Le rendez-vous manqué

Ça faisait deux ans et demi qu’on ne s’était pas vus.
Les retrouvailles étaient, comme l’on pouvait s’y attendre, timides et gauches. C’est ce qui arrive lorsque tellement de temps a passé qu’on a oublié où on en était resté. Que l’on a presque oublié le son de sa voix, la couleur de ses yeux, la saveur de ses mots, cette petite fossette sur le menton.

La nuit d’avant, j’avais mal dormi. Je me demandais comment ça allait se passer, ce qu’il allait penser de moi, si je n’allais pas être déçue. Je me demandais surtout s’il allait m’en vouloir.
Cette longue pause avait été volontaire. Je l’avais décidée. J’avais besoin, je crois, de m’éloigner un peu de lui, pour laisser les choses se faire naturellement, pour voir ce que ça donnerait, pour voir si je pouvais me passer de lui. Pour voir si je pouvais être LIBRE.
J’y ai pensé souvent. Plusieurs fois, j’ai cherché son numéro dans mon téléphone, j’ai lancé l’appel et l’ai coupé brutalement, avant même la première sonnerie. Il était trop tôt, je n’avais pas pris le recul nécessaire, je ne savais pas encore vraiment ce que c’était, la vie sans lui.
Mais cette fois, c’était le moment. J’étais prête.

Quand je suis arrivée, il était déjà là. Dans un premier temps, il m’a ignorée, faisant mine de ne pas me voir. J’ai failli tourner les talons, mais je n’avais pas fait ça pour rien. Je me suis donc avancée vers lui et l’ai salué, timidement. Il m’a observée pendant un long moment, en silence. Avec une apparente distance, comme s’il ne me reconnaissait pas. De la tête aux pieds, des pieds à la tête, de face, de dos. Sous toutes les coutures. Je cachais ma gêne derrière mon écharpe, une bonne couche de fond de teint et un demi-sourire, pressée qu’il se décide enfin à réagir, d’une manière ou une autre.

Et puis il m’a demandé ce que je voulais, pourquoi j’étais là.
Je lui ai répondu que je ne savais pas, que je n’étais pas sûre de moi.

Ces quelques mots ont suffi à briser la glace. Son regard s’est adouci, il s’est assis près de moi et m’a dit des mots, des tas de mots rassurants, pour que je comprenne qu’il était là pour moi, que je pouvais lui faire confiance.
Et d’un coup, toutes mes craintes, tous mes doutes, toutes mes peurs se sont évanouis. Je savais pourquoi j’étais là, avec lui. J’avais besoin de lui, qu’il s’occupe de moi, qu’on rattrape le temps perdu. Qu’on rattrape ces deux ans et demi.
Et c’est ce qu’on a fait, pendant plus d’une heure.

On a parlé de tout. Surtout lui, d’ailleurs. J’avais oublié à quel point il pouvait être bavard, à quel point n’importe quel sujet l’animait et l’inspirait. Le mauvais temps, la famille, les cadeaux de Noël, Koh Lanta, aucun thème n’a été laissé pour compte.
Par moments, je me suis demandé s’il était comme ça avec les autres. S’il se confiait autant, s’il se donnait autant. Ou s’il me réservait ça, parce que c’était moi, parce que c’était nous. Et puis je pensais à autre chose. Il valait mieux ne pas savoir. A quoi bon ?

Au bout d’une heure, je suis repartie de là avec un pincement au cœur. Je n’étais pas sûre d’avoir bien fait, j’avais peur de regretter. Sans doute ma décision n’avait pas été assez mûrie.
Alors je suis rentrée chez moi, une boule dans le ventre, appréhendant les réactions quand je dirai que j’étais retournée le voir. J’ai ouvert la porte lentement, j’ai parcouru les quelques pas qui me séparaient du salon, où le mari-presque-tout-neuf m’attendait, et je me suis postée face à lui, en attendant son verdict.
Il a souri, m’a dit qu’il avait un peu trop coupé, comme d’habitude, mais que ça m’allait très bien.
Le mari-presque-tout-neuf ayant des goûts douteux (il kiffe Janet Jackson et préfère Lucy à Mary dans 7 à la maison) (on a les références qu’on mérite) et le coiffeur n’ayant pas compris la phrase « pas trop court s’il vous plaît sinon je vais ressembler à Liane Foly », il n’est pas près de me revoir.
(le con)

Ginie, tête à coiffer

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23 commentaires

  1. hahahaha j’adore!!! j’attendais la chute pour savoir de qui tu parlais!!!
    punaise deuzanetdemi sans y aller?! tu m’étonnes que t’avais le trac, déjà moi j’y vais (je DOIS, parce-que, j’ai pas envie mais il le faut…) tous les mois et demi c’est tout juste si je prends pas un lexomil …
    Et sinon, il est pour qui ton coiffeur, dans koh lanta?
    (et préférer Lucy à Mary …. ts ts ts ts tsssss)

  2. j’ai pas vu venir la chute….excellent!
    ici, ça doit faire 6 mois, au bas mot…je rêve d’y aller avant Noël, histoire de ressembler vaguement à quelque chose…et pourtant, je sortirai de là déçue, comme toujours! 😉

  3. Quel suspens !!! Très fort !!!
    2 ans 1/2 sans y aller ! c’est de science fiction pour moi qui aime y aller toutes les 3 semaines, au moins ! ;o)
    et donc, tu n’es pas prête d’y retourner … ;o(

  4. mon chéri-tout-neuf-mais-de-seconde-main m’a regardé bizarrement jeudi soir, avec un sourire de traviole
    le lendemain seulement il m’a dit que ma coupe m’allait bien, qu’il lui avait fallut du temps pour « s’habituer à ma coupe aussi courte »
    n’importe quoi il est pas trop court mon petit carré chinois 🙂

  5. ah! c’est mon premier commentaire ici (je crois!), mais là j’étais obligée! Trop drôle, on voit pas le truc venir!! Vraiment bien (d)écrit! merci!

  6. Ahah idem moi aussi j’ai pensé a un psy,mais mon imagination m’a persuadée (quel talent d’ecriture 😉 )que tu entrait dans un bar et donc j’ai trouvé ca un peu bizarre de voir son psy devant un café…bref genial,comme dab 🙂

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