âge.
J’aime ces témoins de la vie qu’on a eue. Je serai peut-être plus marquée que la plupart des femmes de mon âge, mais peut-être aurai-je plus ri, accentuant les pattes d’oie. Peut-être aurai-je eu plus de bobos, affaissant un peu plus vite mes paupières. Peut-être me serai-je plus extasiée devant la beauté du ciel, creusant encore les marques sur mon front. Peut-être aurai-je été bien plus anxieuse que mes amies, multipliant les cheveux blancs.
De la même manière que je me sens plus proche des personnes qui ont des failles, des blessures, de la même manière que j’aime les voix rauques, cassées, j’aime les visages vivants, usés.
J’ai passé des années à ne pas apprécier mon image, à me voir sans me regarder. Ce matin, je me suis reconnue.

Demain, sur le miroir de ma salle de bains, je me regarderai. Et je me sourierai.

Un grand merci à Miss 400, qui, avec son concours Bobo, m’a permis d’explorer un autre style.
Mais promis, demain, on redevient con ici.

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25 commentaires

  1. Un grand merci à toi qui va peut être m’aider à accepter un peu plus le temps qui passe. j’ai du mal mais je vais y arriver …
    Par contre, j’adore tes petites taches dans les yeux, j’ai une amie qui a presque les mêmes et j’adore ça 😉

  2. Bonjour, premier commentaire bien que je te lise très souvent.
    Juste pour dire que j’aime beaucoup ce billet, il m’a touché. (et très jouli maquillage aussi !)

  3. @ Sandra : merci !
    (pour les cours, ça dépend, tu proposes combien ? ;))

    @ Gossip : merci 😉
    En réalité, j’en ai pas encore trop, donc ça passe. Pas sûr que je sois aussi positive dans 10 ans.

    @ Lili : et moi je suis contente que tu l’aies lu.

    @ Callie : quand je déprime, je fais la con sur le blog 😉

    @ Faustine : ça dépend des jours, hein. Y a des fois, je serais capable de tirer sur ma peau toute la journée pour la tendre.

    @ Kahlan : merci miss, mais je t’assure qu’elles commencent à s’incruster 😉

    @ Jube : merci beaucoup, lectrice de l’ombre 😉

    @ La mère joie : merci miss 🙂 Mais je me sens plus moi-même dans la connerie, j’ai l’impression d’être impudique quand je dévoile la vraie moi…

    @ Maman perdue : ho merde, j’aurais préféré que tu ne repères que la cicatrice ! (en vrai elle n’est pas sur la photo) 😀

    @ Miss 400 : tu veux des chocolats ?

    @ Till : merci pour ce comm vachement vachement gentil 😉

    @ Sophie L : c’était juste une parenthèse, mais merci beaucoup 🙂

    @ Miss Brownie : hoooo t’es gentille !

    @ Madame : alors reviens lire le billet dans trois minutes 😉

    @ Anna : t’as le nez qui coule aussi ?

    @ Loupy : merci miss 😉

    @ Bidochonne : merci ! (je me répète mais je sais pas quoi dire d’autre)

    @ Tonton Mitch : j’ai pas de camembert…

    @ Val : rhooo c’est gentil…

    @ Chouyo : vous me flattez, tous !

    @ Jupette : love ma belle.

    @ Une blonde : Va pour la photo. Pour la couleur, je sais pas comment faire, t’as photoshop ? 😉

  4. Alors dans la série je découvre des billets 15 ans après (mais tu fais exprès avec tes « vous aimerez peut-être », genre l’air de rien), celui-ci est vraiment très beau… Et puis je ne sais pas comment est ton oeil gauche, mais le droit, il envoie du bois.

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