Mise en demeure avant expulsion

(spéciale dédicace à Camille)

RUPTURE DE BAIL

 

Objet : MISE EN DEMEURE AVANT EXPULSION

Quelque part vers Bordeaux,
Le 28 février 2013

 

Chère Saboteuse,

Par la présente je te signifie la rupture anticipée du bail à durée indéterminée que nous avions signé jadis. Pour être tout à fait exacte, je dirais « que tu m’as forcée à signer » car à l’époque, je ne savais sans doute pas ce dans quoi je m’engageais en t’ouvrant ma porte. Maintenant que je sais, et que j’ai pris conscience de tes vices cachés, je me vois dans l’obligation de mettre un terme à notre cohabitation.

Je ne me souviens pas exactement de la date de notre rencontre. J’ai quelques vagues souvenirs remontant à l’adolescence, toi et moi en train de fumer une cigarette un soir d’insomnie, toi et moi en train de décider de sécher les cours, j’imagine donc que tout a commencé à cette période. Sans doute as-tu profité d’un moment de faiblesse, par exemple cette fois où j’avais demandé à Loïc s’il voulait sortir avec moi et qu’il m’avait répondu qu’il ne voulait pas gâcher notre amitié. Ou ce jour où j’ai fait ma première crise d’angoisse après avoir tiré quelques tafs sur un joint qui tournait. Je ne sais plus exactement, mais je pense que ça s’est passé comme ça.

Depuis, malgré mes nombreuses mises en garde, mes fréquentes (et vaines) tentatives, tu ne m’as pas lâchée. Oh, tu sais parfois te faire discrète, notamment dans les moments où je rencontre de vrais soucis dans ma vie et où, étrangement, ta coloc’ la Force prend ta place. Mais à la moindre embellie, tu refais surface, soudainement, quand on ne t’attend pas. Surtout quand on ne t’attend pas. Et tu t’emploies à saboter ce bonheur que je pourrais simplement savourer.

Je voudrais t’ignorer, mais il faut que tu te fasses remarquer. Je suis obligée de ressentir ta présence, dès les premiers jours de ton arrivée. Cette boule dans la gorge dès le réveil, ce manque d’enthousiasme, cette façon de voir le verre à moitié vide, ces crises d’angoisse qui reviennent comme elles s’en étaient allées, cette mélancolie qui ne me lâche pas, cette idée que de toute manière ça ne rime à rien, tout ça, puisqu’on est juste de passage, cette certitude que le ciel bleu ne va pas durer.

Tu en as saboté des choses, tu sais. De chouettes histoires, de bons boulots, d’excellents moments. Tu as toujours attendu ces périodes heureuses pour te manifester, construire des barrières, mettre des freins là où il n’y en avait pas besoin, m’enlever le peu de confiance que je bâtissais péniblement, déformer ce corps qui était sans doute trop bien.
Je vais te dire la vérité, je n’ai jamais pu te saquer.

J’ai fait pas mal de choses pour me débarrasser de toi, parce que me complaire en ta compagnie ne fait heureusement pas partie de mon caractère. Mais tu as toujours réussi à t’imposer, insidieusement. Jusqu’à aujourd’hui. Parce que maintenant, je crois avoir trouvé l’arme nécessaire pour te mettre dehors : j’ai enfin compris ton mode de fonctionnement et donc réalisé que tu n’étais qu’un leurre, qu’une imposture. Voire une couarde.
En effet, tu es très forte pour venir me polluer quand tout va bien. « Salut, je trouvais que t’étais un peu trop heureuse ces derniers temps, alors je me suis dit que j’allais venir m’incruster un peu. C’est pas pour rien qu’on m’appelle la Saboteuse hin hin hin. »
Sauf que dans les moments où tu pourrais la ramener, les moments où la vie fait sa pute, les moments où j’aurais le droit de m’effondrer, d’angoisser, d’aller mal, tu te fais la malle. Dans ces moments-là, j’en chie, mais j’affronte, je me bats, j’avance.
Tu n’as aucune consistance, en fait.

Ces derniers temps, je te vois rôder autour de moi. Et vas-y que je te colle un gros moment de nostalgie, et vas-y que je te plombe le moral, et vas-y que je te fais craindre une maladie grave au moindre mal de tête, et vas-y que je te déclenche une attaque de panique en voiture, et vas-y que je pétrifie toute forme de joie. Normal, j’aurais dû m’y attendre, tout va bien chez moi. Prévisible.
Tu es forte, tu gagnes un peu de terrain chaque jour, mais cette fois je ne te laisserai pas faire. Tu n’as plus ta place chez moi, je suis désormais plus forte que toi. Tu réussiras sans doute à m’amoindrir un peu, mais je finirai par prendre le dessus et il est hors de question que cette fois la chimie s’en mêle. On aura sans doute l’occasion de se recroiser, mais on pourra faire comme si on ne se connaissait pas. Les histoires de sabotage les plus courtes sont les meilleures.

Je te demanderai de quitter les lieux le plus rapidement possible, pour que j’y installe mes nouveaux locataires : Sérénité et Force. Ils sont pressés d’emménager. D’ici-là, si tu pouvais te faire discrète et me permettre de mener une vie normale, ce serait bien aimable à toi. Tu me dois bien ça.

Je te prie d’agréer l’expression de mes salutations distinguées.

Ginie

PS : Si tu pouvais emmener avec toi ta pote Fatigue, ce serait sympa.

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47 commentaires

  1. je me suis reconnue dans ce billet à quelques détails près : la vie n’a pas été vraiment pute avec moi mais j’ai beaucoup moins de courage que toi.
    et pourtant y’a aussi une squatteuse chez moi que j’ai bien du mal à faire partir (hélas la chimie a du s’en mêler mais je l’espère provisoirement) et puis y’a des choses qui nous aident: le soleil qui revient; un blog qui nous fait hurler de rire (n’est-ce pas) et une passion (pour moi le chant)
    Je n’ai qu’une chose à te dire: (non 2 en fait)
    MERCI ET BRAVO

  2. Chaque fois que je viens ici j’ai des émotions fortes, aujourd’hui ne déroge pas à la règle. Tu sais trouver les mots qui nous parlent à tous. Je commente rarement mais il fallait que je te dise ça.

  3. c’est affreux de dire à qqn que son mal etre nous fai du bien mais ton billet me fait un bien fou en décrivant au mot prèS mon ressenti. merci de me faire sentir moins seule

  4. Bah comme dit foresti  » c est caca boudin « ! Ça arrive a beaucoup plus de femmes qu’on le pense. Certaines ne ressentent qu’une « lourde fatigue  » pis chez les gens plus anxieux ça se traduit par des espèces de phobies quoi. Ah oui c’est con, c’est très con, mais quand on est dedans on trouve pas ça con du tout, c’est bien ça le problème ! C’est une histoire chimique entre manque d’oestrogenes et sérotonine ( un peu comme le big bang a l’adolescence et ménopause) ca va se réguler tout seul entre 6 et 24 mois. ça s’atténuera et tu n’auras plus cette boule dans la gorge deux secondes après le réveil, tu dormiras bien et tu auras la pêche petit a petit sans t’en rendre compte. Tu auras des hauts bas et puis de plus en plus de hauts…;) courage a toi talentueuse Ginie et promis ça passe, parole d’anxieuse cachée !

  5. c’est très égoïstement rassurant de savoir que je ne suis pas seule à ressentir exactement ça… paragraphe 4, putain, mais voilà quoi, c’est ça… C’est pratique les blogs en fait, parce que y’a des meufs super douée comme toi (et Camille en passant) qui disent mieux que nous ce qu’on ressent parfois… alors merci Ginie !

  6. c’est qu’une sale pute et qu’est ce que ça fait du bien de l’insulter hein ! on est plus fortes que cette salope 😉 et crois moi, plus le temps va passer plus tu seras armé pour l’ignorer ! la vie a fait de nous des liones ! et tu sais les liones sont vraiment des reines ! lol je pouvais pas me retenir de la faire 😛 bonne nuit (enfin moitié de nuit il est 3h du mat)

  7. C’est étrange comme certains billets font écho à plein de choses personnelles… Cette saboteuse je la connais trop bien (et sa copine fatigue aussi encore plus même), et comme toi pourtant je suis une battante et dans les vrais moments de merde j’affronte aussi… Alors merde si elle pouvait se barrer aussi et surtout sa copine fatigue… parce que chez moi en fait c’est elle qui me plombe… mais je vais suivre ton exemple… enfin essayer… Merci de remettre les choses à leur place.

  8. Le problème avec ce genre de squatteurs c’est qu’ils sont très tenaces. Heureusement avec tant de fermeté et un tel avis d’expulsion, pas dit qu’ils reviennent avant longtemps ^^

  9. Mille mots me viennent à l’esprit mais je n’y arrive pas, là tout de suite (touchée, coulée) (enfin presque).
    Il me semble qu’il est temps de faire une PETITION ! Là voilà la solution. A 1000 signatures, elle disparaît cette pouffiasse !

  10. Magnifique billet. Mais ne crois pas que tu peux la virer sans aide exterieure et professionnelle. Sur des femmes fortes, comme toi, les saboteuses se régalent.

  11. Je vais peut-être faire de la psychologie de bas étage mais il me semble normal qu’elle ne squatte que quand tout va bien.
    C’est la peur que tout s’arrête qui la fait rappliquer.
    Dans les moments difficiles, tu te bats pour que ça change. Tu n’as pas peur d’aller mieux donc elle se cache.

    Le fait que tu mettes des mots sur cette angoisse devrait l’atténuer avec le temps (en tout cas je te le souhaite); Et comme dit DarkGally, avec un tel avis d’expulsion elle va comprendre qu’elle n’est plus la bienvenue dans les parages !

  12. C’est étrange tu sais Ginie, parce que plus le temps passe et plus je me dit que se genre de chose ça arrive toujours aux gens qui en on plus ou moins déjà pas mal baver dans leurs vie, tu sais un peu comme dans les sims (oui je sais, THE référence) avec le trait de caractère malchanceux mais ensuite je réfléchis encore plus (et là mon cerveau boue) et puis je me dit que en faite non ça doit pas vraiment marcher comme ça, c’est plus un « donner pour un rendu », pour tous les instants de bonheur qu’il y a dans la vie (et il y en à, des tas même !) et bien tu le paye par un Kouak. Je peu t’en trouver des tas de raison si je continu comme ça… Au final se qui en ressort c’est que la vie elle est belle mais des fois s’en est une belle de chienne, la vie et que justement elle est courte cette chienne de vie, alors il faut en profiter autant que l’on le peut, vivre avec ses tords, ses poids, son histoire, sa belle mère (elle été pour toi celle là ahah), bref VIVRE c’est ça le plus important. Toi tu as décidée de vivre avec tes tords et tes travers et même de faire encore plus, de les combattre et ça Ginie, c’est digne d’une WARRIOR, parce que rien que pour ça tu sais quoi, je sais que plus tard quand il sera en âge de comprendre, tu aura un fan de plus ta vie, quelqu’un pour qui tu sera le modèle et à qui tu transmettra tout ça, à ton bébé-presque-tout-neuf, et rien que pour ça bhé moi hé bhein je te kiff grave et je trouve ça dégueulasse que la nouvel lara croft c’est bah toi ouhais. ! Tout ça pour te dire que tu peut être fier de toi Ginie

  13. Oh là là! qu’est-ce que je me suis reconnue!!!! Moi, la saboteuse, elle a complètement gâché ma grossesse, c’était en 2010. Mais elle a été chassée à la naissance de mes jujus!
    Mon psy me disait qu’en fait je ne m’accordais pas le droit d’être heureuse… Que je préférais prévoir le pire pour être bien prête quand ça arriverait… Que j’avais comme une peur du vide quand tout allait bien, car pour moi c’était pas normal… Des années d’éducation et de formatage à remettre en cause, c’est pas simple à 29 ans!
    Mais j’y suis presque complètement arrivée… quand on est tombée très très bas, c’est fou comme notre regard sur la vie change!!!
    Bon courage, et un jour viendra où tu te diras (on peut se tutoyer hein?): tiens, dis donc, ça fait un sacré bout de temps que je l’ai pas vue cette saboteuse! 😉
    Et apparemment, ce jour est très proche!!! 😀

  14. Je crois que tout ce que j’aurai pu dire a deja ete dit dans plusieurs commentaires. Alors je rajouterai juste un grand MERCI pour ce blog et pour savoir trouver les mots justes.

  15. J’imprimerais bien ton texte pour le lire chaque matin au réveil…
    Merci de mettre des mots sur ce qui nous habite!
    Et les mots guérissent les maux, tu verras tu arriveras à la faire fuir à coups de mots et à l’aide de tes nouvelles amies Sérénité et Force!

  16. Ginie, encore une fois, tu m’as eue, en plein coeur… Je la connais bien aussi, cette espèce de connasse, et un jour il y a bientôt 9 ans, elle a presque réussit à me mettre KO. Alors je l’ai foutue dehors, expulsée moi aussi, en prenant plein de risques, en la narguant, pour voir jusqu’où elle irait à ce petit jeu… Au fond du trou, j’ai relevé la tête, et elle a baissé sa garde, et je suis remontée. Depuis, elle vient régulièrement me voir, me tester, mais je peux plus la laisser faire, aujourd’hui je suis quatre avec mon homme et mes deux lutines, et elle fait plus le poids. Alors, toi qui es aujourd’hui trois, et demain peut-être encore plus, t’es aussi dans la catégorie poids lourds, et elle a vraiment aucune chance <3

  17. « Déprime à quoi tu rimes
    Avec ton parfum d’aspirine
    Ne perds pas ton temps
    Plus rien ne me mine
    J’ai le moral et les idées clean
    C’est lui ma médecine
    Mon antidote, le remède a tout
    Rien ne me contamine
    J’ai le sourire à l’épreuve de tout

    Déprime à quoi tu rimes
    Avec ses joies que tu abimes
    Passe ton chemin, tu as mauvaise mine
    Ton image de marque décline »

    Avec ça, une ou plusieurs séances de soin énergétique de Reiki. A tester, c’est selon…

  18. Comme pas mal de monde, je me reconnais bien là-dedans. Et comme toi, je n’ai pas envie que la chimie soit de retour, alors je me force à battre les prémices de cette merde à chaque fois que ça apparaît.
    Allez, on est fortes !

  19. Moi aussi je me retrouve tellement dans ce billet magistralement rédigé…
    Nous avons visiblement les mêmes amies/ennemies, un combat quotidien épuisant pour tenter de rejeter celle qui finalement est notre compagne au quotidien…
    Cette cochonnerie invisible nous confronte à l’incompréhension de notre entourage, et c’est un combat supplémentaire dont nous nous passerions volontiers…
    La chimie m’a aidée, mais je ne suis pas tirée d’affaire, mes démons tentent régulièrement de refaire surface.
    Courage à toutes les personnes qui vivent la même galère.

  20. Merci à tous, j’ai vachement hésité à publier ce billet, il est vraiment intime et encore aujourd’hui je ne sais pas si j’ai bien fait. Heureusement, vos commentaires et les messages que j’ai reçus me confortent dans l’idée que ça a pu servir et je dois avouer que ça m’a fait du bien, puisque depuis j’ai la pêche 🙂

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