Quelque chose en plus

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Il y a cette fille qui a perdu son fils. Je lis sa douleur qui s’échappe de ses mots, je ne peux m’empêcher de repenser à la mienne, il n’y a pas si longtemps.

J’étais assise au fond d’un gouffre dont je ne cherchais même pas à sortir. Inutile d’essayer, je n’y arriverais pas. Jusque là, j’avais la conviction qu’il existait deux types de personnes : les fortes et les fragiles. Je m’étais rangée dans la seconde catégorie. Je pleure pendant une semaine après avoir regardé Titanic, alors surmonter ça

J’avais mal au ventre, mal au dos, mal à mon innocence. Personne ne m’avait prévenue qu’on devrait souffrir autant.
On me disait que j’étais forte. J’étais une enveloppe intacte remplie de petits bouts de moi explosés.
On me souhaitait bon courage. Si j’avais pu, j’aurais laissé mon corps se démerder sans moi et je l’aurais réintégré une fois la tempête passée.

Je suis restée longtemps assise au fond de mon gouffre.
Jour après jour, mois après mois, j’ai senti les petits bouts reprendre leur place, leur forme. À peu près. Il reste des cicatrices, des failles. Des chansons qu’on ne peut plus entendre, des souvenirs qui serrent la gorge, des dates que l’on n’oubliera jamais, des situations que l’on évite.
Il reste le souvenir de mains dans la mienne, de sourires réconfortants, de câlins, de je t’aime, de petits bonheurs au cœur de la tempête, Lui, de l’amour, du beau.
Je ne suis plus tout à fait la même, je suis celle d’après. Pour rien au monde, je ne voudrais redevenir celle d’avant.
Je vois la vie autrement. Je vois la vie.

Il y a cette fille qui a perdu son fils. Il y a cette amie en train de perdre sa mère. Il y a ce copain qui voit la maladie prendre le dessus. Il y a eux, elle, nous, toi.
Il y a toutes ces épreuves sur notre chemin. Qui nous brisent, qui nous dévastent, qui nous anéantissent.
Il y a toutes ces épreuves sur notre chemin. Qui font de nous des personnes à qui il manque quelque chose. Qui font de nous des personnes qui ont quelque chose en plus.

Ginie

 

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76 commentaires

  1. Et boum, les larmes aux yeux! Merci pour tes mots <3
    Je ne t'ai découverte qu'il y a peu de temps grâce à vos aventures partagées de votre super week-end entre amies mais je suis déjà fan de ta plume! J'ai d'ailleurs acheté ton livre aujourd'hui, j'ai hâte de m'y plonger 🙂
    Merci <3

  2. Oh comme je ressens les mêmes choses, les mêmes souffrances qui nous tombent dessus jour après jour.

    Il faut sortir la tête hors de l’eau pour continuer à vivre, mais comme ça fait mal.

    Je t’embrasse.

  3. Ça non on n’est plus les mêmes… mais je me préfère maintenant même s’il y a une petite fille qui manquera à tout jamais dans notre famille… Cette petite soeur dont je rêvais tant et que ma file n’aura jamais car c’est un petit garçon qui est venu après et c’en est encore un qui viendra dans quelques mois… <3 la belle des mots beaux

  4. Merci merci merci , moi non plus je ne souhaite pas redevenir celle d’avant ……Même si
    Ton texte est merveilleux comme tout ce que tu écrit
    Tu me touche et c’est la première fois que je ressens cette émotion en lisant en te lisant alors merci de me produire cette nouvelle sensation
    Laurence

  5. Je me pensais du côté des fragiles et mon fils m’a montré toute cette force cachée en moi. Je suis allée le voir aujourd’hui, j’ai tant pleuré, il y a cette tombe qui n’aurait pas dû être là, il y a mon fils qui n’est pas dans mes bras. On est différent tu as raison. Je t’embrasse vraiment très fort.

  6. Je ne te connais pas vraiment et surement que je ne te rencontrerai jamais mais j’aime tes mots.

    Tu as une justesse que j’admire, tes mots raisonnent en moi avec tellement de justesse… Quand on lève le regard et que l’on écoute, on se rend compte que tout le monde a un petit quelque chose en plus, tant de force au milieu de tant de fragilité…

    Que dire de plus, sinon que je suis l’une de ces femmes avec un petit quelque chose en plus… Alors merci pour tes mots, encore !

    1. Je me dis ça, parfois, quand je suis entourée de personnes que je ne connais pas. Ils ont sans doute tous quelque chose en moins et quelque chose en plus. La douleur, la joie, ce sont des choses que l’on a en commun, tous, quelles que soient nos différences.
      Merci à toi aussi pour tes mots.

  7. Voilà, tu as tout dit.
    Merci
    (put*** ça va faire 10 ans ce WE moi … c’était hier pourtant … Mais après 10 ans, oui c’est clair, un p’tit truc en plus. En mieux, c’est certain. Les couleurs de la vie sont plus belles, parce qu’on prend le temps de les contempler, profiter … )
    Je t’embrasse …
    (PS : mais pourquoi as-tu changé l’apparence de ton blog ? il est tout classe, là, c’est sûr, mais ça fait trop sérieux. Non, trop austère. J’aurais pu dire épuré, mais non, austère … Je ne te reconnais plus. Ouin.)

    1. J’ai l’impression que c’est hier aussi. Six ans et demi pourtant, je n’en reviens pas. Comme tu dis, tout est plus fort.
      Je t’embrasse aussi.
      (il y avait un bug avec l’ancien thème, je n’ai pas pris le temps de corriger ça, mais j’ai chargé la bannière 😉 )

  8. J’étais au fond de mon gouffre et il y a eu toi, qui m’a dit tu sais un jour la lumière reviendra, il est trop tôt pour y croire mais tu verras … Et j’y ai cru, et je m’y suis accrochée, et j’ai vu. Merci Ginnie

  9. votre texte arrive au bon moment…
    au moment où je pleure à chaque fois que je pense que la maladie est en train de m’enlever ma meilleure amie
    je pensais etre quelqu’un à qui il manquera quelque chose… vous avez raison je suis quelqu’un qui aura quelque chose en plus !
    merci !

  10. Ce bout de moi qui manque n’a jamais été plus gros qu’une petite myrtille
    Un petit bout d’amour parti trop tôt
    Il y aura bientôt 8 ans

    Un petit bout d’amour qui jamais n’a vu le jour

    Jamais je ne pourrai avoir un petit bout

    Est ce que je suis forte j’en sais rien, différente c’est certain

    Merci pour ces mots

  11. Ton post me met les larmes aux yeux… Moi aussi je me classait dans ces gens « qui ne peuvent pas ». Moi non plus je ne comprenais pas, je ne comprends toujours, quand on me dit que je suis forte. Moi aussi je ne comprends pas comment j’ai pu avancer si longtemps alors que j’étais brisée à l’intérieur. Merci de rappeler qu’on peut le vivre, aller au-delà. Merci.

    1. Merci à toi pour tes mots. L’épigraphe de mon prochain roman est une citation de Bob Marley qui résume bien ce que tu dis : « Tu ne sais jamais à quel point tu es fort, jusqu’au jour où être fort reste la seule option ».

      1. C’est ma phrase depuis monpetitpoisdesenteur, celle que j’ai récitée à tous ceux qui faisaient référence à ma soit-disant force, comme si c’était une gloire de survivre à son enfant. Ravie que tu la mettes en exergue dans ton prochain roman !

  12. Un petit truc en plus… une force qu’on ne se connaissait pas, un autre regard sur la vie.
    1 fausse couche, 2 oeufs clairs mais ce truc en moins qui me manque tant était plus granf que ça, il venait d’avoir 30ans. Dans une semaine, ça fera un an que mon petit frère est parti. Et c’est certain, je ne serai plus jamais la même.
    Merci pour tes mots !

  13. Depuis que je lis ce blog j’ai du mettre 2 commentaires… 1 sous la robe rouge parce que mon papa se battait aussi contre cette saolperie et 1 sous un article qui parlait de rechute…
    alors aujourd’hui forcément j’en mets un autre parce que ça me parle, malheureusement…
    J’ai perdu mon papa le jour de Noël, je suis donc quelqu’un qui a quelque chose en moins…
    Et puis j’ai perdu les eaux le lendemain pour accoucher de mon fils, je suis donc quelqu’un avec quelque chose en plus…
    Je suis dévastée et heureuse… heureuse et dévastée… selon le moment, le jour, l’émotion…
    Mais bordel c’est dur… je ne suis pas forte et de toute façon je n’ai pas envie de l’être pour l’instant…
    merci pour ces mots !!

    1. Je suis désolée… Tellement désolée…
      Je te souhaite plein de belles choses, plus de sourires que de larmes, et d’arriver à profiter du bonheur, malgré tout. Un pas après l’autre.

  14. Bordel (ouais l’émotion me rends toujours vulgos) tu me touches comme personne.
    Je me considère chanceuse quand je lis ce que traversent d’entre vous. Bien sur j’ai vécu des deuils mais je relativise.
    Pensées pour toi , ma potesse H et ceux/celles qui ont un truc en plus

  15. Merci pour ces mots que tu sais toujours si bien placer et qui font du bien (à quand une date près de chez moi, que je vienne prendre une dose de toi ?).

    Douces pensées à celles et ceux qui cicatrisent ou en cours de le faire.

    Tu es Ginie avec du moins et du plus (beaucoup de plus) et je t’aime <3

  16. Je l’ai ce truc en plus. Mais je n’en veux pas, je veux le laisser aux autres parce que je préfère compatir sincèrement que de l’avoir.
    Ce truc en plus, c’est ma mélancolie, parfois ma tristesse.
    C’est déjà bien que ce ne soit plus mon désespoir.

  17. Je me retrouve dans tes mots. Les gens s’étonnent de la force que l’on peut avoir dans ces moments-là, mais je pense que l’on se pense fragile tant qu’on n’a pas été éprouvé par la vie. C’est peut-être ça le truc en plus. Celui de ne plus être écrasé par des broutilles.

  18. Ça fera 38 ans en juin, j’avais 20 ans tout juste, personbe ne m’avait prévenue.
    Alors oui, quelque chose en plus, deux enfants déjà si grands, magnifiques et heureux…
    Mais toujours quelque chose en moins, cette petite fille qui aurait dû faire de moi une grand-mère si la vie s’était comportée mieux. Des dates qu’on n’oublie jamais, enfin que moi, je n’oublie jamais, les neuf semaines les plus longues de ma vie.
    Et à présent, la vie, la joie de vivre, malgré tout. Ca m’a pris du temos, trop de temps, mais j’attends patiemment de devenir grand mère.
    Merci pour tes mots si justes.

  19. Merci beaucoup pour ce texte, beau et fragile, puissant en même temps. Qui résonne beaucoup. Je crois que nous sommes beaux de nos moments de doute transcendés, de nos peines franchies. De ce qu’on apprend de notre propre profondeur, de nous-mêmes quand on crée un pont au-dessus de ces trous qui se creusent parfois sur notre chemin. C’est dur, c’est difficile, ça fait mal, vraiment mal mais quelque part c’est cette sensibilité qui nous unit tous.

    1. J’aime les gens avec des failles, je crois aussi que les aspérités nous rendent plus beaux. C’est dur, mais je crois aussi que c’est ce qui nous rend « humains ».

  20. Merci pour tous vos mots, ici et ailleurs. J’ai beaucoup pleuré en vous lisant. C’est bon de vous avoir, de vous lire, de savoir qu’on n’est pas seul à ressentir ces choses-là. Merci.

  21. Tu as le don des mots justes, c’est fou..
    Par chance, la vie m’a épargnée de ces douleurs insondables, elle a plutôt été généreuse avec moi jusqu’à présent. Mais comme la roue finit par tourner certainement un jour, et qu’un jour ce sera mon tour, alors j’aurai fait le plein de suffisamment de grands bonheurs avant, en pleine conscience, et surtout je me rappellerai alors tes mots. Et sans doute, ça me consolera un peu.
    Merci Ginie.

  22. Juste Merci pour ces mots.
    Oh non je ne souhaiterais pas revenir en arrière. Je suis trop heureuse d’avoir pu partager qq mois avec mes bébés.
    Ils nous manqueront tout le reste de notre vie ainsi qu’à leur grand frère.
    Aujourd’hui un autre petit homme nous a rejoint et un autre arrivera aussi dans qq mois

  23. Je fait partie des lectrices assidue mais discrète… aujourd’hui je me sens légitime… ma fille de 18 mois sera elle aussi avec un « truc » en moins… son papa est parti rejoindre ton fils…
    merci pour ces mots qui permettent de croire que malgré tout la vie peut redevenir belle…

    1. Mes mots pour tes maux, parce que quelles que soient nos histoires nous partageons la même émotion, au creux de nos coeurs : « Tu es et tu seras mon éternel absent. Celui du creux de moi, l’absent de mes enfants. Tu es ma vie ma mort, tu es mon mauvais sort et mon tour de magie. Tu es à l’infini, appartiens à demain, hier et aujourd’hui. Tu n’es plus, plus jamais et tu es éternel. Tu n’es rien tu es tout, mon souvenir fidèle. Tu es le temps qui passe tu es le temps qui reste, les minutes égrenées et le temps arrêté. Tu es le courant d’eau et la flaque stagnante. Tu es la larme sèche et les sanglots venant. Tu es et tu seras mon éternel absent. »
      Courage, Ginnie a raison, la lumière reviendra !

  24. Merci Ginie pour tes mots doux,
    et même si des fois je sens que le bord du gouffre peux vite réapparaitre , les failles sont bel et bien là, mais permettent de regarder ……………….. autrement.

  25. Un truc en moins…. depuis 18 mois mes filles l’ont ce truc en moins… et cette force qu’elles me donnent pour survivre à l’absence de leur père qu’un crabe a emmené…

    comme tu l’as si bien écrit on est jamais si fort que quand la force est tout ce qui nous reste

    merci !
    merci de m’avoir aussi permis d’avancer avec julia <3 …

  26. Comme c’est si bien dit!!
    Celà fait deux ans demain que mon fiston est parti, difficile de voir trop loin encore,
    ce que vous écrivez c’est tellement vrai… le coeur meurtri encore , j’ai appris a relativiser,un petit peu, a regarder autour de moi, les fleurs , oiseaux , celà m’apaise un peu, mais les souvenirs bons ou mauvais , viennent me pertuber, je fais un pas en arrière; ensuite je redémarre …. ainsi va la vie,
    Merci pour ce texte qui est si vrai….
    Jo

  27. Il y a ces événements qui font de nous ce que nous sommes, qui nous détruisent et nous construisent… il y a ces gens qui nous aident à avancer, il y a ces lignes qui nous font pleurer, mais il y a aussi des regards, des sourires qui nous font dire que demain sera mieux, non peut être pas mieux , mais demain sera et c’est déjà pas si mal… ?

  28. Je suis tellement touchée par ces mots…
    On me dit de me battre, de ne pas lâcher. Pourtant j’aimerais aller dans ce creux, en ressortir guérie.
    Je fais partie de ceux en rechute. La mort en face, mais la mienne. A 41 ans.
    Envie de tout lâcher, parce que ça fait trop mal, c’est trop dur de se battre. Et pourtant, on continue…
    Je t’embrasse

  29. Merci. Oui il y la vie d’avant et la vid d’apres…on se rejouit puis on pleure…les larmes sechent…puis reviennent. La vie. Merci a vous. Grace a ces posts je me dis que je dois continuer dans la joie…en depit de tout. Merci

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