Le tourbillon de la vie

Elle est née au siècle dernier, entre les deux grandes guerres, dans un petit village français. Ses parents l’ont appelée Arlette. Nous on l’appelle Mamie Alerte.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle a eu sept enfants. Patrick, Maïthé, Bernard, Chantal, Dominique, Marie-France et François. Aujourd’hui, il en reste cinq.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle n’a jamais aimé les chiens, elle trouve que ce n’est pas normal d’aimer les animaux alors que certains hommes n’ont pas d’amour.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle a été veuve très jeune et s’est construit une carapace pour faire face à tout ça. Les gens pensent qu’elle a un caractère rude, elle pense que c’est la vie qui l’est.
Mais elle aura bientôt oublié.

Sa mère et sa tante étaient inséparables et se chamaillaient en jouant à la belote, à plus de 100 ans. Alors tout le monde lui prédit la même longévité.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle a passé quarante étés au camping de Mimizan, d’abord sous la tente, puis dans sa caravane. Elle petit-déjeunait sous les pins, faisait sa sieste sur la plage, dînait sous l’auvent, faisait la vaisselle dans une bassine en parlant avec ses copines.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle épate les gens quand elle révèle son âge, ce n’est pas possible qu’elle soit si active. Elle est fière de dire que c’est parce qu’elle ne se déplaçait qu’en vélo, quand elle était jeune. Que le vélo est excellent pour la forme, pas comme ces voitures que les jeunes utilisent pour aller au bout de la rue.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle aime aller au loto, déposer ses petits pions sur les numéros qui sortent, sentir le stress monter quand il ne lui en manque plus qu’un pour avoir le carton plein, crier quand elle gagne, râler quand c’est quelqu’un d’autre qui crie.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle n’entend plus très bien, mais elle a mis des années à accepter de pousser la porte d’un audio-prothésiste. Maintenant, elle ne dit plus « quoi ? » à tout bout de champ, mais il faut faire attention à ce qu’on raconte.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle aime manger en tête à tête avec Jean-Luc Reichmann et accompagne toujours ses repas d’un verre de vin et d’une salade verte à l’assaisonnement parfait dont elle seule a le secret.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle habite dans une maison trop grande pour elle, remplie de souvenirs et de silence.
Mais elle aura bientôt oublié.

Elle vient d’apprendre qu’elle avait la maladie d’Alzheimer.
Mais elle aura bientôt oublié.

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81 commentaires

  1. c’est triste ! … ma grand mère a eu ça, c’est tellement triste .. pour eux c’est sur, mais pour l’entourage encore plus quand ils ne nous reconnaissent même plus.
    A quoi cela sert de vieillir si c’est pour vieillir sans ses souvenirs 🙁 bon courage Ginie

  2. Elle a eu des enfants, des petits enfants, peut être des arrières petits enfants … et elle aura bientôt oublié … mais pas eux, pas sa famille, qui sont les gardiens du souvenir, de la mémoire, de Sa mémoire …
    Il ne faut pas lui faire sentir ses défaillances, mais lui donner de l’amour, c’est tout ce qui compte ! Il ne faut pas s’énerver, il faut accompagner, comprendre … et accepter.

    Je ne suis pas une spécialiste, je ne suis pas docteur, juste une petite fille d’une mamie Jacqueline qu’Alzheimer lui a enlevé, qui avait oublié, mais qui le jour de mon mariage a crié « c’est ma Petite-Fille ! ». Juste une aide soignante qui essaie de donner plutôt que de subir, juste une femme qui essaie de se sentir utile.
    Alors une énorme pensée pour Mamie Arlette et pour sa famille !

    1. magnifique hommage à mamie Arlette et magnifique chanson de linda lemay. Malgré la tristesse dans ce billet je le trouve d’une douceur immence. Mamie Arlette, nous, nous n’oublions pas.

  3. Terrible maladie que tu évoques là. Je ne la connais pas/peu. Je n’aurais pas pu la décrire aussi bien. Mais j’espère de tout mon coeur que la recherche aura raison d’elle, en attendant il reste l’amour, et c’est pas rien !

  4. pas merci, tu m’as fait chialer…
    mes 2 grands parents maternels sont partis à cause de cette merde…la dernière fois que ma grand-mère m’a parlé, elle m’a dit « bonjour madame » avec un grand sourire…je ne retiens que ce sourire depuis 4 ans…

  5. Putain difficile de te lire.. Mon père a mis 15 ans a nous quitter. Il nousa oublié mais je lui amenait mes bonhommes 3/4 fois par semaine et il en a profité. Il les a aimé a sa façon sûrement mais mais ses enfants raconte a leur petit frère à quel point leur grand père était chouette… Eux ils oublient un peu bcp mais… Faisons confiance à cette drole de vie… Er laissons nous imaginer qu’ils auront au moins avec eux le doux sentiments d’un loulou souriant

  6. Je me souviens il y a 8 ans nous vivions un enfer avec la maladie il etait parti.. Dans son monde ma mère lui a annoncé que j’etais enceinte.. Je suis venue le voir il m’a embrasse en pleurant et il marmonnait.. Parce que la parole le quittait.. Je ne peux pas y croire… Ce jour la je le suis dit il y aura 2 secondes de conscience par jour/mois/annee mais j’en profiterai

  7. Cette maladie est une tornade qui emporte tout.Comme dit plus haut,vivre vieux c’est avoir une vie pleine de souvenirs,de traces de son histoire,à raconter,à garder precieusement.Mais nous nous sommes là pour les leur rappeler,tous ces souvenirs,à nos papis et mamies,pour les entretenir et les transmettre à notre tour <3

  8. Que dire, mis à part Bisous!
    Ce texte est trés touchant et va parler à tellement de monde!
    Chez moi, c’était Mamie Sylvette et j’espère ne jamais l’oublier <3

  9. Très poignant…mon corps en est recouvert de frissons 🙁
    D’habitude ton humour me ravit mais dans la tristesse, ta plume est aussi très agréable, tu écris avec ton coeur et c ce qui fait – en partie-ton talent…Bon courage pour cette nouvelle epreuve! La vie ne t’epargne pas :-/

  10. Bonsoir. Ma Maman est partie de cette maladie il y a six ans, elle en avait 66, au terme d’une dizaine d’années de lutte. Avec le recul, je préfère mon chagrin à sa souffrance. Il y aurait un gros, gros coup de gueule à pousser sur le système de santé qui l’a maltraitée les dernières années, elle qui avait passés ses années valides à soigner les petits enfants malades, mais je ne le pousserai pas, trop dur, même si c’est lâche.
    Profite, saisis tout ce que tu peux saisir de sa lucidité, fais la rire, fais la parler tant qu’elle le peut encore. Avec le recul, je dirais que c’est comme la voir s’éloigner tout doucement, sans pouvoir la retenir. Tout ce qu’elle pourra encore vous laisser d’elle, il faut l’agripper, avec énergie, tant que la vie est encore là.
    Courage à toi et aux tiens, en lisant tous les coms du dessus, j’ai la gorge serrée aussi, moi qui te lis souvent comme une voleuse sans jamais rien laisser, je me sens moi seule à l’avoir vécu. Elle a de la chance de vous avoir.

  11. Tout ça me ramène à mes 15 ans , ma Petite Mamé, mon arrière grand-mère venait d’atterrir chez ma grand-mère… la pauvre chose avait été laissée comme un chiffon dans un un endroit qu’on appelait hospice par des fils qui ne voulaient pas de ce fardeau! Et ma grand-mère s’est occupé pendant plus de 10 ans de cette maman qui l’appelait « Madame »… et moi j’ai profité de cette arrière grand-mère qu’on regardait avec tendresse parce qu’elle ressemblait à une petite fille et qui nous faisait rire parce qu’elle aimait tellement les pommes de terre, qu’elle en vidait dans son sac à main au cours des repas. Et puis elle nous racontait des histoires du temps où elle vivait en Espagne et elle ne comprenait pas pourquoi ses parents ne venaient pas la voir (elle avait plus se 90 ans), elle me parlait comme à une copine avec malice moitié en espagnol, moitié en Provençal, elle ne savait pas plus que j’étais de sa famille. Cette maladie n’avait pas de nom à l’époque… Ce que je veux te dire Ginie, c’est que ces instants -là je ne les aurais laissés à personne et il restent dans mon coeur précieux comme des trésors. Et quand je me remémore la petite silhouette vétue de noir ce n’est jamais avec tristesse. Alors passe tous les instants que tu peux avec elle, et serre-les comme des trésors.

  12. Très très très très émouvant….
    Vous êtes auprès d elle et elle a une chance énorme de vous avoir, profitez les uns des autres…fichues maladies……….

  13. Bouleversant.
    Les commentaires te font chialer.
    Ton billet me fait chialer.
    Ne pas la regarder oublier.
    L’aider à moins oublier.
    La soutenir.
    L’accompagner.
    L’aimer… encore et toujours, quand elle, elle aura oublié :
    Vous ? vous n’oublierez pas !

  14. Cette histoire me rappelle celle de mon arrière grand-mère qui a eu 100 ans cette année. Ca fait maintenant longtemps que sa mémoire lui fait défaut. Mais lorsqu’on lui rend visite avec nos enfants (qui sont quand même ses arrières-arrières petits enfants !!!!), on sent qu’elle est heureuse même si elles ne sait pas qui ils sont. Elle se rend certainement compte qu’ils ont un lien avec elle et je pense que ca lui suffit.
    Elle a vécu jusqu’à ses 98 ans dans sa maison. Malheureusement des soucis de santé l’ont obligé à être placé en maison de retraite médicalisé. Mais qui n’aimerait pas pouvoir vivre chez lui jusqu’à un age si avancé. Malgré ces pertes de mémoire, elle a gardé son caractère qui la caractérise (un sale caractère d’ailleurs !!!). Il arrive encore assez souvent qu’elle nous reconnaisse. Ca dépend des moments.
    En tout cas, je te souhaite bon courage. Entoure ta mamie de tout l’amour que tu peux. elle le sentira et même si elle ne se souvient pas bien de qui tu es, elle saura que tu l’aimes et c’est le principal.

    Bon courage

    Axelle

  15. Ma grand mère aussi « oubliai »…Mais dans ses regards ont sentait toujours cette malice et son sacré carafon ça elle ne l’a jamais oublié !
    Billet qui remue, magnifiquement écrit
    Bises, plein et à Mamie Alerte aussi

  16. Ma grand-mère souffre d’Alzheimer. Malheureusement j’habite en Bretagne et elle en Lorraine. Donc je ne la vois qu’une fois par an, et chaque année je vois un peu plus de doute dans ses yeux quand elle me voit. Alors je me présente, présente ma fille qu’elle ne reconnaît évidemment pas et qu’elle appelle Marie au lieu de Louise.
    Quand on va la voir dans la maison de retraite, elle fait toute petite dans son grand lit, dans sa chambre minable, elle est complètement perdue. Mais elle ne se rend compte de rien, c’est déjà ça.
    Je regrette de m’être comportée de façon idiote Quand j’étais petite : quand on lui rendait visite les dimanches, avec mes parents et mes frère et soeur, ma soeur et moi on faisait exprès de dormir dans la voiture pour pas rentrer chez elle.
    Ma mamie a moi c’est Mamie Péguy mais elle s’appelle Raymonde. Et même si elle m’oublie, même si elle disparait, je ne pourrai jamais l’oublier car parmi mes 4 prénoms j’ai celui de Raymonde.

  17. Maladie que j’ai vécu avec ma grand-mère. Elle touche toute la famille cette saloperie. C’était dur de la voir oublier mais tellement beau de la voir nous raconter des souvenirs d’enfance (ceux là elle les a gardé). On a eu des moments drôles aussi quand elle est arrivé dans le salon parce que sa creme ne voulait pas s’étaler (elle avait pris du dentifrice pour de la creme…)
    Bon courage pour la suite.
    C’est pas facile de rappeler les souvenirs envolés mais plus facile de lui rappeler tous les jours cet amour qu’il y a entre vous. Je reste persuadée que si la tête oublie, le cœur se souvient a la fin de la vie de tout ceux qu’on a aimé et de qui on a reçu de l’amour

  18. Toujours aussi douée pour faire chialer Ginie…Je suis sûre que l’entourage peut jouer un rôle énorme dans l’évolution de la maladie, notamment en stimulant la mémoire du malade…Alors, on ne baisse pas les bras et on fait tout son possible pour ralentir cette sa*perie !

  19. Je travaille avec des personnes atteintes de la maladie d’alzheimer alors ton texte me touche beaucoup…

    On a tendance à toujours les penser comme malade… on oublie (nous aussi) qu’il y a encore tout le reste.
    la mémoire s’en va, mais le reste est encore là.
    il faut profiter de ces moments-là.

    (et juste pour info, la mémoire des émotions est celle qui tient jusqu’au bout…)

    courage!

  20. Oh…
    Le papi de mes enfants 92 ans, le père de Gérard, l’a aussi.
    Poupette a pleuré la première fois que son papi ne l’a pas reconnu. On lui a expliqué cette maladie.
    Un jour elle nous a dit « mon papi n’est pas malade, il est juste handicapé de la mémoire »
    j’ai trouvé ça joli

  21. Je ne connais pas cette maladie qui ne nous touche pas merci… mais ton billet m’a fichu les boules… sans parler des commentaires qui suivent..
    Bises à tous et toutes et courage..

  22. Ce texte résonne en moi. Je laisse peu de messages sur ton blog que je lis pourtant très régulièrement.
    Il me fait souvent rire, aujourd’hui il me fait pleurer.
    A peu de choses près je suis dans la même situation que toi.
    Sauf que la personne de ma famille atteinte de cette maladie ne sait pas qu’elle en est atteinte. Elle ne le supporterait pas.
    Alors on continue, et on fait comme si de rien n’était. Les médecins sont de mèche. Ils lui font croire que ses exercices d’orthophonie sont en rapport avec son audition déficiente.
    C’est très dur pour les proches.
    Je compatis à 300 %.
    Des bises.

  23. Ginie, votre texte est magnifique, il déborde d’amour.

    Ma grand-mère est partie le 24 décembre dernier et la dernière fois qu’elle a vu son fils, elle l’a reconnu le temps d’une seconde mais cette seconde, mon père ne l’oubliera jamais. Au risque de choquer beaucoup d’entre vous, j’ai été soulagée le jour où elle n’avait plus que des secondes de lucidité car ce court laps de temps ne lui permettait plus de souffrir. Avant que la maladie ne dégénère, elle pleurait comme une enfant quand elle réalisait qu’elle perdait la tête.
    Personnellment, j’ai été la première à ne pas être reconnue par ma grand-mère. Et même si c’était très dure d’aller la voir, je savais au fond de moi que quelque chose passait toujours entre nous.

    Bon courage à tous ceux qui sont confrontés à cette maladie. Acceptez que la mémoire de ceux qui vous sont chers s’en aille mais ne cessez jamais de les entourer car l’amour reste.

  24. Tu sais ma mèmère à moi, à mon mariage, elle s’est trompé de marié, elle a désigné le petit ami de ma soeur de l’époque en me disant qu’il était drôlement bien habillé mon futur époux. J’étais terriblement stressée ce jour là, et quand elle m’a dit ça, j’ai doucement rit, je lui ai expliqué que, oui, il était bien habillé mais que ce n’était pas lui mon promis. Elle a fait de cette journée stressante une journée où je me suis aperçue que je devais surtout profité de tout mon petit monde. Elle s’est beaucoup amusé, s’est fait de nouveaux amis, ne voulaient pas partir se coucher quand l’heure n’était vraiment plus raisonnable. Voilà, une mamie qui ne se souvient plus ça peut être triste mais drôle et tendre à la fois. Depuis, elle est partie, mais des souvenirs d’elle j’en ai plein! Je vous souhaite de vivre encore beaucoup de moments de bonheur avec elle.

  25. J’ai beaucoup beaucoup hésité à publier ce billet, parce qu’il est dur, parce que c’est dur. Mais quand je lis vos commentaires, putain que je suis heureuse de l’avoir fait ! Merci de partager ces souvenirs avec moi, merci de votre soutien et merci d’être toujours là, pour rire mais aussi pour pleurer.
    Et une grosses pensée pour nos papys et mamies <3

  26. elle, elle aura peut-être un jour tout oublié, mais c’est seulement sa mémoire qui dissout, pas son coeur… son coeur, il se rappelle de tout, lui !
    et vous tous, vous ne l’oubliez pas, et c’est bien ça le plus important.
    Elle a vécu, et bien profité de tout ces petits bonheurs qui font la vie. Sa leçon, son héritage, il est là aussi : ne passons pas à côté des moments simples mais heureux.
    C’est un très beau texte, qui vient du coeur, merci.
    #spéciale dédicace à ma mamie à moi, qu’Alzheimer nous a pris trop vite.

  27. Moi aussi elle a oublié… Mais parfois je vois dans ses yeux un éclair, furtif, mais qui est là quand même et qui me dit que pendant une courte seconde elle n’a rien oublié. Et ces rares moments, ça fait plaisir.

  28. Moi c’est un oncle qui est décédé de cette maladie. Du jour au lendemain, tout a basculé. Il se comportait comme un gosse, un jour mes grands-parents l’ont vu s’essuyer la bouche avec le rideau, il avait que ça sous la main…
    Le plus triste pour moi, ça a été la réaction de sa femme (que je n’ai jamais aimé, une femme qui ne pense qu’à l’argent et à sa petite personne). Quand elle a appris la maladie, elle a dit: mais pourquoi ça m’arrive à moi ??
    Il n’a pas été entouré par sa famille, on l’a plutôt considéré comme un boulet qu’on met en maison spécialisée et qu’on vient voir de temps en temps pour se donner bonne conscience.
    J’étais jeune, à l’autre bout de la France, mais j’aurai aimé passer du temps avec lui car il a toujours été génial avec moi et mes frères et soeurs.
    Bref, il faut pas les laisser, il faut les accompagner jusqu’au bout.

    La grand-mère de ma mère est aussi partie de cette maladie. Quand j’allais la voir, elle m’appelait Madeleine, comme un de ses filles. Je l’ai jamais contrariée et je l’ai jamais reprise sur ça. Elle avait parfois des moments de lucidité et c’était étonnant tout ce dont elle pouvait se rappeler.

    Courage Ginie et profite d’elle encore

  29. Je vois que ce texte parle à beaucoup de monde… et à moi aussi ! Ma grand-mère est en train de nous oublier aussi. Au début elle se maintenait pas trop mal grâce à des séances hebdomadaires avec des spécialistes pour faire travailler sa mémoire mais ensuite, elle a beaucoup « perdu » en peu de temps.
    A Noël, la dernière fois que je l’ai vue, elle me confondait avec ma mère. Aujourd’hui, elle se lève de la sieste et installe le petit-déjeuner. Aujourd’hui, elle demande plusieurs fois de suite, en l’espace de 5 min, quelle heure il est et pourquoi elle est là.
    Aujourd’hui, elle se lâche aussi. C’est une maladie qui désinhibe et ses filles ont récemment bien rigolé en l’entendant sortir une phrase assez crue à propos de sexe – des mots qu’elles n’avaient jamais entendus dans la bouche de leur mère en 88 ans de vie !
    Lundi prochain, elle va entrer en maison de retraire spécialisée parce qu’il devient très dangereux de la laisser seule. Elle ne va pas comprendre où elle est, elle ne sait pas qu’elle ne reverra jamais son appartement (où elle a vécu plus de 50 ans) et ça, ça fait mal au coeur, surtout à ma maman.
    Aujourd’hui, on espère qu’elle est encore juste assez lucide pour comprendre où elle va s’installer et s’y créer de nouveaux repères.
    C’est dur d’assister à ça. C’est dur la vieillesse – notamment pour ceux qui « restent ».
    Bon courage à toi !

  30. je me mêle à la conversation, juste pour dire merci pour ce joli billet émotionnant..
    tellement surprenant ce tourbillon.. on ne peut que se laisser embarquer et voir ce qu’il se passe, lutter parfois, tenter d’aller plus vite ou ralentir..
    j’ai la chance de ne connaître (encore) personne, touché par cette maladie, mais tes mots et tous vos commentaires donnent juste envie de photographier chaque seconde qui passe, chaque sourire de mes bidules, chaque repas en famille avec les pépés et mémés, chaque tout et chaque rien..

  31. Difficile cette maladie…
    Je me demande si elle est plus dure à supporter par la personne qu ien est atteinte ou par les proches…
    Le grand père de mon mari a la maladie d’Alzheimer, il oublie des tas de choses mais est toujours aussi heureux de voir ses arrière-petites filles débarquer dans sa maison si silencieuse…
    L’instant présent, c’est ça qui est important pour eux et qui les fait tenir…

  32. ton article est très émouvant… et il arrive le jour où ma grand-mère adorée qui a 90 ans depuis 3 mois se retrouve à l’hôpital pour avoir voulu continuer à faire ce qu’elle fait depuis des années sans aucun souci
    Or cette fois elle est tombé et s’est blessée assez gravement…elle a beaucoup de points communs avec ta Mamie Alerte
    Bon courage pour la suite

  33. Une fois de plus tes mots me touchent même si je ne suis pas confrontée à cette maladie dans mon entourage.
    Et lorsque je lis les commentaires j’y trouve de la douleur mais aussi beaucoup d’émotions, d’amour et de petits moments de joie.
    Donner de l’amour et être là, juste pour être ensemble voilà des choses immuables.
    Des bisous ma Ginie <3

  34. 1ère fois sur ton blog(via Till the Cat). Que dire! Mon grand père adoré est atteint de cette maladie, mon arrière grand mère est partie avec…Je vis à 6000km de lui et je suis tellement triste. Surtout que ma grand mère a tellement mal réagit : »mais que va t-on faire de lui? » Qu’elle disait…
    Si tu me le permet je reprendrait le ton de ton texte car c’est un bel hommage et peut-etre qu’un jour je lui écrirait un beau truc comme ça 😉

  35. Ton texte est très émouvant . Toi et ta famille commencez un long combat contre l’oubli…
    Mais vous verrez qu’il y aura encore de bon moments, même s’ils se feront rare, vous devrez donc en profiter un maximum.
    Je suis de tout coeur avec toi ( et ta famille)
    Virginie ….
    C’est mon quotidien de m’occuper des personnes atteinte de cette maladie, et j’espère que vous tomberez sur une équipe de soignants ( comme la notre,) qui saura aussi VOUS aidez et VOUS écouter.

  36. Je mesure la « chance » que j’ai que ma grand-mère n’ai rien oublié (et ne nous ai pas oublié) avant de nous quitter il y a peu …
    Je te souhaite beaucoup de courage ainsi qu’à ta famille …

  37. Ta grand-mère ne va pas forcément oublier tout cela, peut-être juste mélanger ses souvenirs.
    Et avec un entourage proche d’elle, qui la stimulera elle ira bien.
    L’association France Alzheimer est d’un grand soutien pour comprendre la maladie et se faire aider.
    Ça ira!

  38. Je n’ai pas eu de « vraie » mamie, mais j’ai eu celle de ma meilleure amie, qui était atteinte de cette maladie.
    Je l’aimais beaucoup et je suis allée la voir régulièrement à sa maison de retraite, longtemps et même des années plus tard avec mes enfants.
    Un jour, alors que je l’embrassais pour lui dire bonjour, elle qui ne reconnaissait plus personne depuis tellement longtemps, elle qui ne savait plus trop parler, m’a serrée dans ses bras et m’a dit doucement « toi, je t’ai toujours aimée ».
    je n’oublierai jamais.

  39. Très bel hommage à ta mamie Alerte.

    J’ai vécu ton récit, il y a 7 ans en arrière avec une mamie Denise, qui oubliait, pleurait beaucoup.
    Elle pensait que je l’oubliais et quand je venais, elle me prenait pour une inconnue, donc n’ouvrait pas.

    Elle me manque chaque jour.

  40. Ma mamie s’appelle Marie-Louise et elle oublie aussi… C’est difficile de gommer les phrases « mais si, tu sais bien » ou « je te l’ai dit l’autre jour » de notre vocabulaire. Pour l’instant, on arrive encore à en rire, alors on en profite !

  41. Magnifique texte, écrit tout en retenue, en délicatesse, en finesse sur un sujet très difficile.
    J’ai plutôt l’habitude de pleurer de rire quand je te lis, mais l’émotion est forte à cette lecture et les larmes perlent…
    Merci pour ce billet et continue à me (nous) faire pleurer, c’est bon les émotions.

  42. Mon coeur c’est serré en te lisant, c’est si beau, si dur et si poignant et c’est surtout si réaliste…
    Ma mamie, je l’ai toujours aimée parce que c’était une mamie formidable, elle m’a raconté sa vie tant de fois et quand elle l’a oublié c’est moi qui lui l’ai raconté maintes et maintes fois.
    Et Mimizan, j’adore et j’aime encore plus le camping municipal de St Julien en born !!! Vivement le mois d’aout 🙂

  43. C’est une maladie effroyable,parce qu’elle déconstruit la personne qui en est atteinte et parce que souvent elle sème la panique et la discorde dans les familles tant elle est difficile à gérer et assumer…. Il ne faut pas rester isolés,il existe des assoc’,beaucoup de patience,d’amour même si c’est parfois trés compliqué. Chez moi,des cas d’Alzheimer précoces (vers 50 ans),dés que j’oublie,j’ai peur…..
    Courage!

  44. Très beau texte… j’en ai les larmes aux yeux…
    Ma mémé est en maison médicalisée depuis décembre 2011, car mon pépé devenait violent avec elle de la voir dans cet état. Je suis retournée la voir 4 mois plus tard, il y a presque 1 an, et elle venait de faire pipi derrière la porte de sa chambre… Ça m’a complètement chamboulée.
    Depuis, je n’y suis pas retournée et n’irai plus je pense. Je suis dans une période difficile et ça me fera trop mal de voir qu’elle ne fait plus phrases, elle aligne juste des mots sans aucun sens, comme un enfant qui babille. Et elle diminue de jour en jour. Mon pépé aussi parait-il.

    C’est dur parce que dans la maladie de ma mémé, je vois se répéter l’histoire, elle qui a vu sa propre mère avoir Alzheimer et ne plus la reconnaître.
    J’ai peur de vivre la même chose dans une trentaine d’années avec ma maman.

    J’ai aussi un grand sentiment d’injustice, car avant d’être dans cet état, au début de la maladie, personne n’est allé voir mes grands-parents à part leurs enfants. Leurs neveux et nièces, dont ils se sont beaucoup occupés, les associations dans lesquelles ils ont toujours beaucoup donné… personne ! Maintenant c’est difficile d’aller voir ma mémé car elle est très diminuée, mais mon pépé reste seul à la maison ! C’est tellement injuste ils ont toujours été généreux et personne ne pense à eux (enfin je le vois déjà dans ma vie de tous les jours, je crois qu’on est une famille de trop bons trop cons)

    Alors je me dis qu’ils ont vécu une longue vie, ils ont beaucoup profité de leur retraite. Et je pense souvent à ma mémé quand je coud. Elle n’a pas eu le temps de m’apprendre mais il faut croire que c’est dans les gènes.

  45. Je me souviens quand je l’ai lu je t’avais envoyé un MP pour te dire à quel point ce billet me touche… et je le relis, et il me touche d’autant plus que depuis deux semaines j’ai appris une maladie incurable à ma maman qui va aussi toucher sa mémoire…. mais une autre partie… et je lis, et je pleure… la vie est vraiment mal faite parfois…

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